Interview de Bernard Werber

Interview Bernard Werber

Par Lionel Piovesan

 

« Quand on rentre dans la spiritualité, ça agace les imbéciles »


L’auteur des livres à succès Les Fourmis, Les Thanatonautes ou L’Empire des Anges, a été initié au yoga à l’âge de 13 ans. Lors d’une colonie de vacances, il rencontre Jacques qui lui ouvre les portes de la spiritualité orientale. Cet éveil précoce continue à l’influencer dans sa vie et dans son écriture.

 

Yoga Journal : Comment s’est faite votre rencontre avec le yoga ?

Bernard Werber : J’avais 13 ans, j’étais en colonie de vacances à Hyères. Mon attention a été attirée par ce garçon qui était extrêmement calme, détendu et souriant. Il avait un truc que les autres n’avaient pas. Il m’a expliqué qu’il faisait du yoga deux fois par jour avec André Van Lysebeth (professeur de hatha-yoga, ndlr). J’ai tout de suite était happé par ce qu’il me racontait et quand il m’a proposé de m’initier, j’ai aussitôt accepté.

 

Racontez-nous comment s’est déroulée cette initiation.  

Réveillés tôt le matin avant le lever du soleil, nous nous retrouvions en haut d’un bunker.

Il se mettait en position du lotus et moi en tailleur. Et il m’expliquait qu’il arrivait à sortir de son corps. ça me paraissait extraordinaire. Pour l’anecdote, j’ai vu un moustique se poser sur sa paupière et y planter son dard. Et il n’a même pas bougé… Pour lui, la partie « asanas » était vraiment secondaire par rapport à la partie « vivre le yoga ». Il faisait des choses impressionnantes. Par exemple, vider ses poumons et s’asseoir en lotus au fond de la piscine. Progressivement, il m’a délivré son savoir comme un maître à son disciple, me donnant tous les jours des exercices. Il m’a appris à respirer, rentrer le ventre, ralentir mon cœur, manger, être vraiment là, regarder et fixer un point… le tout en conscience. Au fur et à mesure on a formé un binôme surprenant dans la colonie de vacances. Il me parlait de voyage astral, de réincarnation, de relaxation… Un ensemble de choses que j’ignorais. Il avait aussi des rituels au quotidien que je trouvais spectaculaires comme se laver le nez avec de l’eau salée et faire passer un fil dedans. J’étais surpris que ça puisse aller aussi loin. Il incarnait la voie de la sagesse. Tout à coup, j’ai eu l’impression qu’il détenait les réponses à toutes les questions que je pourrais me poser le restant de ma vie. Il s’appelait Jacques Padovani et j’aimerais beaucoup le retrouver.
Comment cette amitié avec ce jeune maître était perçue par les autres ?  

Notre binôme a commencé à déranger car les autres ne comprenaient pas ce que nous faisions. Un jour, un garçon qui faisait du karaté est venu me demander ce que je faisais avec Jacques. Je lui ai répondu que ça ne le regardait pas. Il m’a expliqué que ça ne lui plaisait pas et que nous devions arrêter. Et comme je refusais, il m’a jeté par terre et il m’a mis un coup de poing. Je suis allé voir Jacques et je lui ai demandé : « Qu’aurais-tu fait à ma place ? » Il m’a répondu : « Je ne peux pas être à ta place. Et s’il s’en est pris à toi, c’est peut-être parce que tu es à la moitié du chemin. » Et là, j’ai compris que quand on rentre dans la spiritualité, ça agace les imbéciles. ça peut rendre agressif et générer de la brutalité.

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Très belle journée, Namaste

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