La joie jusqu’au bout des doigts

La Joie Au bout des doigts

Auteur et phtoographie : Cécile Doherty-Bigara

Exergue : L’éveil des sens est sur toutes les bouches, mettons-le sur nos mains !

Ecrire, jouer, pétrir, masser, caresser et … déguster. Nos mains sont de formidables outils, surtout lorsqu’il s’agit de manger.

Goa, sud de l’Inde. Assise sur la banquette d’un restaurant qui propose thalis et jus de pastèque, je décide de « m’acculturer » au pays en mangeant avec les mains. C’est rapporté dans tous les guides touristiques, ici, les gens mangent avec leurs mains. Enfin, leur main droite. La gauche est réservée pour la porte de sortie. Je plonge dans mon thali pour faire une boule de riz, de pois chiches et de sauce pimentée. Maladroitement, j’amène le tout à ma bouche. Dans un même mouvement je redresse la tête et découvre qu’il n’y a qu’une seule femme dans ce restaurant et qu’une seule personne qui mange avec ses mains, c’est moi. Oups… Mais je ne lâche pas l’affaire et je finis mon assiette avec dignité et dextérité. Je me sens confuse. En quittant la ville, quelques jours plus tard, je comprends pourquoi. Les guides n’ont pas menti, c’est Goa la cosmopolite qui s’est transformée au contact des touristes. Partout ailleurs, on mange sans couvert.

Stimuler Agni avec ses doigts

Dans certaines régions du globe, la nôtre en l’occurrence, les bébés et les enfants sont les seuls autorisés à découvrir la nourriture avec leurs doigts. Chez les adultes, on évite cette forme de « laisser aller ».  Pourtant, c’est un besoin légitime de nos cellules. En accord  avec la science de la vie qui vibre dans notre corps. Car selon l’ayurveda, manger est une activité sensuelle et sensorielle. Plus nos sens sont stimulés, plus le bonheur est intense et la digestion sera meilleure. D’après cette science, l’air, l’éther, le feu, l’eau et la terre sont les cinq éléments qui composent le monde. Le monde, et les mains… jusqu’au bout des doigts. Le pouce représente le feu, l’index – l’air, le majeur – l’éther, l’annulaire – la terre et enfin le petit doigt est porteur de l’eau. En stimulant ces 5 éléments, dès le contact d’un aliment avec nos mains, le processus de digestion est amélioré. Et les questions que notre système digestif se pose : quelle est la température de l’aliment ? sa consistance ? son taux d’humidité ? sa densité ? trouvent leurs réponses à travers l’expertise de nos doigts. A partir de ces informations, Agni – le feu digestif et la pierre angulaire de toute notre santé – sait exactement comment opérer. Les phénomènes chimiques de la digestion (enzyme, sécrétion salivaire, gastriques, …) sont stimulés.

Goûter au plaisir de … manger

Il n’y a pas que la thérapeute en moi qui écrit, il y a aussi l’enfant qui aime s’amuser. Chaque année, je rends visite à mes parents qui habitent Oaxaca, au sud du Mexique. Mon père français est ce qu’on appelle un « gringo ». Un blanc. Vingt années de vie mexicaine ne l’ont pas converti : il mange toujours ses tacos avec une fourchette et un couteau. Je crois que les insultes  « Pinche gringo » que j’ai pu entendre à son égard ne m’ont jamais autant dérangé que son insupportable habitude de manger les tacos … avec ses couverts, sous les rires moqueurs des mexicains. Ma mère, mexicaine, mange encore ses tacos à la main – elle sait qu’elle pourrait se faire excommunier du pays pour moins que ça, mais elle a pris l’habitude de déposer ses petits pois au dos d’une fourchette. Elégance et tenue. Très loin des filets de sauce qui dégoulinent jusqu’aux coudes quand on s’aventure avec un taco bien juteux.

Mais ou est passé le plaisir charnel de la nourriture ? L’éveil des sens est sur toutes les bouches, mettons-le sur nos mains ! Si le goût des autres passe par le contact – embrasser, enlacer, caresser, effleurer et chatouiller – le goût de la nourriture ne passe-t-il pas, aussi, par un contact direct avec ce que l’on s’apprête à manger ? Regardez autour de vous, au pays des camemberts, rien n’incite à se passer de couverts. C’est peut-être pour ça que les kebabs et les falafels ont tant de succès : nous avons vraiment besoin de manger avec les mains. De s’en mettre partout, depuis la tâche de graisse sur la chemise jusqu’à la pommette de la joue. Nous avons besoin de nous amuser ! A travers le jeu, on revient au moment présent et au plaisir d’être ici, en ce moment, entrain de manger.

Dans le chemin du yoga et de l’ayurveda, nous voulons découvrir notre véritable Soi, source de toute la joie (sukha, santosha, mudita, ananda) et la paix (shanti) du monde. Et nous le faisons avec pratique, assiduité et une dévotion quasi religieuse. Mais en dehors du tapis de yoga ou de notre médiation matinale, nous pouvons cultiver la joie par la joie. Faire simple et aller à l’essentiel.

Ce soir, c’est tacos à la maison ! Oignons, poivrons, tomates, avocats, mousse de lentilles au gingembre, citron vert et amis. A prévoir : quelques tâches sur ma nappe préférée mais surtout beaucoup de joie !

Vous pouvez partager avec Cécile Doherty Bigara une retraite de yoga qui aura lieu au Domaine du Taillé du 28 avril au 1er mai.

http://www.boutiqueyogi.com/stages/56-stage-yoga-vinyasa-avec-cecile-doherty-bigara-du-29-avril-au-1er-mai-2016.html

Et sur son blog : http://www.lepalaissavant.fr