La transition automne-hiver en Ayurvéda

Cup of ginger tea

Par Morgan Vasoni

 

L’été indien est maintenant loin dernière nous. Au cours de cette saison, et pendant les moussons en Inde, la chaleur dans le corps est à son apogée, et recherche apaisement. L’automne qui commence à l’équinoxe en occident, est marqué par un refroidissement progressif. La nature change de visage et le vent se lève, jusqu’en hiver, où l’inertie que l’on observe dans la nature, s’accumule également dans le corps.

 

Selon l’ayurvéda, la physiologie humaine change au cours des saisons, parallèlement au changement de paysage, de climat, et à notre perception du temps à travers le rallongement ou le raccourcissement des jours. Comprendre l’impact des saisons sur le corps, est ce que l’on appelle en ayurvéda ritucharya, la science des saisons. On apprends à s’harmoniser avec elles, en vue de rester en bonne santé.

 

L’inde compte six saisons, c’est à dire deux de plus qu’en occident. Il y a la saison des moussons, marquée par de fortes pluie et une chaleur tropicale ; et l’hiver est divisé en deux : il y a un début d’hiver, plutôt doux, hemant, et une fin d’hiver, shishir. L’automne, sharad, s’achève fin octobre : la date varie selon les années, en fonction des calculs astronomiques. Le début d’hiver, en 2017, commence le 23 octobre et s’achève le 21 décembre, au Solstice. En novembre et en partie, en décembre, nous sommes donc en automne selon le calendrier officiel en vigueur en France, et en début d’hiver selon le calendrier indien.

 

L’ayurvéda est une médecine traditionnelle basée sur la compréhension des doshas : trois forces biologiques, vata, pitta, kapha, faisant fonctionner les organes. Chacune de ces forces, ou « humeur », a des caractéristiques propres liées à sa nature. Le vata, le « vent » a pour attributs la légèreté, la sécheresse, la rugosité, la mobilité et la subtilité. Il est d’énergie froide, et influence dans le corps les fonctions liées au mouvement : l’excrétion, la digestion, la circulation, la tension, la parole et la respiration. On retrouve ces caractéristiques dans la nature en hiver : froideur et sécheresse ; et dans nos habitudes : la mobilité (c’est pour nous une période plutôt active). On comprends donc que la saison est marquée par la dominance du vata.

 

Bien que l’état des humeurs dépende de l’équilibre de chaque personne, et donc de son état de santé, on peut établir qu’une dominance du vata dans la saison, peut déséquilibrer particulièrement des personnes de « nature » vata, c’est à dire ceux et celles qui en ont déjà beaucoup en proportion dans leur corps. Ou bien creuser les déséquilibres de cette nature préalablement présents chez la personne : constipation, problèmes nerveux, déséquilibres dans la circulation sanguine, rhumatismes, agitation et dispersion de l’énergie, etc.

 

Il faut donc veiller à adopter un mode de vie et une alimentation en adéquation avec ce phénomène. Il s’agit de limiter l’accumulation du vent dans notre organisme. Pour cela, nous devons donc prendre des mesures contraires à ses caractéristiques. C’est en cela que la médecine ayurvédique est allopathique : elle soigne par les contraires. A la sécheresse du vent, nous opposerons donc l’onctuosité, au froid, le chaud, à la légèreté, le lourd, à la subtilité, la densité, etc…

 

Dans le quotidien, il est donc conseillé, et l’instinct le confirme, de rechercher la chaleur, de se couvrir et particulièrement la nuit. On travaille à ralentir notre rythme agité, à se recentrer afin d’éviter la dispersion des pensées et des actes. Le vent se structure par le rythme comme la musique nous l’apprend. On cherchera dés lors à rythmer notre quotidien : veiller à manger, se coucher et se réveiller à la même heure chaque jour, le plus tôt possible en fonction de l’alternance de l’équilibre vata-pitta-kapha dans la journée. On cherche à respecter au mieux notre horloge biologique. Harmoniser le vata, c’est avoir le sens du rythme.

Pour palier à la sécheresse du corps et à son refroidissement, on recherchera les massages à l’huile, les bains de vapeur, ou sudations locales, ou toute autre pratiques corporelles allant dans le sens de l’onction,de la dilatation du corps et de la relaxation.

 

On respecte ces même principes allopathiques dans l’alimentation : on cherche l’onctuosité, la chaleur, la densité des aliments. On évite ce qui est froid et sec, ce qui donne des gaz, donc ce qui augmente le vent. On évite donc de manger froid et cru. On privilégie les breuvages chauds, les soupes, les tisanes digestives, les pot-au-feu, ragoûts, tout ce qui est mijoté, doux et onctueux, les produits laitiers, les bonnes graisses (huile de sésame, beurre clarifié). Dans la nature, les animaux stockent les graisses avant l’hiver, afin de disposer de l’énergie nécessaire à la survie.

 

La diététique ayurvédique identifie six goûts qui, chacun, change l’équilibre des doshas selon sa logique propre. Les goûts : acide, sucré et salé, diminuent le vata dans le corps. Tandis que les goûts : amer, astringent et piquant, l’augmentent. Cela est vrai en général, dans les faits, le légèrement piquant, le « relevé », par sa qualité chaude, diminue le vata, tandis que le « pimenté », lui, l’aggrave, l’agite. Il faut comprendre la logique : ce qui est astringent assèche, resserre les tissus, exerce une pression, un aliment astringent laisse une rugosité au palais. Il accroît donc le vent. Au contraire, l’acide, le doux et le salé dilatent les tissus, cela redonne de l’espace au tube digestif, puis au corps dans son entier après digestion : le vent est plus fluide donc diminue en pression.

 

Parmi les légumes, on notera la douceur des citrouilles, potirons et potimarrons, de saison, la douceur des carottes, betteraves et patates douces. Les légumes verts cuis, riches en fibre, la courgette, les épinards, le fenouil, les haricots-vert, sont également conseillés pour assouplir le tube digestif, et fluidifier le vent du transit et de l’évacuation, apana, comme on le nomme dans le yoga et l’ayurvéda. Parmi les fruits, on recherchera le sucré des dattes,  figues ou encore pruneaux, ou bien l’acidité des agrumes, oranges, citrons.

 

Parmi les épices, on adoptera celles aux propriétés digestives, laxatives, et carminatives (qui libère les vents) : graines de cumin et de fenouil, basilic, gingembre et cardamome. Dans les herbes médicinales et comestibles disponibles en France, le thym et le romarin, l’estragon. Les plantes aux propriétés antispasmodiques et sédatives, détendent et apaisent. On recherchera l’acidulé des vinaigres et des vins.

 

On évitera les aliments amers, astringents, excitants. Les poires bien que sucrées, sont très astringentes par exemple, l’amertume extrême de la gentiane ou des feuilles d’amarantes aggravent le vent, de même le café, qui est un excitant bien connu. On évitera les farines de poids-chiche ou de maïs, qui provoquent un assèchement, on préférera celle de riz, de châtaigne ou de blé et de petit-épeautre.

 

Les conseils pour l’automne/début d’hiver sont donc simples : que ce soit dans le mode de vie ou l’alimentation: chaleur et douceur. Velouté et apaisement. Onctuosité et fluidité. C’est ainsi qu’on harmonise nos énergies en cette fin d’automne, qu’on équilibre les doshas en fonction de la saison, et qu’on observe et applique les lois de la nature avec sagesse et discernement, selon l’ayurvéda.

 

Morgan Vasoni, Praticien en Ayurvéda et formateur au Centre Shankha (Yoga & Ayurvéda, Conques, Aveyron)

www.centre-shankha.com

 

Très belle journée, Namaste

 

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