Le yoga leur a redonné le goût de vivre (partie 2)

Young hiker doing yoga on mountain

Par Saly Wadyka

 

Le yoga leur a redonné goût à la vie, découvrez leurs témoignages…

 

Joe Dailey

Confiné pendant quatre ans dans une chaise roulante, il apprend à sentir son corps revivre.

 

En 2002, à l’âge de 38 ans, Joe Dailey voit sa vie prendre un tournant irréversible. Père de deux adolescents, coureur de compétition et directeur de travaux, il manque de perdre la vie dans un accident de voiture et reste paralysé de la poitrine jusqu’aux pieds. Après un mois de soins intensifs, et neuf mois passés en centre de rééducation, il doit respirer à travers un tube de trachéotomie durant quasiment deux ans et demi. Pendant la rééducation, on lui apprend à se servir de la force du haut de son corps pour manœuvrer sa chaise roulante. On lui dit tout le temps : « Concentrez-vous sur le haut du corps, sur ce que vous avez, oubliez le reste du corps. » Mais pour Joe qui est un grand sportif, cette perte de puissance physique est une véritable torture. En 2006, il cherche une activité qu’il pourra pratiquer malgré l’incapacité à bouger de ses jambes. Dans un centre de rééducation local, il découvre un cours de yoga dispensé par Matt Sanford, professeur de yoga Iyengar, spécialiste de personnes paraplégiques.

Joe accroche immédiatement. Il vient de passer quatre ans suspendu au-dessus du sol, entre son lit et sa chaise roulante. Quand Matt Sanford demande à ses élèves de se mettre sur le tapis, quatre assistants l’aident à descendre de sa chaise roulante et à s’allonger sur le tapis. « Lorsque je me suis retrouvé par terre, je me suis senti à nouveau connecté », se souvient-il. « Je ne vois pas comment décrire autrement le fait de marcher sur terre et de toucher le sol. »

De semaine en semaine, Joe reprend conscience de l’ensemble de son corps qu’il pensait avoir perdu à jamais. Il apprend à tenir différentes postures sans se faire aider : des torsions, des flexions arrières passives, même des salutations au soleil modifiées, qu’il exécute en appuyant ses mains contre le dos d’un canapé pour s’étirer dans des versions de Chien tête en bas et de Cobra. Avec de l’aide, il parvient à réaliser beaucoup d’autres postures, y compris à s’asseoir en restant droit en Dandasana (posture du baton).

Matt Sanford enseigne à ses élèves paralysés en utilisant les mêmes instructions que dans n’importe quel cours de yoga. Par exemple : « Asseyez-vous en étirant la colonne et poussez dans vos pieds. » Joe Dailey s’en souvient comme si c’était hier : « Ma première réaction a été de me dire que c’était impossible. Comment pousser dans mes pieds en étant paralysé de la poitrine aux orteils ? Je me suis demandé ce que ce type fumait ! » Mais Joe essaye et ça marche ! Il éprouve la sensation de pousser ses pieds contre le sol ou contre le marchepied de sa chaise roulante. Cette prise de conscience le transforme. Il améliore son équilibre et la confiance en son corps à tel point que, désormais, il peut passer de sa chaise roulante à son lit sans aide, ce qui le rend beaucoup plus indépendant.

Ce qu’il regrette le plus, c’est le sentiment qu’on ressent en franchissant la ligne d’arrivée d’un marathon : « Tu as couru plus de 40 kilomètres et il n’y a aucune partie du corps dont tu ne sois pas conscient. Tout ton corps vit et palpite. Après mon accident, j’ai cru avoir perdu cette sensation. Mais je l’ai retrouvée avec le yoga. Le yoga ma redonné le goût de vivre ».

 

Brettan Hawkins

Elle perd un parent trop tôt et apprend à s’écouter.

En novembre 2013, Brettan Hawkins, professeure de yoga et écrivaine, perd son père qui décède d’un cancer. Six jours plus tard, sa belle-mère meurt d’une maladie du cœur. Brettan et son mari s’effondrent, leur vie est bouleversée et leur devient étrangère. À l’âge de 33 ans, Brettan se sent perdue sans son père qui était « la personne que j’aimais le plus au monde ». Le yoga, qui lui permettait jusqu’alors d’évacuer dans les moments difficiles, ne lui dit plus rien. Elle passe d’une pratique rigoureuse de six jours par semaine à plus rien. « Je ne pouvais même plus toucher mon tapis, ce qui m’effrayait », se souvient-elle. Car Brettan craint que la tristesse et la colère ne refassent surface pendant la pratique. « Je m’imaginais en Savasana (posture de détente du cadavre) en larmes, et je ne voulais pas en arriver là ». Avec son mari, ainsi que leurs frères et sœurs, ils se soutiennent mutuellement et tentent de se faire aider par une thérapie.

Brettan ne reviendra pas au yoga avant 3 mois, de façon assez surprenante. Avant de perdre son père, elle publiait souvent des selfies de postures de yoga et des commentaires sur sa pratique, à l’attention de ses milliers de followers sur Internet. Lorsqu’elle leur explique que le yoga ne lui est d’aucune aide à ce moment-là, ses followers affichent une grande déception. « Certaines personnes étaient vraiment fâchées. » On me disait : « Parce que tu tombes dans la rue, tu arrêtes de pratiquer ? ». Puis quelqu’un m’a suggéré : « Sors ton tapis et allonge-toi. Tu verras bien ce qui se passe. » C’est ce qu’elle fait : dérouler son tapis, s’allonger et ressentir simplement les sensations. « J’ai compris que je n’avais pas besoin de me fixer une date limite pour reprendre une vie normale. J’avais besoin de ne pas être bousculée. »

Brettan emménage à Nashville et cherche un nouveau studio. Elle trouve un professeur dont la pratique est plus douce que ce dont elle avait l’habitude. Il l’incite à écouter sa respiration et à lever le pied. Elle comprend combien il est nécessaire de se ménager : « Dans le yoga, on laisse son égo de côté, on n’a pas besoin d’être parfait. J’ai appris qu’on n’avait pas toujours besoin d’être au top ».

Elle ne publie plus de selfies sur Internet mais se consacre sur sa vie et son bien-être. « Ma pratique m’a permis de réaliser que chaque jour est différent. Mon univers n’est plus le même qu’il y a un an et je suis différente. Tous les matins, je suis reconnaissante d’avoir mon mari, ce lien qui nous unit, et la famille qu’il nous reste. Je suis tout simplement heureuse de pouvoir mettre un pied devant l’autre. »

 

Très belle journée, Namaste

 

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Photo : iStock