Interview de Claudia Martin, auteure du livre Yoga pour enfant (Hachette)

Yoga pour enfant Claudia Martin

Nous avons rencontré Claudia Martin, passionnée de langues étrangères, de littérature et de voyages mais avant tout, auteure du livre Yoga pour enfants (Hachette)

 

Yoga Journal : Qui étiez-vous avant d’être professeure de yoga ?

Claudia Martin : Quelle vaste question que celle de l’identité !

Elle me fait toujours penser aux identités multiples de Pirandello ou aux nombreux hétéronymes de Pessoa.

Ce qui attire mon attention, dans votre question, c’est sa formulation : qui étiez-vous avant d’être professeure de yoga ? Elle exprime bien l’avant et l’après et sous-entend une transformation.

Avant de devenir prof de Yoga, j’ai été une étudiante en classe prépa littéraire, puis en fac de langues, avec un passage par une école américaine. J’ai terminé par un master 2 Culture et Patrimoine. J’ai toujours été passionnée par les différentes langues et cultures du monde, par les voyages, et par les arts. Je suis aussi une grande amatrice de thés !

Ma vie professionnelle a commencé dans la continuité de mes études. J’ai travaillé deux ans comme Chargée de Programmation culturelle dans une mairie. J’organisais des expos, des concerts, des conférences, des festivals, en lien avec les différentes structures culturelles de la ville. Je rédigeais aussi des éléments de comm’ : discours, site internet, magazine de la ville…

Cette 1ère vie professionnelle m’a paru très stimulante et j’ai beaucoup appris ! Simplement, j’ai vite compris que je ne suis pas faite pour une vie de bureau ! Je me sentais alors très stressée et pas du tout présente à mon corps et à mes sensations. Mentalement, je ne me sentais pas « à ma place », quelque chose n’était pas aligné, pas fluide…

J’ai découvert le Yoga pendant cette période et je me suis formée en 2016 pour l’enseigner. Avant ma formation, j’ai pris une année sabbatique pour prendre du recul, faire le point et trouver de la clarté dans mon parcours et mes intentions. J’ai profité de cette année pour beaucoup explorer, avec des voyages au Japon, au Brésil, au Danemark, parfois seule, parfois accompagnée.

J’ai aussi exploré les médecines douces et le milieu du bien-être en consultant beaucoup de professionnels différents : sophrologues, naturopathes, hypno thérapeutes, maitres reiki… Certaines approches et certaines personnalités des thérapeutes m’ont parlé, d’autres moins. En tout cas, cette année a vraiment été une année pour moi, où j’ai repris le temps de vivre et de m’écouter.

 

YJ : Comment s’est fait votre rencontre avec le yoga ?

C. M. : De manière étrange. J’ai commencé à penser au Yoga à l’adolescence, à l’époque avec beaucoup d’ignorance et aussi une dose de moquerie ! Pour moi, le Yoga c’était un truc de babas cool, complètement déconnectés de la réalité qui se réunissaient pour faire brûler de l’encens et entonner des psalmodies bizarres. Ou alors, dans mon esprit de l’époque, c’était une gymnastique douce pour les mamies ! En fait, j’avais déjà des idées reçues sur le Yoga alors que je n’avais encore jamais déroulé un tapis ! Et, en même temps, le Yoga exerçait une sorte d’attraction, de fascination sur moi. Je le voyais comme un grand mystère et une source de connaissance de soi.

Je sentais au fond de mon cœur qu’il serait essentiel dans ma vie, un jour, mais je pensais que ce serait beaucoup plus tard !

A l’adolescence, j’ai commencé à pratiquer la course à pied. J’étais assidue et je courais plusieurs fois par semaine, j’avais même rejoint un club d’athlétisme. Je participais régulièrement à des courses qui allaient du 5 km au semi-marathon. Et j’avais un ego de sportive pour lequel, le Yoga, c’était forcément facile et « ennuyeux ».

