Comment le yoga m’a-t-il aidé à apprécier l’automne ?

Man practicing yoga and meditating in the woods

Par Jérôme Lemaître

 

Ah… l’automne… Les belles couleurs dans les arbres, le soleil qui caresse l’horizon de ses douces nuances orangées, le vent frais du matin qui stimule la circulation sanguine… Comment ne pas aimer cette saison propice au changement ?

Eh bien moi, je n’aime pas l’automne ! Pendant que d’autres chantent sa mélopée à la moindre feuille qui chambranle, moi, je me renfrogne comme une feuille qui se dessèche à la vue du mercure qui s’abaisse. Et figurez-vous que je ne suis pas le seul ! Le Blues de l’Automne, aussi connu sous le nom de trouble affectif saisonnier, touche près de 5 % des Européens et plus d’un Canadien sur cinq, en savoir plus ici.

Bien sûr, j’aurais pu vous proposer un top 5 des meilleurs trucs pour passer à travers le Blues de l’automne, mais j’ai plutôt cru bon de vous partager mon voyage intérieur vers l’acceptation de l’automne*. Parce que le yoga, ce n’est pas juste des positions pour impressionner la galerie. C’est aussi et surtout un voyage avec soi-même. Pour ma part, j’ai commencé à accepter l’automne le jour où j’ai réalisé que « l’automne était », tout simplement. Cette affirmation vous laisse de glace ? Qu’à cela ne tienne, je vous l’explique ! Mais avant, faisons un bref retour en arrière.

Tout jeune déjà, j’espérais très fort que l’automne ne se présente pas cette année. J’étais la cigale de la Fontaine et je souhaitais dans mon for intérieur que la bise n’arrive jamais. Mais sous nos latitudes, c’était rêver en couleurs (d’automne). Pour moi l’automne, c’était le Bonhomme Sept Heures, celui qui vient éteindre la sono un soir de fête. Or, après l’exubérance de l’été, je n’avais pas du tout envie de fermer boutique !

Bien malgré moi, l’automne ne m’écoutait pas ! Chaque année, le givre gagnait du terrain et mon territoire se rapetissait comme peau de chagrin. Un coin de sofa, un bout de cheminée et un bol de soupe chaude étaient mes seuls compagnons. J’ai tant pesté contre l’automne. J’ai piaffé, j’ai houspillé, je l’ai repoussé. Rien n’y faisait… Mon pire calvaire était de ramasser ses feuilles, à l’Automne. Déjà qu’il m’énervait assez comme ça ! Il fallait en plus que je ramasse ses déchets aux quatre coins du jardin !

Puis, grâce au yoga, ma relation à l’automne a graduellement évolué. Je suis passé du rejet à l’indifférence. Je ne pouvais pas le faire partir, l’Automne ? Qu’à cela ne tienne ! J’allais donc l’ignorer. Et je mettais du cœur à l’ignorance ! À son approche de la maison, je devenais un chat hautain et vicieux. Sur le rebord de ma fenêtre, je le toisais de ce regard d’indifférence, dont seuls les chats ont le secret.

Enfin, après l’indifférence vint l’acceptation. C’était inévitable. L’évidence même. Vous allez me dire « tu aurais dû te rendre directement à la case ‘acceptation’, cela t’aurait sauvé beaucoup de temps ! ». Oui, mais voilà, entre savoir et pouvoir, il y a un monde intérieur à traverser. Même si je vous entends bien, même si je comprends cette affirmation avec ma tête, le reste de mon corps n’était pas prêt à suivre…

Fascinant ce corps humain ! Vous lui demandez une chose et il fait le contraire. Vous lui demandez une flexion en Uttanasana et il s’arrête à mi-hauteur. Vous lui demandez une extension en Ustrasana et là encore, il refuse. Alors, que faire avec ce corps qui n’obéit ni au doigt ni à l’œil ? Se fâcher ? Pester ? Le molester ? Ou simplement accepter ? L’accepter dans sa globalité ? L’accepter pour ce qu’il est, même avec ses nombreuses imperfections ?

Revenons à l’automne. Comme je l’ai dit, j’ai commencé à l’accepter le jour où j’ai réalisé que « l’automne était ». Dans mon for intérieur, j’ai pleinement pris la mesure que l’automne faisait uniquement ce qu’il savait faire : être l’automne. Rien de plus. Rien de moins. Et il ne le faisait pas pour m’embêter. Il était, tout simplement. En vrai, il n’avait pas de problème, l’Automne. C’est plutôt moi qui avais un problème. Avec lui.

Ce jour-là, j’ai réalisé que l’automne me présentait simplement un miroir de mon paysage intérieur. Un miroir dans lequel je n’aimais pas mon reflet. Autant le miroir de l’été me dévoilait sous mon meilleur jour, plein d’entrain et d’énergie, autant mon reflet dans celui de l’automne était terne et cerné. Dans ce changement de saison, je passais de « chouette, on fait un barbecue chez les copains ! » à « oh non, faut-il encore aller les voir, ceux-là ? ». De la séance de piscine rafraichissante à 6h du matin, je rechignais maintenant à marcher dehors plus de quinze minutes.

Quand j’ai réalisé que l’automne me présentait simplement un miroir de moi-même, exposant au grand jour mon côté le plus obscur, alors le véritable travail du yoga a commencé. Dans le fond, il ne s’agissait pas d’accepter l’automne. Il s’agissait de m’accepter moi-même, entièrement, même avec mes parts d’ombres.

Je vous l’accorde, c’est du travail. On ne s’accepte pas en un jour… Mais ce travail sur soi en vaut la peine. À mesure que nous explorons notre monde intérieur, grâce au yoga et à la méditation, nous acceptons de plus en plus nos parties sombres. La vie devient alors plus légère, plus simple, plus savoureuse, plus exaltante ! Aujourd’hui, je vous mentirais si je vous disais que « j’adore » l’automne. Par contre, je peux désormais affirmer que l’automne ne me dérange plus autant qu’avant et que je commence même à l’apprécier sincèrement. Pour ce qu’elle est. Une saison propice à l’exploration de son univers intérieur.

 

Jérôme Lemaître est un expatrié français vivant au Québec. Professeur de yoga certifié par la Yoga Alliance et diplômé d’un doctorat en biologie de l’université Laval, il enseigne le yoga et la méditation dans la région de Québec et a d’ailleurs mis en place un programme de yoga-coaching en ligne. Retrouvez Jérôme sur son blog et sur Facebook, où il propose un regard scientifique, honnête et humoristique sur le yoga et la méditation.

 

*Attention, bien que le yoga puisse contribuer à soulager les symptômes du trouble affectif saisonnier, un suivi médical peut être nécessaire. Cet article représente l’opinion de l’auteur et ne constitue en aucun cas un avis médical. Dans le doute, parlez-en à votre médecin.

 

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Photos : iStock / FlyMint Agency

  • Claudia de YogaPassion

    Superbe article, merci pour ce partage Jérôme. Je suis ravie de découvrir ton parcours :-) Namaste, Claudia