Entretien avec Hala Khouri

Entretien avec Hala Khouri

Une professeure de yoga explique pourquoi il faut d’abord guérir soi-même pour pouvoir guérir le monde…

 

Par Seane Corn

 

Notre contributrice Seane Corn, fondatrice de l’ONG d’action par le yoga Off the Mat, Into the World, recevra tout au long de l’année différents responsables d’organisations à but non lucratif  consacrées à la transmission du yoga et militant en faveur de la justice sociale. Pour débuter cette série, Seane Corn s’est entretenue avec sa collègue Hala Khouri d’Off the Mat. Professeure de yoga et conseillère en thérapie somatique à Los Angeles, Hala apprend à des personnes travaillant dans le service à la personne à utiliser le yoga comme un outil de guérison des blessures émotionnelles.

 

 

Seane Corn : Nous travaillons ensemble depuis sept ans. Parle-moi du travail que tu mènes de ton côté auprès des professionnels du secteur tertiaire.

Hala Khouri : J’organise des ateliers de yoga orienté vers les traumatismes auprès de travailleurs et intervenants sociaux, cliniciens en santé mentale, et personnes intervenant dans des organismes spécialisés dans la violence familiale. Aider le personnel aidant, c’est vraiment quelque chose de très fort. Ils s’occupent toute la journée de personnes traumatisées en mode survie sans pouvoir se pencher sur leur propre ressenti. C’est une gratification immense de les voir entrer dans leur corps, puiser dans leurs émotions et les libérer. C’est beau de savoir que ces personnes pourront s’occuper de leurs clients un peu différemment maintenant qu’elles prennent soin d’elles. Hier encore, je donnais un cours au personnel d’un centre de désintoxication, parmi lequel se trouvaient des agents de sécurité chargés de gérer les jeunes qui deviennent incontrôlables. Je leur ai fait faire un exercice d’ouverture des hanches et l’un d’eux, un gros dur bien costaud, m’a demandé après coup : « Pourquoi je me suis mis à pleurer comme ça ? » Je lui ai répondu : « Du matin au soir, vous devez prendre soin des autres. Lorsque vous ralentissez le rythme, tous les sentiments que vous avez dû refouler remontent ».

 

SC : Qu’est-ce que le yoga orienté vers les traumatismes, et comment pouvons-nous utiliser notre pratique du yoga pour identifier nos traumatismes et nous en libérer ?

HK : Le yoga est pour moi un outil d’auto-régulation, d’auto-questionnement et de conscience de soi qui nous permet de nous impliquer dans le monde de la manière la plus authentique qui soit. La première chose à faire est donc de se demander en toute honnêteté quel usage nous faisons de notre pratique du yoga : est-ce dans une optique de punition, ou encore de perfectionnisme ? J’ai fait du yoga pendant des années en ayant l’objectif de réussir certaines postures. Ce n’était pas une recherche de mon ressenti réel. Au lieu de cela, nous devons nous demander comment nous pouvons trouver dans le yoga une opportunité de puiser dans les sensations de notre corps sans rien juger. Cela nous permet d’entrer en contact avec des émotions et des impulsions non exprimées, et nous pouvons provoquer leur déplacement dans notre corps. Et en restant connecté à votre respiration ou à votre sens de l’enracinement, vous pouvez éviter de vous laisser submerger.

 

SC : D’où te vient cet enthousiasme à amener les gens à guérir leurs blessures ?

HK : Je suis originaire de Beyrouth, et nous sommes venus en Amérique car nos frères libanais s’entretuaient à cause de leurs différences. Mes racines puisent leurs origines dans une combinaison de rage et d’émotions contenues qui a atteint un tel niveau que mes semblables en sont venus à se massacrer. Je veux que les gens s’occupent de leurs traumatismes afin qu’ils cessent de se faire du mal les uns les autres.

SC : Comment la guérison personnelle peut-elle contribuer à guérir à l’échelle sociale et politique ?

HK : La première chose à faire est de reconnaître comment le traumatisme s’inscrit dans notre corps et l’impact qu’il exercera sur notre façon de communiquer et sur nos relations. En changeant ce qui se produit en nous, nous commençons à faire basculer l’histoire collective.

 

Découvrez l’intégralité de cette interview dans votre magazine Yoga Journal n°5

 

Très belle journée, Namaste

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Photo : Robin Clark