Heureusement, mes amies m’ont parlé du Festival de Yoga, au 104 à Paris et je les ai suivies pour ce qui fut mon 1er cours de Yoga. Nous n’y connaissions rien et nous sommes allées au hasard, à un cours d’Ashtanga. Là, j’ai pris une belle « claque » en découvrant une pratique exigeante et structurée. Je me souviens que j’avais mal à la tête en arrivant au cours et que je suis repartie en pleine forme et avec cette impression dingue d’enfin VOIR autour de moi ! Comme si j’avais, jusque-là, porté des lunettes sales et couvertes de buée et que quelqu’un m’avait essuyé les verres et soudainement redonné la vue. Je me rappelle aussi que j’ai eu des courbatures pendant 3 jours après le cours, ce qui ne m’était encore jamais arrivé ! Maintenant je sais que c’est parce que je ne savais pas bien respirer à l’époque…

 

YJ : Quels sont les raisons qui vont ont poussée à devenir professeure ?

C. M. : J’ai simplement décidé de découvrir ma mission de vie et de la suivre. Ma mission de vie, c’est de transmettre et de partager ce qui a changé ma vie. Logiquement, j’ai donc choisi d’enseigner le Yoga

 

YJ : Vous êtes l’auteure du livre Yoga pour enfants, qu’est-ce qui vous a poussée à pratiquer le yoga avec des enfants ?

C. M.: Les tout-premiers cours de Yoga que j’ai donnés furent des cours de Yoga pour enfants. J’ai enseigné chaque semaine à une classe de grande section de maternelle à Paris. J’adore transmettre le Yoga aux enfants ! Je trouve que c’est un « public » incroyable, naturel, réceptif, curieux de tout, ouvert, sensible. La plupart des enfants ont le Yoga « dans la peau » et ils trouvent aussi logique de pratiquer le Yoga que de jouer, de créer, de danser… Personnellement, je trouve qu’il est essentiel d’investir beaucoup d’énergie et de compétences pour les enfants car ils sont l’avenir de notre société ! Pour ma part, j’ai débuté le Yoga en tant que jeune adulte et je suis sûre qu’il m’aurait énormément aidée si je l’avais découvert en tant qu’enfant ou même en tant qu’adolescente ! Heureusement, il n’est jamais trop tard pour démarrer la pratique !

Au fil des années, je constate, en tant qu’enseignante, une demande de plus en plus forte en Yoga enfants de la part des parents : certains souhaitent que leur enfant pratique seul, d’autres optent pour une pratique en famille.

 

YJ : Quelle est votre opinion sur l’hyperconnexion chez les adultes mais aussi chez les enfants ?

C. M. : Cette hyperconnexion, je la vois partout autour de moi. Dans le métro, chacun a les yeux rivés sur son téléphone. A la maison, chacun passe beaucoup de temps sur de nombreux écrans : ordinateur, tablette, télé… Il y a aussi une prolifération des « applis » et des réseaux sociaux, qui sont devenus omniprésents dans notre vie quotidienne. Cette hyperconnexion peut relever de l’addiction dès lors qu’on ne peut pas passer quelques heures sans son téléphone, qu’on le pose systématiquement sur la table au restaurant, qu’on passe son temps à « scroller » sur Instagram, Facebook…

Être trop connecté(e) peut causer un mal-être et un isolement car on se coupe du réel et du monde extérieur.

Pour autant, je souligne aussi les énormes possibilités offertes par la technologie pour nous cultiver, grandir spirituellement, communiquer partout dans le monde…Tout n’est jamais tout noir ou tout blanc ! C’est vraiment la question de l’usage et du « ni trop, ni trop peu » qui me semble décisive pour bien vivre avec les technologies. En tant que prof de Yoga, je dirais que chaque moment passé sur un tapis de Yoga, sur un coussin de méditation, ou simplement sur une chaise, à respirer, nous offre une possibilité merveilleuse de revenir dans l’instant présent et de nous reconnecter à l’espace-temps du moment. Ainsi, nous privilégions le réel par rapport au virtuel et nous sommes dans « l’hic et nunc », l’ici et maintenant. Le Yoga permet à tous, adultes et enfants, de contrebalancer l’hyperconnexion et l’hyperstimulation et de se réunir leur corps et leurs esprits. C’est d’ailleurs la signification du mot « Yoga »

 

YJ : Selon vous quel rôle peut avoir le yoga dans un monde digitalisé et connecté ?

