Le yoga et la psychologie – s’épanouir à nouveau, après une dépression et un mal de dos chronique

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Par Paul Brundtland

 

Au début des années 2000, je me suis retrouvé vivant à Tokyo, souffrant d’un mal de dos chronique très handicapant, qui m’avait fait perdre le travail, première source de revenus pour moi et réduire considérablement ma vie sociale. Je me souviens d’une situation bizarre, alors que des amis venaient me voir et que je devais rester allongé sur un matelas par terre dans le salon, et bien que bizarre, mais indispensable à mes yeux. Quand je le pouvais, ils marchaient quelques minutes avec moi alors que je me déplaçais lentement avec ma canne. J’avais déjà essayé tous les docteurs et les thérapeutes en tout genre qui existaient, sans succès. Autant dire que je tombais dans la dépression.

Vers le début des deux années les plus intenses en termes de douleur, un de mes amis m’avait suggéré d’essayer le yoga. J’avais eu la chance de rencontrer un professeur particulièrement doué, qui m’avait immédiatement convaincu par ses connaissances et ses compétences en la matière. Malheureusement pour moi, je ne m’étais alors concentré que sur l’aspect physique de ses enseignements et les asanas (les postures) proposés par ce professeur, bien qu’excellents, ne m’avaient apporté qu’un soulagement temporaire. Quand la douleur s’était intensifiée et était devenue plus constante, j’avais dû complètement arrêter les asanas. Si j’avais su que j’étais à deux doigts de ce qui aurait vraiment pu m’aider, j’aurais pu éviter les années les plus difficiles de ma vie. Ceci dit, je n’ai finalement aucun regret car la douleur m’a enseigné des leçons d’une valeur inestimable.

Ce qui m’avait manqué c’était le texte classique Yoga Sutras de Patanjali. L’enseignement de mon professeur était basé sur ces Sutras, mais comme je m’étais concentré sur l’aspect physique, je n’avais pas pu profiter de tout l’aspect psychologique. Sur mon chemin, j’ai fini par trouver des solutions durables à mon mal de dos et à ma dépression, en lisant les écrits de certains docteurs rebelles et un peu marginaux et de gens qui s’étaient soignés eux-même. Environ un an plus tard, après avoir passé mon diplôme de professeur de yoga, je me suis aperçu qu’à peu près tout ce dont j’avais besoin était en fait partie intégrante d’une pratique selon les Yoga Sutras.

Je vais maintenant m’attarder un peu sur les clés mentales ou psychologiques, trouvées dans les Sutras, que je me suis retrouvé à suivre pour me guérir.

 

Pada 2.1 Svadyaya: souvent traduit comme l’étude, en particulier l’auto-étude ou introspection. J’ai été obligé de regarder profondément à l’intérieur de moi-même, pour y découvrir quelles pensées occupaient mon esprit consciemment, mais aussi plus inconsciemment et subtilement. Pour ce faire, j’ai énormément écrit, quotidiennement. Grâce à ça, j’ai découvert des pensées malsaines et répétitives et une idée irréaliste de qui je devrais être. Ces pensées créaient une pression psychologique intense et continue et des tension physiques. Après chaque session d’écriture, d’abord je me calmais avec un pranayama (des techniques de respiration), puis j’écrivais ce que je pensais pouvoir faire pour améliorer ma situation.

Pada 1.21 Samveganam: grande ardeur ou enthousiasme. J’ai appliqué ceci combiné avec un autre terme trouvé dans le Bhagavad gita (6.23, 24), Sankalpa: souhait ou voeu. J’avais souhaité avec beaucoup d’enthousiasme et de détermination être à nouveau en bonne santé un jour. J’avais élaboré un programme avec une succession de buts à atteindre (ex: marcher plus longtemps, courir quelques mètres, dîner avec un ami) et je célébrais chaque réussite. Renforcer l’émotion positive était crucial.

Pada 3.2 Dhyana: flux de pensée, centré sur une tâche ou un état de méditation concentrée. J’utilisais des visualisations, très réelles, dans lesquelles je m’immergeais profondément, dans lesquelles mon dos allait mieux, et au travers desquelles je profitais de la vie encore plus qu’avant d’être malade. Je pouvais vraiment voir et littéralement sentir mes objectifs, comme s’ils étaient déjà atteints.

Pada 2.33 Pratipaksha Bhavana: remplacement des idées négatives par des idées positives. Ceci est parmi toutes les pratiques celle qui me parle le plus. A chaque fois que je ressentais de la douleur dans le dos, ou même à chaque fois que je me sentais découragé par rapport à ma progression, je me répétais quelque chose de purement positif, comme « mon dos est fort et en pleine forme » ou « j’ai déjà accompli certains objectifs et je vais continuer ! ». Encore une fois, tout ceci était dit avec une émotion particulièrement positive, soit dans ma tête, soit à voix haute.

Petit à petit, comme je continuais à progresser et que je recouvrais la santé, j’ai pu reprendre la pratique des asanas, avec beaucoup de plaisir, de passion et de concentration. Ce qui est important, c’est que je pratiquais des routines équilibrées, conçues pour une bonne santé générale, y compris mais pas spécifiquement pour une bonne santé du dos. J’en avais eu assez de constamment penser à mon dos. Il était désormais temps de penser à ma bonne santé. J’étais tellement heureux de pouvoir à nouveau bouger librement, et de pouvoir profiter du plaisir de connecter mon corps et ma respiration dans les asanas! Aujourd’hui, tant de temps après, le pranayama, les asanas, et toutes les techniques décrites plus haut, sont devenues mon moyen de rester sur le bon chemin, ou de le retrouver rapidement si je m’en éloigne. J’espère que d’avoir partagé ceci avec vous pourra vous aider aussi.

 

Références

Inside The Yoga Sutras, A comprehensive sourcebook for the study and practice of Patanjali’s Yoga Sutras, Jaganath Carrera

Raja Yoga, Swami Vivekananda

The Bhagavad Gita as it is, A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada

Yoga Sutra 2.33 Part 1 by Richard Parenti

http://www.ahymsin.org/docs2/News/1606/07.html

 

Retrouvez Paul sur sont site :  www.paulbrundtland.com

 

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