Du yoga avec les réfugiés

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Par Claire Lalande

 

Ce printemps, je suis allée partager du yoga aux portes d’un des pires camps de réfugiés au monde.

Tout a commencé en décembre dernier quand je suis partie 3 semaines pour faire du volontariat sur les côtes de Lesvos.

 

Lesvos est une petite île Grecque très proche de la Turquie qui voit donc arriver de nombreux bateaux chargés de demandeurs d’asiles qui espèrent pouvoir rejoindre l’Europe.

La première fois que j’y suis allée, je me suis retrouvée sur la côte nord de l’île à guetter la mer pendant de longues nuits pour repérer les bateaux des demandeurs d’asiles. Ce premier voyage a été très calme. Quasi aucun bateau, de longues veilles nocturnes à scruter la mer, mais somme toute une atmosphère paisible et méditative.

C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Shafique, un anglais qui gère une organisation appelée Stand by me Lesvos. Il m’a alors proposé de revenir pour donner des cours de yoga aux réfugiés de Moria. J’ai sauté sur l’occasion, et nous nous sommes donnés quelques mois pour organiser tout ça.

 

La préparation s’est faite en plusieurs temps : première étape, trouver des tapis de yoga à emmener avec moi. J’ai d’abord envoyé des emails à plusieurs marques en expliquant ma démarche et en demandant s’ils pouvaient offrir des tapis mais j’ai eu très peu de réponses et toutes négatives.

Du coup, j’ai publié un post sur Facebook et c’était réglé en quelques heures ! J’ai été bluffée par la solidarité et la générosité de mes amis, collègues et élèves genevois. Après quelques sauts de puce à droite à gauche pour les récupérer (et en moto ce n’est pas une mince affaire), j’ai réalisé que j’allais avoir un autre problème : le transport.

J’ai commencé par appeler ma compagnie aérienne, qui n’offre pas de bagage en soute (même s’ils trouvent ma démarche très sympa) et j’ai reçu le même genre de réponse de divers entreprises de transport qui m’ont proposé des prix d’envoi tellement exorbitants que j’ai commencé à avoir des sueurs froides.

Finalement, j’ai ajouté une valise en soute et, en roulant bien les tapis, j’ai réussi à transporter 16 tapis avec moi !

Je me suis ainsi retrouvée à Mytilène, la capitale de l’île, très proche du camp de Moria.

 

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©Fionn Macarthur

Pour présenter un peu Moria, on l’appelle le “camp prison”. Depuis l’accord entre la Turquie et l’Europe, les demandeurs d’asiles restent très longtemps là-bas en attendant la décision de les renvoyer chez eux ou de les accepter en Europe. Et l’attente peut être longue, de quelques mois à quelques années. Or les conditions à Moria sont terribles. Les journalistes ne sont pas autorisés à l’intérieur du camp et très peu d’ONG peuvent y rentrer.

Pour en savoir plus, cet excellent article du New York Times : Greece’s Island of Despair

Située dans un entrepôt à une centaine de mètres de Moria, l’association Stand by me Lesvos prépare et distribue des repas aux femmes et enfants les plus démunis du camp cinq jours par semaine. La plupart des personnes qui travaillent pour Shafique sont des réfugiés de Moria : Ali, Walid, Hussam, Alex, Shaza, Omima et les autres viennent de Syrie, de Somalie, d’Irak, d’Afghanistan et d’ailleurs. Ils sont là depuis quelques mois à 2 ans.

J’étais là-bas pour enseigner un cours par jour dans l’entrepôt où la nourriture est cuisinée et où des vêtements sont stockés. A mon arrivée, nous avons commencé par libérer de la place puis installer de gros tapis.

Puis nous avons cloué un drap sur l’encadrement de la porte pour nous isoler. En effet les femmes ne veulent pas être vues pendant la pratique.

Tout était très improvisé et très fluide. Il y a eu assez peu de femmes aux cours, on m’a expliqué que c’était normal, il y a pas mal d’arrivées à Moria, les femmes ne pouvaient pas vraiment quitter leur tente de peur qu’on leur vole leur place.

Globalement, j’ai eu le plaisir de donner des cours tous les jours à un petit groupe de femmes demandeuses d’asile. La majorité d’entre elles ne parlaient pas anglais, on communiquait par la vue et le toucher.

Sandy est venue tous les jours. Elle est népalaise et est coincée sur l’île depuis bientôt 2 ans. Heureusement, elle ne vit plus à Moria et loue un appartement avec son mari en ville. Elle parle très bien anglais car elle a fait beaucoup de volontariat auprès des organisations du coin. Alors qu’au Népal, elle avait fini l’université et entamé des études d’infirmière, ici elle vient juste de commencer l’école primaire en grec. Mais elle fait partie des chanceuses, il y a très peu de places pour les réfugiés.

J’ai aussi donné un cours de 2h le samedi dans une autre organisation. Cette fois, il y avait une salle dédiée au yoga et le cours était plein. Mes élèves n’étaient que des hommes et certains très jeunes. Les femmes et les hommes ne se mélangent que très peu et certainement pas pour pratiquer des activités physiques.

Pendant ces deux semaines, j’ai appris énormément. J’ai transmis ce que j’ai pu, des asanas et des méditations mais je pense avoir surtout offert une parenthèse et un peu d’espace à des personnes aux vies bien chamboulées.

J’ai vraiment adoré mon séjour, j’ai pelé beaucoup d’oignons et de patates, j’ai écouté de la musique, j’ai roulé en scooter, je me suis fait de nouveaux amis, je les ai écoutés attentivement et je me suis tue. J’ai découvert des morceaux d’histoires, petit bout par petit bout. J’ai vu des photos dans leur pays d’origine, en Turquie, à Moria. J’ai souri à des femmes dont je ne parlais pas le langage, j’ai vu des tentes, et des tentes et encore des tentes….

Mais le retour est dur.
J’avoue que je suis triste. Un peu en colère aussi. Mais je suis reconnaissante d’avoir pu rencontrer autant de personnes passionnantes avec des histoires inspirantes.

Bien entendu, je suis déjà en train de planifier mon prochain voyage :-)

 

Retrouvez Claire sur sont site : clairelalande.com

Retrouvez l’association Stand by me Levos sur leur site

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© Fionn Macarthur

Très belle journée, Namaste

© Photo : Corinne Dietiker et Fionn Macarthur