Je n’étais pas prête

Woman practicing yoga in India.

Texte écrit par Caroline Talbot

 

Fin 2015, je suis partie en Inde afin d’effectuer mon premier « Intensive teacher training ».

Les raisons pour lesquelles j’ai souhaité me former ainsi sont multiples, j’ai d’ailleurs décidé de consacrer un autre article à ce sujet.

Décembre 2015, j’étais donc à Mysore dans le sud de l’Inde et je pratiquais le Yoga en moyenne 6 heures par jour et ce dès 6h00 du matin. L’expérience a été exceptionnelle, enrichissante, mais aussi et surtout très douloureuse.

Nous étions pourtant prévenus. L’un des membres de l’équipe pédagogique de l’école, précise dans ses écrits et sur le site Internet qu’il faut être préparé physiquement et psychologiquement.

Rapidement, j’ai compris que l’ampleur de l’effort demandé n’était pas feint, et que j’avais peut être surestimé ma capacité à suivre une telle formation…

Dès les premiers jours les courbatures étaient présentes, et rapidement, les blessures suivaient. J’ai traversé ce mois en éprouvant des douleurs physiques continuellement, les crèmes à base d’arnica et camphre étant ici d’un bien piètre secours.

Malgré cela, je déroulais chaque jour mon tapis avec détermination et pratiquais de la meilleure manière possible, à savoir, détachée de mon égo. Limitée par la douleur, je n’ai eu d’autre choix que d’abandonner la notion de compétition (envers moi-même) et de comparaison. Ces notions bien ancrées dans nos schémas de pensée, n’ont d’ailleurs rien à faire dans un shala de Yoga.

C’est à ce moment-là que la véritable pratique a commencé. Avec cette sensation permanente d’être sur le fil du rasoir, j’entrais dans les postures dans un état de pleine conscience totale de peur de subir le coup de grâce qui serait fatal à la suite de la formation. Si les difficultés étaient présentes, il était néanmoins inenvisageable de ne pas assister activement à tous les cours et encore moins de ne pas obtenir mon diplôme. J’étais d’ailleurs étonnée de voir que la ténacité était l’une de mes qualités, en effet, abandonner ne m’a jamais posé particulièrement de problème.

Ainsi, pour chaque asana, je prenais le temps d’écouter mon corps et les sensations engendrées par les postures, je respectais mes limites et ne courais pas après la posture finale. Je faisais réellement de mon mieux, mon mieux paraissant bien « faible » à côté de mes voisins de tapis. J’ai bel et bien reçu ici une petite leçon d’humilité.

Nonobstant ces petits tracas physiques, le bonheur et la délicieuse sensation d’être « au bon endroit » m’ont accompagnée durant ces quatre semaines, et c’est avec beaucoup de fierté et de soulagement que j’ai accueilli le diplôme de fin de formation.

Cette expérience a façonné la manière dont je me perçois en tant que Yogini et dont j’aborde le Yoga. Il me semble que les rapports que j’entretiens aujourd’hui avec mon tapis sont assez sains.

A chacune de mes pratiques ou presque, je suis reconnaissante d’avoir un corps qui me permette de pratiquer le Yoga. Sans cela le célèbre sthira sukham asanam (L’âsana est l’état d’être établi en soi avec fermeté et aisance) de Patanjali ne serait qu’un concept abstrait, même pour effectuer les postures les plus délaissées sur les réseaux sociaux.

Ayant abandonné mon égo yogique en Inde (celui-là seulement), je pratique à mon propre rythme, en pleine conscience, et ne vais jamais au- delà de mes limites. La seule chose que je m’impose finalement est l’assiduité. Par conséquent, ma pratique évolue sereinement et sans heurts.

Certes, je n’étais pas tout à fait prête à Mysore en décembre 2015, mais grâce à cela l’enseignement reçu est allé bien au-delà de la formation initiale. Je n’ai pas seulement appris à exécuter des asanas et à les enseigner à mon tour, j’ai reçu un enseignement beaucoup plus subtil et profond.

Certes je n’étais pas prête, et tant mieux.

 

Photos caroline talbot

Caroline Talbot

Caroline découvre le Yoga il y a quelques années en parallèle de ses études d’Art Dramatique à Paris. Très vite, elle s’aperçoit à quel point cette pratique lui est bénéfique tant sur le plan émotionnel que physique. En 2015, alors qu’elle traverse une période pleine d’interrogations et affronte les effets secondaires d’une maladie auto immune, le Yoga se révèle d’un immense secours. Elle décide alors de lui consacrer toute son énergie et attention, abandonne sa vie parisienne et ses ambitions artistiques. Elle se forme au métier de professeur de Yoga Vinyasa en Inde à Mysore au sein de l’école Samyak Yoga et en Yoga pré et post natal à Paris à l’institut De Gasquet. Elle continuera son cursus aupres de l’institut de Gasquet en juillet 2018 en Yoga et santé. Comblée par ces enseignements, elle transmet à son tour, humblement mais avec beaucoup de passion (à Toulouse!) ce qu’elle a appris et continue d’apprendre chaque jour. Retrouvez Caroline sur son site : www.flow-yoga.fr

 

Très belle journée, Namaste

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Photos : iStock / UserGI15632746 et Caroline Talbot