Le yoga m’a aidé à me reconstruire après IRMA

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Par Bérénice Aubert

 

Je suis là sur ce sol d’hôtel détruit, regardant la vue, et décide qu’un sirsasana serait parfait pour cette photo. En me mettant la tête en bas c’est comme si tout revenait. Il y a quelque mois nous avons vécu le plus gros cyclone de l’histoire, IRMA. Un phénomène de destruction massive pour notre caillou et les îles alentour.

 

Je suis professeure de yoga vinyasa et yin. Je travaille avec les locaux dans la salle de sport de l’île, en association, ainsi qu’en cours privés dans nos beaux hôtels de luxe, tous dévasté par cette grande dame.

Nous avons tous, ici, perdu quelque chose ce 6 septembre : toiture, maison, voiture, boulot.

Et pourtant une énergie particulière s’est emparée de l’île à cet instant, pour faire face aux heures de confinement la peur au ventre, et à la découverte de ce qui avait été détruit le lendemain.

Enceinte de 4 mois à ce moment, les destructions matérielles étaient minimes pour moi, portée par ma petite lumière interne. Ma pratique a été inexistante pendant plus de 7 jours, vivotant au rythme de recherche de réseau téléphonique, d’eau potable, de nourriture, de chasse aux moustiques, et d’une entraide incommensurable. Puis petit à petit, les besoins primaires comblés, l’intention et l’attention reviennent timidement.

 

Un tapis et un bloc de sauvé dans les ruines du studio

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Nous avons organisé avec mon mari, un cours en plein air mélangeant crossfit et yoga pour nos amis et élèves, comme une envie d’évacuer, de se retrouver. De faire corps. Et tout a ressurgi. Mon corps, mes sensations et cette tranquillité intérieure me manquaient. Le yin est devenu une pratique quotidienne pendant des semaines, avant de me remettre au vinyasa. Je pratiquais sur un quai bétonné au rythme des embruns, plus aucun mur tenant debout pour accueillir mes mouvements. