Ce yoga qui franchit les portes de l’hôpital

Yoga Hopital

Par Anaïs Joseph, professeure de Ashtanga

Photo : Isabelle Nègre Photography

Un jour viendra où médecins et scientifiques occidentaux ne douteront plus des bienfaits du yoga. Cette ère est peut-être imminente. La preuve avec l’ouverture d’une consultation en yoga-thérapie aux urgences de l’hôpital Simone Veil, à Eaubonne.

En France, la méditation n’est plus un tabou dans le corps médical. Elle est proposée aux patients à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) depuis presque dix ans. Elle est enseignée dans le cadre d’un diplôme universitaire, « Médecine, méditation et neuroscience », à Strasbourg depuis trois ans. D’autres exemples existent mais les initiatives restent toutefois circonscrites et circonstancielles. Manque d’argent, manque de temps, manque d’investissement personnel, les raisons sont multiples mais qu’importe, la méditation n’est plus considérée comme une activité qui n’a pas droit de cité aux pieds du caducée. Pour cela il aura fallu des pionniers parmi les médecins. Jon Kabat-Zinn, de renommée mondiale, a largement contribué à cette reconnaissance avec nombre d’études scientifiques centrées sur les effets neurologiques, physiologiques et physiques de la méditation. En France, c’est le psychiatre Christophe André qui porte l’étendard. La percée du yoga dans le milieu médical a été plus tardive. Elle est même… très récente ! Le docteur Jocelyne Borel-Kuhner a ouvert la première consultation de yoga-thérapie dans le service des urgences dont elle est responsable, à l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne, au nord de Paris. Après trois années et plus de 130 patients traités, elle compte lancer une étude clinique pour évaluer scientifiquement les effets du yoga postural.

La yoga-thérapie aux services des urgences

Médecin urgentiste spécialiste de la douleur, Jocelyne Borel-Kuhner s’est formée à la yoga-thérapie sans avoir jamais pratiqué le yoga auparavant. Face à la complexité de la douleur qui se manifeste, est ressentie, tolérée ou évolue de manière totalement différente d’un individu à l’autre, cette passionnée cherchait des réponses. Dans sa quête, elle découvre une approche originale que lui enseigne Lionel Coudron, médecin généraliste et professeur de yoga pour qui « à chaque exercice pratiqué sur le tapis de yoga, le bien-être que nous en retirons n’est pas uniquement une question de satisfaction égoïste, mais conditionne notre espérance de vie, la survenue de maladies ou au contraire leur prévention et, dans certains cas, leur guérison », comme il l’écrit dans son ouvrage La Yoga-thérapie.

La yoga-thérapie de Jocelyne Borel-Kuhner consiste à cibler la zone douloureuse principale avec des mouvements de yoga adaptés au patient, à sa pathologie, à son traitement, et à l’inciter à les pratiquer quotidiennement chez lui. Pour sa patiente Anne Olivier, atteinte de spondylarthrite ankylosante (une maladie auto-immune avec inflammation des articulations), la yoga-thérapie a été une délivrance : « J’ai dix ans de traitement médicamenteux derrière moi et dès la deuxième séance, j’ai voulu tout arrêter tant le yoga m’aidait ! Mon médecin m’a aussitôt conseillé de diminuer les doses plus progressivement ». En quatre mois, Anne Olivier a réduit de 80 % ses prises d’anti-inflammatoires et d’antidouleur ; elle a par ailleurs totalement arrêté les antidépresseurs. « Exactement comme avec un médicament, il faut être très rigoureux : je pratique une heure par jour sans exception et, depuis, je ne dis pas que je n’ai plus de douleurs mais j’arrive à les gérer. »

Face à tant d’enthousiasme, Jocelyne Borel-Kuhner rappelle tout de même que la yoga-thérapie ne remet pas en cause mais qu’elle s’associe aux traitements classiques. Il n’empêche, Anne Olivier arrive au bout de ses dix séances hebdomadaires prévues dans le cadre de la yoga-thérapie mais ne compte pas s’arrêter là : « Mon prochain objectif est de me séparer de l’appareillage qui toutes les nuits m’évite les apnées du sommeil. J’espère pouvoir entreprendre cinq consultations de plus pour y parvenir. »

Le yoga dans le processus de guérison

À travers des postures, le docteur Borel-Kuhner propose au patient de découvrir que dans un espace douloureux, il y a aussi un espace non douloureux. Ces expériences positives du corps, renouvelées quotidiennement, déconditionnent le patient de sa douleur. « Il l’apprivoise et reprend confiance en lui, ce qui diminue la synthèse de substances inflammatoires et favorise les sécrétions analgésiques de type endorphines », explique-t-elle.

Afin d’éviter les amalgames avec une prise en charge psychologique, celle qui est également diplômée de l’Université de Strasbourg en « médecine, méditation et neuroscience » a décidé de ne pas aborder dans un premier temps la méditation et les techniques profondes de relaxation. Elle concentre sa consultation sur des postures réalisées en synchronisation avec la respiration. « Je me suis aperçue qu’en donnant trop d’informations je pouvais être invasive. Plus les postures et la méthode sont simples, meilleurs sont les résultats. ». Allongée sur le dos, sa patiente inspire en levant les bras à la verticale. La deuxième fois, elle les ramène derrière la tête. Ensuite, il lui faut enlacer un genou avec les mains vers le buste.

De l’extérieur, rien ne diffère d’une séance lambda pratiquée en cours collectif. Mais pour la patiente, cela n’a rien à voir : « Pour l’instant, je ne me sens pas du tout prête pour un cours collectif. D’ailleurs, j’ai essayé et je me suis fait mal, ce qui est normal vu que nous étions vingt dans la pièce et que la prof ne pouvait pas corriger chaque élève. De plus, j’ai des problèmes bien spécifiques, par exemple je ne peux pas me mettre en fente, j’ai le bassin totalement bloqué. » La yoga-thérapeute confirme : « Avec les pathologies lourdes auxquelles ils font face, mes patients ont besoin de séances individuelles. Lorsqu’ils ont repris confiance en eux et qu’ils ont une pratique régulière chez eux, rien ne les empêche alors d’intégrer un cours collectif. »

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°6

Namasté