Carnet de bord d’une retraite de méditation

Sigiriya

Par Cécile Doherty-Bigara

 

C’était la plus dure expérience de ma vie. J’en ressors plus calme que jamais. C’était la plus belle expérience de ma vie.

 

L’été dernier, je suis partie méditer pendant dix jours dans le silence absolu. Ça s’appelle un Vipassanâ. Ma première motivation : me déconnecter d’Internet. La deuxième : l’aventure. Je fais un nœud grâce aux deux ficelles qui enserrent un petit baluchon en tissu et j’enferme mes biens dedans : livres, ordinateur, musique, téléphone. J’arrive près de Colombo, la capitale du Sri Lanka, dans l’ashram Dhamma Sobhâ, où je vais méditer pendant dix jours, de 4 heures du matin à 21 heures, avec une centaine de personnes. Au moment de m’installer, mon corps devient faible, comme si j’allais tomber malade. C’est la peur qui s’empare de moi. Je note mentalement : « Tendance à choisir des choses puis à agir comme si j’étais prise au piège -> faire de la vie un problème. » Je me répète en boucle : « J’ai choisi d’être ici. » Les symptômes s’estompent.

Le premier jour, on observe notre respiration comme s’il y avait un garde posté devant nos narines. Ce soir-là, je prends la meilleure douche de ma vie. Je pétris mes bras, je touche ma peau, je suis ICI !
Deuxième jour (16 h), une douleur part de mon oreille et irradie tout le côté droit de mon visage. Je réalise l’impact physique et mental de la respiration et m’en sers pour réduire ma souffrance. Au bout de quatre jours, la douleur a disparu. Je suis libre. Note mentale : « La douleur dans ma tête c’était l’accumulation de tous mes jugements : “Regarde comment il/elle agit. C’est bien. Pas bien”. » Parfois j’ouvre les yeux pendant les séances, je regarde ma voisine de méditation. Je l’ai appelée « la plus belle femme du Sri Lanka ». Elle ne bouge jamais quand elle médite et elle dégage une aura incroyable. J’essaie sa technique (ne pas bouger pendant une heure) et je vis mon premier nirvana de bonheur. Merci, merci.
Troisième jour (5 h 30), une dame tombe sur moi en pleine méditation. Elle s’était profondément endormie. Je n’arrête pas de rigoler.
Quatrième jour (10 h), je tire ma langue devant la glace pour vérifier l’état de ma digestion. Pour la première fois de ma vie, pas de couche blanche, ma langue est rose et propre. Au menu de l’ashram : un petit déjeuner salé à base de riz et de lentilles, qui me désespère mais me donne de l’énergie ; un déjeuner constitué pour moitié de légumes cuits ; un goûter (dernier repas de la journée) autour d’un thé chai épicé et très sucré. 18 h : je réalise que je remarque toujours quand les gens font « mal les choses » parce que mon esprit cherche à se prouver que lui, il est bon. Je pense à quelqu’un de ma famille qui fait pareil et qui cache, sous sa négativité, un profond besoin d’être rassuré. Note mentale : « Dire à papa : tu es une bonne personne. »

 

Et ainsi passent dix jours... Je suis vivante. Cette vie est un bordel magnifique. Dernière note mentale : « Je pense souvent que quelqu’un va me reprocher quelque chose, me gronder. J’ai tout le temps des dialogues sur la défensive dans ma tête, c’est fou ! Je suis prête à laisser partir ça. »
Jour 10, le silence est rompu. Le bruit explose. C’est aussi horrible que magnifique. Quelqu’un qui m’aime m’attend à la sortie. Merci, merci.

 

La vie est devenue tellement plus facile au moment où j’ai réalisé
qu’en fait,
j’étais belle.

 

Très belle journée, Namaste

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Photo : Cécile Doherty-Bigara pour Yoga Journal France.