C. M. : A mon avis, le Yoga nous offre une oasis qui nous aide à nous extraire un moment de ce monde digitalisé et connecté. Il y a cette citation qui m’inspire : « Boire une tasse de thé et oublier le bruit du monde ». Je pense qu’elle s’applique aussi à la pratique et qu’on pourrait écrire : « Dérouler son tapis de Yoga et oublier le bruit du monde ». Le Yoga nous aide à créer une bulle de douceur et nous plonge dans une « hétérotopie » à la Michel Foucault. Lorsque nous sommes sur un tapis de Yoga, nous sommes pleinement là, sans interruptions, sans distractions. Nous nous recentrons, nous retrouvons notre intériorité.

Et, en même temps, nous sommes en symbiose avec les millions d’autres yogis et yoginis dans le monde qui pratiquent aussi. Nous sommes donc à la fois concentrés sur nous-mêmes et en lien invisible avec le monde. C’est merveilleux !

En tant que blogueuse Yoga et créatrice de plusieurs Ebooks et programmes numériques, j’aimerais aussi souligner que le digital nous permet de rendre le Yoga accessible à des personnes vivant partout dans le monde. J’ai par exemple des élèves qui sont en mission humanitaire en Afghanistan ou qui vivent en Afrique. Et ces élèves n’ont pas de cours de Yoga près de chez eux. La pratique en ligne leur permet donc d’en profiter depuis la maison. Ça ne remplace pas un cours « en vrai », mais c’est tout de même incroyable, n’est-ce pas ?

 

YJ : Vous dites dans votre livre que pratiquer le yoga en famille permet d’arriver à « un quotidien plus apaisé et plus serein pour tout le monde », pouvez-vous développer ?

C. M.: J’ai constaté quelque chose : il suffit qu’un seul membre de la famille, enfant ou adulte, peu importe, pratique le Yoga, pour que cela modifie l’ambiance générale au sein de la famille entière. La pratique génère des ondes positives et bienveillantes qui se diffusent auprès de chaque personne. C’est intangible, c’est quasiment de la physique quantique ! Si plusieurs membres de la famille, voire toute la famille, pratiquent ensemble, alors s’ajoute le plaisir de partager une activité ensemble. C’est un vrai moment de qualité, un rituel, dans lequel la fréquence vibratoire familiale s’harmonise. Après la pratique, chacun se sent plus apaisé et serein. Prendre du temps pour soi permet de mieux faire face aux difficultés et aux moments de doute du quotidien

 

YJ : Quelles valeurs aimeriez-vous transmettre à vos enfants ?

C. M.: Avant tout, j’aimerais que mes enfants se sentent libres. La liberté est une valeur essentielle pour moi. D’ailleurs, une de mes fables de La Fontaine préférées est « Le loup et le chien ». J’aimerais que mes enfants grandissent dans la joie, l’abondance et la confiance. Qu’ils aient une belle estime d’eux-mêmes et un grand respect des autres. J’aimerais que la paix, la bienveillance, la curiosité intellectuelle et l’ouverture culturelle fassent partie de leur vie. Je serais heureuse qu’ils trouvent et partagent leur lumière avec le monde. Qu’ils se sentent libre de mener leur vie en suivant leur cœur. Qu’ils trouvent l’équanimité et le recul nécessaires pour profiter des moments heureux et savoir traverser les moments plus difficiles. J’espère pouvoir accompagner mes enfants dans chaque étape, avec tout mon Amour. Mais dans tous les cas, ce sont eux qui sauront et qui choisiront !

 

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Photos : Claudia Martin ©Yoga Passion et ©HachettePratique

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