Chut… fermez les cahiers et respirez !

Yoga_à_l'école

Par Anaïs Joseph,

 

Adeptes du yoga ou convaincus de ses bienfaits, certains éducateurs ont développé cette activité au sein de l’école avec l’espoir qu’elle canalise l’éparpillement des enfants.

Ils naissent, grandissent et vivent dans une société où règne le stress, berceau idéal de l’inattention dont se plaint une grande partie des enseignants.

Autour de l’inattention gravitent l’hyperactivité, la déconcentration, le désintérêt, l’irrespect… et la myriade d’autres problèmes détectés chez les enfants du XXIe siècle. En réponse, des approches longtemps raillées ou passées inaperçues, telles que la parentalité positive, la communication non violente ou l’éducation en conscience, trouvent un accueil de plus en plus favorable. Dans les programmes scolaires rédigés en 2015, le « bien- être » des élèves est mentionné parmi les objectifs visés, signe que l’Éducation nationale s’inscrit dans ce mouvement général.

Cette tendance à l’ouverture profite également au yoga que nombre d’élèves pratiquent désormais dans les temps périscolaires. « C’est incroyable de voir le développement du yoga au sein des écoles », s’enthousiasme Micheline Flak, pionnière du yoga pour les enfants et fondatrice de l’association « Recherche sur le yoga dans l’éducation » (RYE). Depuis trois ans, le RYE a l’agrément de l’Éducation nationale et peut donc exercer dans les établissements scolaires sans crainte d’être considéré comme non conforme aux attentes de l’école. « En 1978, ce n’était pas aussi facile. Cela prouve qu’il y a une véritable évolution. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 2 000 personnes se sont formées aux techniques du RYE et les nombreuses formations à venir sont prises d’assaut par les professeurs de yoga, éducateurs et enseignants qui ressentent les effets positifs d’une reconnexion corps-esprit.

 

À Montfermeil, un collège cible l’estime de soi

Avec ses 680 élèves de 44 nationalités différentes, issus pour l’essentiel de classes défavorisées, le collège Jean-Jaurès figure parmi les zones d’éducation prioritaires en prévention violence. Afin de préserver un climat scolaire plus apaisé qu’en 2009, où 18 conseils de discipline ont été suivis par 17 exclusions, l’équipe pédagogique a mis en place un projet sur l’estime de soi. Dans ce cadre, et sous l’impulsion de la conseillère professionnelle d’éducation (CPE), Sandra Barfleur, un cours de yoga hebdomadaire a été proposé aux élèves de sixième.

Une quinzaine d’enfants entre 11 et 14 ans se réunissent chaque semaine, pendant une heure, autour d’Otilia Moreira qui a quitté l’enseignement de l’économie et de la gestion en lycée professionnel il y a dix ans pour se consacrer au yoga. La séance commence par un « bonjour » où chacun, tour à tour, tape des mains les syllabes de son prénom en l’énonçant. Otilia allume ensuite la chaîne HI-FI : on s’agite et on s’arrête en fonction des pauses musicales. Attention à ne pas sortir du tapis. Certains miment des animaux, d’autres s’imaginent sur une piste de danse, vacillent d’un pied sur l’autre, bougent frénétiquement… et tous ont le sourire. Ils rigolent, se regardent, osent, dans une joyeuse agitation. Vient ensuite l’instant des âsanas : « Immobilité totale dans la posture du héros en équilibre, lance Otilia. Comptez à rebours dans votre tête de 12 à 1 avant de quitter la pose ». Encore quelques postures et les voilà installés avec leurs feutres pour écrire le nom des copains sur les pétales d’une fleur dessinée dans leur livret de yoga. Tout le monde joue le jeu, sauf deux ou trois que l’enseignante reprend gentiment mais fermement. Allongés, ils écoutent le bol chantant et mémorisent le nombre de coups frappés par Otilia sur le métal. Un exercice pour les yeux (tratak), puis c’est la relaxation.

« Ça y est ? Déjà ?, déplorent les garçons, Pfff, va falloir retourner en classe ». « Nous, on connaissait le yoga sur la Wii », rapporte Bastien, coupé par Thérésa : « Sur la console, c’est plus physique. Là, on fait des choses différentes et puis c’est pas un robot qui nous parle, c’est un humain. Ça, c’est mieux. » Au départ, Alexandre a testé le cours parce qu’il avait du mal à s’endormir le soir. Aujourd’hui, il aimerait montrer ce qu’il fait à son petit frère qui semble avoir le même problème. « Moi, ce que j’aime le plus, explique Edin, c’est tratak, parce que je vois des choses apparaître ». C’est la septième séance et pas un seul ne s’est désisté. Tous viennent de manière volontaire, convaincus par la mini- séance de présentation d’Otilia en début d’année ou sous l’influence de copains qui ont suivi les premiers cours.

 

Le yoga pour les enfants et le yoga pour l’éducation

Mettre en place un questionnaire afin de mieux connaître l’intérêt des élèves pour cette méthode fait partie des plans d’action de Sandra Barfleur pour 2017. Pour l’instant, les professeurs du collège n’ont pas signalé de changement notoire chez les élèves. Aussi, il est impossible de juger, chiffre à l’appui, de son efficacité. Au RYE, parmi les 200 personnes formées l’an passé, seulement 15 % se disent freinées dans la mise en place du yoga à l’école, que ce soit pour des raisons administratives (50 %), des résistances de collègues (25 %) ou des élèves (25 %). Des résistances qui sont peut-être aussi vivaces lorsqu’on évoque les mathématiques ou la physique-chimie…

Aux États-Unis et en Inde, une quarantaine d’études scientifiques ont été publiées sur les retombées du yoga en classe. Différents facteurs tels que leur durée brève, le petit nombre d’élèves ou l’absence d’éléments de comparaison limitent malheureusement l’impact des résultats qui convergent toutefois vers des effets positifs : réduction du stress*, amélioration du comportement, diminution de l’hyperactivité, des risques d’addiction, etc. Quel que soit l’état de la recherche, 940 écoles américaines ont développé des programmes basés sur le yoga l’an passé et 5 400 éducateurs suivaient une formation en lien avec le yoga à l’école.

En France, difficile de savoir quelle est exactement l’étendue des pratiques. Outre le RYE, il existe d’autres écoles, comme Rainbow Kids, d’envergure internationale, ou Yogamini et Récré’Yoga, beaucoup plus petites, qui forment davantage au yoga pour les enfants qu’au yoga pour l’éducation. Nan Denouette enseigne la méthode RYE en Touraine sur le temps périscolaire d’une école primaire, et celle de Rainbow Kids dans un cours hebdomadaire parents-enfants. « Cela n’a rien à voir : avec les six familles je m’éclate, on est en file indienne avec la musique à fond, c’est vraiment très ludique. Les aînés apprennent aux petits comment faire et, en retour, les plus petits montrent comment rester décomplexé face aux regards des autres. Dans le cadre de l’école, c’est une autre histoire : d’abord il y a trente enfants, tous du même âge, enfermés pendant une heure dans une salle avec moi. Cela n’est pas toujours facile, je me suis déjà retrouvée à faire le gendarme avec des CE2 car mon objectif n’est pas d’animer la récréation mais de leur montrer comment vivre ensemble : il y a peu d’âsanas, on écrit le nom des copains sur des patatoïdes, on apprend à échanger sans violence et, idéalement, sans jugement. »

 

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