Interview en dehors du tapis : Pierre Rabhi

PR-burkina

Par Lionel PIOVESAN

 

Pierre Rabhi, auteur, philosophe et agro-écologiste, pratique la méditation au contact de la nature et de la respiration, afin de rester connecter à ses sensations. Ardent défenseur de la biodiversité, il lance avec Juliette Duquesne, journaliste, des carnets d’alerte dont les deux premiers traitent de la faim dans le monde et de la disparition des semences.

 

Yoga Journal : Connaissez-vous le yoga et le pratiquez-vous ?

Pierre Rabhi : Oui, j’ai approché le yoga. Je ne peux pas prétendre être un initié, mais je connais cette pratique et cette discipline, toutefois je ne suis pas un expert, loin de là.

Pour moi la méditation n’est pas dissociée du contenu du temps lui-même, de la journée. Au lieu d’y consacrer un espace-temps donné dédié essentiellement à cela, pour moi elle est diffuse, il y a un temps continu sans rupture particulière. À l’intérieur de cela il y a des activités, qu’elles soient intellectuelles ou manuelles, qui s’intègrent dans ce canevas, et pour moi c’est ma méditation en continu.

 

Y.J. : En sanskrit, le mot « yoga » vient de la racine « yug » qui signifie « unir », union qui, par extension, permet de se relier à soi-même, aux autres et au monde qui nous entoure. Comment définiriez-vous cette relation à vous-même ?

P.R. : Mon itinéraire n’a pas été simple, puisque je suis né dans une communauté musulmane du Sud de l’Algérie. Malheureusement orphelin dès l’âge de 4 ans, j’ai été ensuite confié à une famille française chrétienne. Pour me comprendre, avec ce mélange de cultures, comme j’avais l’esprit curieux et ouvert, je me suis intéressé aux philosophes et je me suis aligné sur Socrate, dans le sens où il dit : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien ».

 

A l’âge adulte, j’ai été prothésiste dentaire, employé de banque et j’ai vécu comme ça avec mon certificat d’études. Etant autodidacte je suis allé chercher les réponses à mes questions, en partant dans ce que je ressentais de mes vrais besoins. Ce sont les philosophes qui m’ont permis de faire l’union avec moi-même.

Je suis depuis plusieurs années dans la contestation de notre modèle de société que je considère, à tort ou à raison, comme un modèle d’asservissement. Vous signez un contrat à vie dans lequel vous allez troquer votre liberté contre un salaire. Ce qui aboutit à enrichir une minorité humaine, quitte à ce qu’à l’autre bout de la chaîne il n’y ait pas d’amour, pas d’équité ni même un bol de riz par jour pour se nourrir.

Comme le disait un ami, dans ce modèle, il y a 11 mois de coma et 1 mois de réanimation (les vacances), alors que tous les jours la nature nous offre toutes ses splendeurs, les levers et les couchers du soleil, le silence… vous voyez, c’est ça la méditation, et tout ça nous est offert !

C’est comme si les gens étaient enfermés, incarcérés dans leur habitat, dans leur système, c’est comme s’ils vivaient leur vie dans un train, en regardant les choses par la fenêtre, sans les vivre.

Regardez, par exemple, tout le monde travaille dans une boîte, même pour s’amuser on va en boîte, on y va dans sa caisse, il y a la boîte dans laquelle on enferme les vieux, avant de finir dans la dernière boîte, que je vous laisse deviner… si ça c’est un itinéraire de liberté, alors ça veut dire que je n’ai rien compris à la liberté.

 

Y.J. : Que pensez-vous de l’évolution actuelle de la société en France et en Europe ?

P.R. : Je dirais que l’ensemble de l’humanité est confronté à un avenir totalement incertain.

La formule de Fournier est très juste, « nous ne savons pas où nous allons, mais nous y allons ! ». C’est ce que je ressens fortement. La civilisation ne maîtrise absolument pas son destin. La société a tellement artificialisé son existence qu’elle a organisé sa vie sur les outils, et les outils sont en train de prendre le pouvoir. Imaginez : plus de téléphones, plus d’ordinateurs, de carburants, et c’est l’effondrement de toute une logique ! S’en sortiront ceux qui n’auront pas été dépendants de ces outils. La société est devenue totalement dépendante de ce qu’elle a engendré. Ce mode d’organisation fondé sur une forme de génie du cerveau humain ne fonctionne pas.

Y.J. : Vous avez dit : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants et quels enfants laisseront-nous à la planète ? » Que pensez-vous de la volonté du gouvernement français de rendre obligatoires onze vaccins pour les enfants en bas âge ?

P.R. : Il y a très longtemps que je pense qu’on joue à la roulette russe avec ces choses-là. Moi-même, en tant que père de famille de cinq enfants, j’ai toujours veillé à les protéger, ainsi que ma compagne, contre des interventions dites médicales ou de santé qui ne sont pas vérifiées d’une façon extrêmement rigoureuse. Je trouve qu’il y a un abus de pouvoir, on n’est plus en démocratie.

Il y a parmi les gens qui ont l’autorité des personnalités scientifiques et médicales qui sont opposées aux vaccins. Je ne reconnais aucune légitimité à qui que ce soit pour déterminer ce qui est bon pour la santé publique en partant de ses critères à lui. Il s’agit de la santé d’individus, d’enfants et il ne faut pas se laisser faire. Il s’agit de mon corps, de ma vie, de la vie de mes enfants. Je suis totalement révolté par cette disposition !

 

Découvrez la suite de cette interview dans votre magazine Yoga Journal n°13 à la page 14

 

Très belle journée, Namaste

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Photo : Franck Bessiere