Comment le yoga accompagne mon art

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Par Cathy Bernot,

 

J’ai toujours su qu’un jour, je ferai du yoga ! Adolescente, j’étais attirée par la dimension spirituelle, avec la vague idée d’une discipline sévère, qui conduit à la maitrise du corps et des émotions.

J’avais tort sur un point : le yoga n’est pas qu’austérité. Il s’accompagne de sourires et de bienveillance.

J’avais raison sur un autre : il a fallu attendre près de trente ans, mais j’ai bel et bien fini par faire du yoga. Je me suis décidée il y a 3 ans, non pas dans une quête spirituelle (pas encore !), mais au contraire dans l’intention de pratiquer une activité physique qui m’aiderait dans mon métier.  

Je suis photographe. Je travaillais alors sur une série qui demandait une certaine maitrise physique, et qui a été une étape importante dans ma vie d’artiste. Je ne suis pas surprise aujourd’hui que ça soit par elle que le yoga est entré dans ma vie.

Dès ma première séance, je me suis immédiatement senti à ma place sur mon tapis. Ce fut une évidence, comme le fut quelques années plus tôt la photographie.

 

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De la peinture à la photo

Si ma vie s’articule aujourd’hui sereinement autour de la photographie et de la nature, le chemin pour y parvenir n’a pas toujours été simple et linéaire.

Avant la photo, il y a eu 20 ans de peinture, jusqu’à ce que je quitte la ville pour la campagne, en manque de nature. Ce déménagement, loin de nourrir ma peinture a eu raison de mon inspiration.  Et puis un jour, je me suis retrouvée par hasard avec un appareil photo dans les mains. Ce fut un véritable déclic, à tel point qu’un an plus tard, j’en faisais mon métier.

En peinture, je construis mentalement mes images avant de les projeter sur la toile. La photo m’a appris à ne plus construire. A lâcher prise pour ne plus être dans l’intellectualisation. A être là, ici et maintenant, portée par mes émotions. Lorsque j’appuie sur le déclencheur, je ne fais que retransmettre ce que je reçois. Je suis fascinée par le propre de la photo -dessiner avec la lumière-, mais aussi par cette instantanéité qui oblige à être totalement reliée à la terre. C’est ce qui explique mon attirance pour une photographie « à l’ancienne » : in situ, sans retouche sur ordinateur.

 

Quelles thématiques ?

Spontanément je me suis tournée vers la photo nature, et plus particulièrement vers la macrophotographie, qui consiste à photographier le tout petit de tout près. J’ai découvert qu’un simple pissenlit apportait autant d’émotion esthétique qu’une orchidée rare. La macro a élargi mon univers.

Au-delà des fleurs ou des papillons, mon sujet réel est vite devenu la lumière. Je suis tombée amoureuse de la lumière du couchant, qui procure un tel sentiment de paix ! Lorsque l’on est assis seul en pleine nature au coucher du soleil, on voit le monde changer. Il ne nous appartient plus. On devient humble et apaisé, faisant simplement partie d’un tout en mouvement. Cette quête du chemin, de l’instant vécu plutôt que du résultat, est très proche de ce que je peux ressentir sur mon tapis de yoga.

 

Photo ou calligraphie ?

Lorsque j’ai voulu m’affranchir d’une photographie illustrative pour créer des images plus abstraites, j’ai expérimenté des pauses longues en bougeant mon appareil photo comme un calligraphe fait glisser son pinceau sur sa feuille. Apporter mon propre mouvement dans mes images me fait vivre plus intensément ces quelques minutes où le jour cède la place à la nuit. Je photographie avec tout mon corps : d’abord les pieds bien ancrés au sol,  puis une respiration que je bloque au bon moment, pour esquisser un geste pur et net. Le capteur de mon appareil est ma feuille de papier. La lumière est mon encre.

Ce travail a réunifié ma peinture d’hier et ma photographie d’aujourd’hui. Grâce à mes filés, je replace le corps de l’artiste dans l’image : mes images sont signées de mes gestes, elles en portent la trace tout comme on reconnait l’unicité d’une écriture manuscrite ou encore l’empreinte des doigts du potier dans l’argile.

 

J’ai pensé que la pratique du yoga pourrait améliorer mes prises de vue en mouvement. J’ai donc commencé seule à l’aide de livres, magazines et vidéos dans le but d’acquérir une meilleure maitrise de mes gestes et un meilleur ancrage. Ce fut le cas, bien sûr. Mais plutôt que de me mener vers plus de contrôle, le yoga a au contraire renforcé mon lâcher prise, dans l’acceptation et la curiosité de ce qui est.

Je déroule aujourd’hui presque quotidiennement mon tapis. Parfois pour des séances dynamiques qui compensent une longue journée sur ordinateur. D’autres fois, pour des séances en douceur, qui apaisent un flux de pensées trop présent dans des périodes de grande créativité. Au-delà des postures, tout m’intéresse : ayurvéda, mudras… et je souhaite aborder le yoga sous un angle plus global et spirituel. A ce jour, je cherche encore mon yoga, ainsi qu’un professeur pour me guider.

Mon état d’esprit sur le tapis est très proche de celui qui rythme mes prises de vue. La photo m’a menée au yoga. En retour, le yoga m’a offert de vivre plus intensément ces heures passées seule sur le terrain. Il m’a aidé à oser développer une photographie non conventionnelle, à la partager avec un public qui s’est révélé curieux et enthousiaste lors de festivals, mais aussi depuis un an, en proposant des stages photo nature à ma façon, qui sont avant tout de belles rencontres humaines.

 

Vous pouvez retrouver Cathy Bernot sur son site : www.cathy-bernot.com

 

Très belle journée, Namaste

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© Photos Cathy Bernot