Interview en dehors du tapis avec Stevie Haston

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« Le yoga leur a appris la tolérance et la bienveillance »

Stevie Haston et Stéphanie Bodet sont des légendes dans l’univers de l’escalade et de la grimpe professionnelle. Stéphanie a été championne du monde de Bloc et aime ouvrir les voies verticales, les « big walls ». Stevie a à son actif plusieurs ascensions à plus de 8 000 m sans oxygène et sans assistance. À 59 ans il continue une carrière professionnelle et s’est lancé dans la pratique de l’apnée à haut niveau. Le secret de leur énergie et de leur longévité : le yoga.

« Il me semble plus facile de se connecter à soi-même sur les sommets à plus de 7 000 m ou dans les profondeurs de l’océan. »

Yoga journal : Pouvez-vous nous présenter votre vie en quelques mots ?

Stevie Haston : Je suis né en Grande-Bretagne puis j’ai vécu vingt-cinq ans en France, à Chamonix et dans les Pyrénées. Je vis maintenant à Malte où, petit, j’avais appris à nager et commencé à grimper. J’ai fait le tour du monde : des déserts, des montagnes escarpées, des blocs de glace… Après cinquante ans de grimpette je suis toujours en apprentissage. Je pense encore m’améliorer, et ça, je le dois au yoga qui me permet de poser mon mental.

Y.J. : En sanskrit le mot « yoga » vient de la racine « yug » qui signifie « unir », union qui, par extension, permet de se relier à soi-même. Comment définiriez-vous cette relation à vous-même ?

S.H. : Il y a très peu d’union en moi. C’est d’ailleurs pour cela que je me suis autant investi dans l’alpinisme, l’escalade, l’apnée, le snowboard et les sports d’endurance extrêmes. C’est aussi pour cela que le yoga a occupé rapidement une place importante dans ma vie. J’avais besoin de me réunifier.

Y.J. : En quoi le fait d’être encore, à 59 ans, un grimpeur professionnel est-il lié au yoga ?

S.H. : Lorsqu’on vieillit, les muscles, les ligaments, les os et les organes internes peuvent rapidement décliner. Le yoga m’a permis de ralentir voire d’annuler ce processus. On me parle souvent de ma souplesse et de mon esprit très alerte. Et c’est vrai, malgré un grave accident de snowboard et cinq opérations aux genoux, je suis beaucoup plus souple aujourd’hui que je ne l’étais plus jeune. Avec l’âge, mon cerveau devrait ralentir mais je remarque que mon esprit réagit avec vélocité, ce qui permet à mon corps de rapidement s’orienter.

Y.J. : Avez-vous une hygiène alimentaire particulière ?

S.H. : Je suis végétarien depuis l’adolescence. Mon seul écart, je l’ai connu dans les Pyrénées, lorsque j’ai voulu vivre « à la française ». Je suis redevenu végétarien mais je mange quand même des œufs car, en tant que sportif de haut niveau, je demande à mon corps des efforts physiques plus importants que la norme. Je favorise un bon équilibre acido-basique et une alimentation bio. En ce moment, j’essaie de ne pas manger après 13 heures afin de régénérer mon corps. C’est là que je pratique le yoga.

Y.J. : Le yoga semble faire partie intégrante de votre vie…

Pour moi le yoga est partout. J’ai commencé quand j’étais enfant, on appelait ça de la « gymnastique suédoise ». Ensuite j’ai fait beaucoup d’éducation physique et de gymnastique (ce qui se rapproche des âsanas), puis des étirements pour la course. Enfin, quand je suis devenu grimpeur, il a été essentiel que je travaille la flexibilité de mes hanches et de mes épaules ainsi que le contrôle de mon corps. À cette époque je faisais du yoga avec le livre de B.K.S. Iyengar. Aujourd’hui je pratique 20 à 30 minutes chaque matin, puis je fais quelques exercices de prânâyâma suivis d’un peu d’apnée, et je m’entraîne à l’escalade. Après, si je n’ai rien de prévu dans mon planning, je pratique pendant encore une heure un yoga assez doux. Je pense que sans le yoga je serais tombé malade.

Y.J. : Le yoga signifie aussi union avec les autres. Quels rapports entretenez-vous avec eux ?

S.H. : Mon entourage reste souvent un mystère pour moi. Enfant, je n’étais pas du tout sociable à l’école. Grâce au yoga j’ai pu ressentir de l’empathie et trouver des passerelles entre les autres et moi. Mais sans activité physique intense ou un bon prânâyâma, j’ai tendance à avoir une nature rigide, limite agressive.

Y.J. : Le prânâyâma a été essentiel pour améliorer votre apnée à haut niveau. Lesquels utilisez-vous ?

H.S. : Je fais régulièrement Surya Bhedana, Kapâlabhâtî et, de temps en temps, une simple rétention du souffle, pour habituer mon corps à se priver d’oxygène. La peur et la tension m’empêchaient de descendre à plus de 30 m de profondeur en apnée, mais les exercices de prânâyâma m’ont permis de me détendre et de neutraliser la panique qui me gagnait. La plupart des jeunes grimpeurs savent qu’on peut améliorer la souplesse grâce au yoga mais ils ne voient pas l’influence et l’importance du prânâyâma qui est, pour moi, tout aussi vital.

Y.J. : Être en lien avec la nature est très important pour les grimpeurs. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

S.H. : Même si cela peut paraître stupide ou bizarre, je ne me sens jamais seul à 7 000 m dans l’Himalaya. D’ailleurs, je ne ressens pas le besoin de faire du yoga dans ces moments-là. Il y a une vibration dans la nature que je ne ressens pas en ville. Il y a de la paix et de la sérénité dans les hautes altitudes mais aussi dans les profondeurs sous-marines. J’aime aussi beaucoup la zone désertique des États-Unis. Il y a trop d’agitation dans les grandes villes, ce qui perturbe mon mental et me met mal à l’aise.

Photo : © Stevie Haston

Interview à retrouver avec celle de Stéphanie Bodet dans Yoga Journal N°10

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