Entraînez votre cerveau à se détendre

Above view of woman doing relaxation exercises on wooden floor.

Le stress chronique et l’anxiété envoient des signaux au cerveau qui peuvent être dévastateurs pour votre corps. Le secret pour se régénérer ? Le yoga.

mars 2016 yogajournal.com

TÉMOIGNAGE DE TASHA EICHENSEHER

DEUX FOIS PAR SEMAINE, la professeure de yoga Amy Lawson passe les portes de la clinique Walden Behavioral Care, située à South Windsor dans le Connecticut et spécialisée dans les troubles alimentaires, pour proposer une pratique douce d’une heure à de petits groupes de patients convalescents dans une salle de réunion vidée de ses tables et chaises. Tous ses élèves — quels que soient leur sexe, leur âge, leur origine ethnique ou leur milieu socioéconomique — sont, à de rares exceptions près, maussades et introvertis, et présentent les signes habituels du stress et de l’anxiété : agitation, palpitations au cœur, corps contractés, respiration rapide et courte. « Ils ne tiennent pas en place », déclare Amy Lawson. « L’idée de pouvoir être observés ou jugés est un facteur de stress pour eux. »

Le phénomène d’anxiété n’est pas nouveau en Europe et aux États-Unis — en fait, près de 40 millions d’américains et 32 millions d’européens souffrent de troubles anxieux. C’est bien connu la France est le premier utilisateur d’anxiolytiques dans le monde, 11,5% de la population française a consommé au moins une fois un anxiolytique en 2012 (rapport de l’ANSM), ce qui représente près de 4% de la consommation totale de médicaments sur une année. Même si nous ne subissons pas tous le niveau intense de stress et d’anxiété que connaissent la plupart des élèves d’Amy Lawson, nous ne sommes pas immunisés contre les symptômes. Par exemple, d’après une enquête menée par l’American Psychological Association sur le stress en 2014, près de 75 % des personnes interrogées ont fait état de symptômes liés au stress financier (nervosité, irritabilité…). Le stress et l’anxiété ne sont pas nécessairement mauvais, explique Nancy Molitor, psychologue et professeure adjointe de psychiatrie clinique et de sciences comportementales à l’école de médecine Feinberg de l’Université Northwestern dans l’État de l’Illinois. Toutefois, lorsqu’ils persistent pendant des semaines, ils peuvent entraîner une augmentation du rythme cardiaque, de la tension artérielle, des tensions musculaires, une agitation durable, des insomnies, des crises de panique et de la dépression. Sur de longues périodes, on a pu établir un lien entre le stress et l’anxiété et les inflammations, qui, d’après les chercheurs, peuvent être associées aux migraines, aux problèmes cardiaques voire même aux cancers.

Malgré certaines différences très nettes, le stress et l’anxiété représentent tous deux un déséquilibre du système nerveux à différents degrés, explique Robin Gilmartin, assistante sociale clinique agréée, spécialisée dans l’anxiété et les troubles du stress post-traumatique. (Robin Gilmartin est également élève et professeure de Mindful Yoga Therapy [MYT / yoga-thérapie basée sur la pleine conscience] — le type de thérapie qu’enseigne Amy Lawson.) Le stress se définit par une réaction à un événement de la vie qui perturbe l’équilibre mental et physique d’une personne : une personne sujette au stress peut devenir nerveuse ou se sentir submergée dans les embouteillages ou en pensant à son travail. L’anxiété, qui fait également partie de la vie quotidienne, n’est pas nécessairement liée à un événement, explique Nancy Molitor, spécialiste des troubles anxieux : « Dans certains cas, dès le réveil, on n’est pas dans son assiette ou on se sent déboussolé ».

Le catalyseur du stress et de l’anxiété est une réponse neurologique programmée à une menace potentielle. Face à une difficulté – un événement, un souvenir, l’impression de porter tout le poids du monde sur ses épaules – votre système nerveux sympathique (le nerf qui contrôle la réaction de lutte ou de fuite) envoie des signaux à votre cerveau pour inonder votre corps d’hormones de stress comme l’adrénaline et le cortisol. Celles-ci raccourcissent votre respiration, activent vos muscles, affutent votre concentration et vous propulsent dans l’action. Cet état est normal et utile si vous vous retrouvez face à un puma sur un sentier de montagne isolé ou dans les starting-blocks pour courir un 100 mètres. Mais si vous accumulez un niveau de stress élevé sur une longue période — par exemple, si vous devez rester au chevet d’un proche malade durant plusieurs mois ou années — il se peut que votre santé en pâtisse.

Comment retrouver l’équilibre ? De plus en plus d’études montrent que pratiquer la pleine conscience et respirer plus lentement peuvent dompter l’activité du nerf sympathique et équilibrer le système nerveux. « En prenant une respiration profonde, vous indiquez à votre corps de se détendre », explique Erin Byron, co-auteure de Yoga Therapy for Stress & Anxiety, psychothérapeute et professeure de yoga et de méditation basée à Ontario, Canada. Une respiration lente en conscience active le système nerveux parasympathique — contrepartie du système nerveux sympathique. Lorsque la respiration ralentit, le système nerveux sympathique ralentit à son tour le rythme cardiaque et envoie un message apaisant aux nerfs, inspirant une réaction « de repos et de digestion », ajoute Erin Byron. Plusieurs outils yogiques nous encouragent à ralentir notre respiration et à rester présent : les asanas doux ; la méditation ; le pranayama (respiration) ; et le repos sous la forme de Savasana (posture du Cadavre) et de yoga nidra, ou « sommeil yogique ».

En tant que professeure de MYT, Amy Lawson associe plusieurs de ces outils en vue de procurer à ses élèves du Walden Behavioral Care une expérience apaisante. Elle les guide à travers une pratique de centrage qui leur permet de prendre conscience de leur respiration hâtive, puis les conduit doucement vers des asanas conçus pour soulager les tensions et les aider à s’enraciner. Chaque séance se termine par une posture de relaxation.

« Vers la fin du cours, ils sont souvent plus calmes », décrit Amy Lawson. « En Savasana, certains élèves réussissent enfin à lâcher prise. Parfois ils parviennent à en retirer un repos bénéfique. Je suis vraiment contente quand cela se produit ! Ils ont tellement besoin de trouver la paix intérieure. »

Suite de cet article avec une séance de yogathérapie, la semaine prochaine.
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Belle journée, Namaste