De gauche ou de droite ?

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Par Cécile Doherty-Bigara

 

Notre corps est une carte, notre corps nous parle ! Le yoga m’a appris à écouter.

 

Facebook m’a donné une photo comme souvenir. C’était il y a sept ans. Je voyageais en Amérique latine, je venais de tomber en faisant du ski sur des dunes de sable au Chili et de me fracturer le tibia droit. Avec double entorse pied et genou droits aussi. Sur la photo, juste après la chute, je brandis le ski coupable fièrement et je souris, mais la vérité c’est que quelques minutes avant j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’en ai pour six mois de rééducation devant moi. Cette blessure inaugure une série un peu spéciale : à partir de ce jour, je me ferai uniquement mal du côté droit de mon corps. Il y a deux ans, quand je tombe en descendant des escaliers, c’est le côté droit du sacrum qui tape. Un an après, c’est le genou droit que je me blesse avec un vélo mal ajusté. Et quand je fais du yoga, c’est ma hanche droite qui est plus raide que la gauche. À gauche, tout est calme et douillet.

Il y a quelques semaines, je commence mon cours de yoga du jeudi midi avec une question pour mes élèves : combien ici se font toujours mal du même côté ? Presque toutes les mains se lèvent. Je suis surprise. Et combien se font toujours mal à gauche et combien à droite ? Ce jour-là, la majorité des mains se lèvent pour le côté gauche. Je continue mon introduction en leur expliquant la symbolique du corps. Le côté droit du corps est souvent considéré comme le côté masculin, qui donne, avec lequel on s’exprime. Il représente, entre autres, le père. Le côté gauche du corps est souvent considéré comme le côté féminin, qui reçoit, avec lequel on assimile. Il représente, entre autres, la mère. Quand on rencontre continuellement des problèmes dans un côté précis du corps, cela peut vouloir dire que notre relation à ce parent, ou aux énergies représentées par ce côté, n’est pas apaisée. Puis, après la théorie, on passe à la pratique, et j’invite mes élèves à s’allonger en Supta Baddha Konâsana (posture du Papillon au sol) et à observer s’il y a chez eux, aujourd’hui, un déséquilibre entre le côté gauche et le côté droit.

Parce que c’est ce que je fais tous les jours, j’observe, je note et je me pose un tas de questions ! Si j’ai toujours mal à droite, est-ce que ça veut dire que j’en fais trop ou pas assez avec cette énergie ? Ou que j’ai juste un problème global avec le concept qui lui est associé ? Je peine à trouver la réponse miracle. Comme dans tous les moments où je panique, j’aimerais que quelqu’un vienne à la rescousse et résolve tous mes problèmes d’un coup de baguette magique (un guru spécial venu d’Inde, ça doit exister ça, non ?). Avec un peu de chance, j’ai trouvé du soutien dans le Grand dictionnaire des malaises et maladies, de Jacques Martel, auquel je préfère le plus accessible Transformez votre vie, de Louise Hay (et sa liste de parties du corps et la cause probable de leur déséquilibre) et, enfin, les mains magiciennes de quelques ostéopathes. Grâce à eux je suis passée de désespérée par la répétition de mes douleurs à fascinée par leur signification. Autant vous dire que le premier truc que j’ai cherché c’était la cause de l’acné (oui, j’ai eu de l’acné jusqu’à l’âge adulte !) : non-acceptation de soi, aversion de soi. Argh, dans le mille ! Et en même temps, comment s’accepter quand on a honte de son visage ? C’est la dynamique de tous les maux : ils naissent d’un malaise puis l’entretiennent, et c’est cela qui nous rend aussi susceptibles de faire d’un bobo passager une partie pérenne de nous-mêmes. C’est à moi de dire « Stop ! Qu’est-ce que je ne suis pas en train de voir ? » C’est avec ces petits bouquins et mes heures passées sur le tapis de yoga que j’ai appris que les allergies pouvaient venir d’une « négation de sa propre puissance », que les hanches étaient mon réservoir à tristesse, frustration et peurs, que les bras représentaient la capacité à accueillir les expériences de la vie, les dents mes décisions, et que les maux de tête viennent d’un profond dénigrement de soi et d’une attitude autocritique.

Mais savoir cela, ce n’est pas assez ! Guérir d’une blessure physique peut être très émouvant, tout en étant un véritable processus mental. Cela prend du temps.

 

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Très belle journée, Namaste

 

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