Le yoga est-il hindou ?

Shiva sculpture

Par Raphaël Voix

 

Pour des millions de pratiquants dans le monde aujourd’hui, le yoga est une discipline universelle qui ne nécessite aucune adhésion à une croyance particulière. L’idée qu’il pourrait trouver sa source dans une religion particulière leur paraît ainsi surprenante. Mais qu’en est-il réellement ?

En 2011, la branche américaine des nationalistes hindous, l’American Hindu Foundation, menait une campagne intitulée « se réapproprier le yoga : éclairer les racines hindoues du yoga ». Trois ans plus tard, le gouvernement indien créait un nouveau ministère dénommé AYUSH afin de promouvoir le yoga, l’homéopathie et les médecines nées en Inde (ayurveda, unnani et siddha). Le nouveau « ministre du yoga », comme le qualifièrent les médias internationaux, déclara d’emblée qu’il avait pour mission de faire reconnaître les « racines hindoues » de cette discipline. C’est précisément le présumé lien qui relierait le yoga et l’hindouisme qui fournit au Vatican et à certains musulmans des arguments à l’encontre de sa pratique par leurs fidèles. Ainsi, des juristes musulmans ont prononcé des fatwas contre le yoga, considérant qu’il s’agissait de l’œuvre de Satan. Pendant que religieux et politiques polémiquent, les pratiquants occidentaux, eux, sont en quête de repères.

 

Le Hatha-yoga, un yoga ouvert à tous

Le yoga tel qu’il est pratiqué majoritairement dans le monde aujourd’hui – et que les chercheurs désignent par l’expression « yoga moderne » – propose des exercices (postures, enchaînements, contrôle du souffle, concentrations, méditations) qui puisent leur source indienne dans le haṭha-yoga, une des très nombreuses formes de yoga que l’Inde a vu naître. Selon James Mallinson, chercheur spécialisé dans l’histoire du haṭha-yoga à l’université de Londres (School of Oriental and African Studies), cette discipline est née de la rencontre de plusieurs traditions ascétiques vers le XIIIe siècle et elle se singularise par le peu d’importance qu’elle accorde aux doctrines religieuses. Les traités qui l’exposent affirment s’adresser à toute personne – hommes, femmes, jeunes, vieux, ascètes ou laïcs – indépendamment de ses croyances. Le plus ancien d’entre eux, le Dattatreyayogaśāstra, déclare même que la pratique sied autant au membre d’une tradition religieuse spécifique qu’à celui qui les rejette toutes. C’est sans doute parce qu’aucun dogme ne leurs sont directement associé que les pratiques du haṭha-yoga ont pu être adoptées par des communautés d’obédience différente : il existe des manuels de haṭha-yoga rédigés par des shivaïtes, des vishnouïtes, des bouddhistes, des jaïns ou des musulmans (cf. illustration 2). Une telle pluralité repose sur l’idée inscrite dans les traités médiévaux de haṭha-yoga selon laquelle la réalisation vient par la pratique enthousiaste et assidue, indépendamment des opinions religieuses ou philosophiques.

 

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