Gautier Capuçon « La méditation musicale »

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Rencontre avec Gautier Capuçon, violoncelliste virtuose international, membre du jury de l’émission Prodiges, de France 2 aux côtés de Marianne James, Patrick Dupond et Élisabeth Vidal. Gautier est un fervent pratiquant de la méditation, il lui arrive de la ressentir sur scène, dans ces moments magiques où la symbiose s’établit entre lui, son violoncelle, et le public.

« La musique est une forme de méditation »

« Le violoncelle m’aide à me mettre en relation avec moi-même et avec ceux qui m’entourent. »

Yoga Journal : Bonjour Gautier, pratiquez-vous le yoga ?

Gautier Capuçon : Je suis très sensible au yoga, je pratique la méditation régulièrement. C’est une branche du yoga, mais même si je souhaite depuis longtemps me mettre au yoga – je parle de l’intégralité de la discipline –, je n’ai pas encore pris le temps de le faire. Je sais que c’est quelque chose que je ferai, car cela m’attire fortement et je suis persuadé de ses bienfaits.

Y.J. : En sanskrit, le mot « yoga » vient de la racine « yug » qui signifie « unir », union qui, par extension, permet de se relier à soi-même. Comment définiriez-vous cette relation à vous-même ?

G.C. : Mon union, cette relation avec le moi intérieur, a toujours été assez bonne, mais elle devient de plus en plus présente au fil des ans.

Pour la petite histoire, quand j’avais 4 ans, mes parents m’ont donné un violon et j’ai détesté cet instrument. Au bout d’un mois, je le leur ai rendu. Ensuite, ils m’ont proposé un violoncelle et j’ai un souvenir sensoriel très fort avec ce premier violoncelle. Il faut savoir qu’il y a chez les violoncellistes une relation physique à l’instrument qui est très forte. Le violoncelliste est ancré dans le sol, il entoure l’instrument, il y a l’union de nos deux corps, cela crée un ancrage avec la terre très puissant. On l’enlace, c’est très sensuel. Au fur et à mesure ce sentiment d’ancrage se décuple et grandit, et j’en prends beaucoup plus conscience même si je le ressentais déjà à 4 ans et demi.

Y.J. : Donc le violoncelle vous a permis de vous ancrer à la terre et à votre moi intérieur ?

G.C. : Oui, j’en suis persuadé et, au fil des années, ça a contribué à développer cet ancrage et cette unité en puissance et en ressenti. J’ai l’impression en ce moment que c’est en train de devenir de plus en plus important, que ça « explose ». Cette relation avec l’instrument m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur moi et d’aller beaucoup plus loin au niveau de la connexion avec les gens. Le violoncelle permet de créer un vrai échange quasi énergétique avec la salle. Même si je joue sur scène et que je suis seul avec l’instrument et les autres musiciens, je ressens une connexion avec le public grâce à « lui ». Le violoncelle m’aide à me mettre en relation avec moi-même et avec ceux qui m’entourent.

Y.J. : Et donc cela vous permet de faire l’union avec les autres ?

G.C. : Exactement, d’ailleurs l’un des plus beaux compliments qu’on peut me faire après un concert, c’est : « On a l’impression que vous ne faites qu’un avec votre instrument. » Ce n’est pas d’entendre : « Vous jouez magnifiquement bien », même si c’est toujours plaisant (rire). Pour en avoir conscience, de cette mise en relation, il faut aussi s’ouvrir aux autres. Si on reste seul dans son coin, on a beau faire un très beau concert, ça ne peut pas fonctionner.

Y.J. : L’ancrage dont vous parlez est une posture fondamentale en yoga : c’est la posture de l’Arbre, Vrikshâsana. Ce lien à la terre avec votre violoncelle semble assez analogue…

G.C. : Complètement, c’est pour ça qu’il y a beaucoup de lien entre les deux. Pour moi la musique est une forme de méditation. Encore une fois, tout dépend de la façon dont on joue sa musique, si c’est jouer une note après l’autre ça ne fonctionne pas. Quand je joue, il m’arrive parfois de rentrer dans un état méditatif, et c’est très surprenant car ce n’est pas forcément quelque chose de voulu. Car il faut arriver en même temps à lâcher prise tout en gardant un pied bien ancré. Pour trouver ce juste équilibre, on est vraiment sur un fil. Tout dépend aussi de l’œuvre et de la salle, de la symbiose qui se crée entre nous. Quand ça arrive, c’est assez extraordinaire, d’autant que je pratique le plus souvent la méditation avant de rentrer sur scène, pour m’apaiser.

Y.J. : Et combien de temps dure cet état méditatif sur scène ?

G.C. : Ça dépend, c’est assez court, car d’un point de vue technique, ça demande une certaine agilité de l’esprit et on ne peut pas s’éloigner trop de la partition. Si une œuvre dure 30 minutes, on ne peut pas, malheureusement, partir 25 ou 30 minutes ; ce sont souvent des instants assez brefs. Mais ces instants restent magiques.

Y.J. : Et quand vous êtes seul à jouer, retrouvez-vous ces états méditatifs ?

G.C. : Rarement, et c’est dû principalement au fait que quand je joue seul, c’est pour répéter, et vu mon planning très chargé, j’ai des plages d’une heure et demie par jour. Je dois être rapide, technique et efficace et je n’ai pas le temps ni le contexte pour entrer dans ces états.

Y.J. : Vous avez une famille de musicien, votre femme est une ancienne violoncelliste, votre frère, Renaud Capuçon, est un violoniste virtuose. Quelles relations entretenez-vous avec vos proches ?

G.C. : Ma femme était une violoncelliste géniale, qui a changé pour devenir architecte d’intérieure. Elle a trouvé ce qu’elle voulait faire, même si elle était extrêmement douée en musique. Avec mon frère, nous avons joué pendant des années ensemble. Cela fait quatre à cinq ans que nous avons pris nos distances pour nous accomplir chacun sur nos chemins respectifs.

Les amitiés se développent et se resserrent en vieillissant. Maintenant je ne me force plus à faire ce que je n’ai pas envie de faire.

Les enfants et la paternité sont venus renforcer tout ça, j’ai envie de passer avec eux des moments privilégiés. Il faut goûter chaque seconde. Quel que soit le milieu dans lequel on évolue, tout le monde court en permanence. C’est un peu la maladie du siècle. Aujourd’hui j’essaie de réduire la vitesse du train qui est en marche, en appréciant les moments et en développant ces instants précieux. Passer du temps avec ses enfants, prendre le temps de lever les yeux, de voir les belles choses qui nous entourent et de jouir de tout ça.
© photo Grégory Batardon
Interview complète à retrouver dans Yoga Journal N°11
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