Le printemps et l’ayurveda

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Par Morgan Vasoni

 

Le printemps en Inde, vasanta, commence le 18 février et s’achève le 20 avril. Tandis qu’en occident, le début du printemps est marqué par l’équinoxe, en Inde celui-ci a lieu à la mi-saison. La belle saison commence en février, les températures y sont douces et agréables, elles augmentent très fortement en avril, au moment de l’été. Notre été en occident correspond lui, à la mousson, la saison des pluies, qui débute au solstice d’été, le 21 juin.

Pour décrire le printemps, la tradition indienne indique que la saison est dominée par les éléments terre et air. Cela nous donne l’idée d’une terre en mouvement. En effet, c’est le moment où la nature se réveille, ou les plantes sortent de la terre et bourgeonnent.

La science ayurvédique des saisons, ritucharya, établit le lien entre l’équilibre des doshas dans le corps, vata, pitta, kapha, et la saison. Elle offre une image générale de l’évolution des doshas au cours de l’année dans notre organisme. Bien que chacun, de par sa nature, son mode de vie, ses habitudes, son alimentation, son environnement naturel, etc, ait un équilibre ou déséquilibre propre, on peut donner une tendance générale de cette évolution des doshas dans le temps.

Afin de mieux comprendre les recommandations de l’ayurveda au sujet du printemps, il faut tout d’abord détailler ce qu’est le kapha.

Le kapha est la proportion entre les éléments terre et eau. C’est ce que nous appelons le « flegme » dans la médecine humorale occidentale. Ce rapport entre l’eau et la terre est un gradient de viscosité. Le kapha est décrit comme lourd, lent, froid, onctueux, mou, dense, doux, stable, épais, et trouble. C’est une matière réelle, qui donne sa structure au corps et qui permet la cohésion, la protection et la lubrifications des organes. C’est également un stock d’énergie disponible. Le kapha est présent majoritairement dans le haut du corps (cerveau, langue, gorge, poumon, cœur, estomac), on le retrouve aussi dans le liquide des articulations, et circulant dans tout le corps par le réseau des mucosités, de la lymphe et des graisses. Sa proportion en nous évolue au cours du temps, en fonction des saisons.

L’hiver, froid et statique, a permis l’accumulation du kapha dans l’organisme qui culmine en quantité en début de printemps. Notre corps a fonctionné comme un entrepôt de stockage de graisse et de flegme. Lorsque les températures s’adoucissent, quand la nature reprends vie, notre corps aussi réactive son métabolisme, et le kapha accumulé commence à se liquéfier afin d’être drainé.

En étant drainé naturellement vers l’estomac, il risque d’étouffer l’activité du feu digestif, jatharagni, et ainsi diminuer notre capacité digestive. Ainsi, le printemps, vasanta, est une saison marquée par un feu digestif faible : mandagni.

La première des recommandations ayurvédiques concernant le printemps est donc celle-ci : veiller à aider l’activation du feu digestif. Pour cela, on peut s’aider dans notre alimentation, d’épices aux pouvoirs apéritifs et digestifs comme le gingembre, le fenouil, le basilic ou le poivre.

Le kapha étant lent et statique, c’est le moment, afin d’aider son drainage, de bouger, de faire des activités physiques, particulièrement le matin, où celui-ci est le plus fort dans le corps, accumulé par une nuit de sommeil. C’est le moment de faire des balades dans la nature, de se recharger en énergie solaire, d’éviter de répondre à l’appel du lit l’après-midi.

Sur le plan diététique, les goûts à privilégier pour diminuer le kapha sont les goûts amer, astringent et piquant. Il faut éviter le sucré, le salé et l’acide, qui l’augmentent. Ces goûts sont aussi ceux que l’on sélectionne pour entamer une cure « détox ». Les toxines, ama, que l’on accumule dans l’organisme en raison d’une digestion incomplète, selon l’ayurveda, ont à la base des qualités similaires au kapha : elles sont lourdes, froides, visqueuses. A la différence de celui-ci, elles ont une odeur nauséabonde : on a l’image d’une sorte de cambouis, qu’il convient de détacher, de dissoudre, de brûler. Elles doivent être drainées, brûlées et enfin éliminées par les émonctoires. Ainsi, le printemps est un moment privilégié pour la détoxination ayurvédique.

L’amertume des légumes, celle des endives, des épinards, indiquent souvent leurs vertus dépuratives et purgatives. Les propriétés diurétiques des choux et des asperges par exemple, permettent au kapha d’être drainé. L’astringence des fruits, même sucrés, comme dans la poire, la pomme, et à l’extrême, dans le coing, permet de « râper » le kapha afin de le détacher des organes. Enfin, le piquant, que l’on retrouve non seulement dans les navets, les radis, mais aussi dans de nombreuses épices (gingembre, poivre noir, poivre long, moutarde, piment, etc), « chauffe » l’organisme, et active la digestion. Le kapha est ainsi liquéfié et brûlé par le feu digestif.

Pour conclure, il faut indiquer deux choses. Premièrement, le pitta s’accumule au fur et à mesure du printemps, si tant est que celui-ci soit doux, voir chaud, et culmine en été. Ainsi, il faudra faire attention aux saveurs piquantes en fin de printemps qui aggraveront le pitta. Les saveurs amères et astringentes diminueront elles, non seulement le kapha, mais aussi le pitta. Enfin, un régime « détox », constitué de saveurs piquantes, amères, et astringentes, effectué d’une manière excessive sur le long terme, comme les « régimes » minceur, peuvent détériorer notre substance vitale, ojas, qui a elle aussi des qualités similaires au kapha. C’est l’une des raisons qui expliquent que les textes classiques de hatha-yoga déconseillent les régimes alimentaires trop piquants ou amères, en plus des repas trop salés, le sel ayant des vertus « perçantes » et dissolvantes de la substance vitale. Le kapha en bonne santé est une substance vitale (ojas), tandis que celui en mauvaise santé, détérioré, est une toxine (ama). Une juste alchimie du kapha est donc à respecter dans le corps. Il faut l’écouter, éviter les excès dans un sens comme dans un autre, et permettre à celui-ci d’accomplir son œuvre : nourrir et protéger.

 

Morgan Vasoni, Praticien en Ayurveda et formateur au Centre Shankha (Yoga & Ayurveda, Conques, Aveyron)

www.centre-shankha.com

 

Très belle journée, Namaste

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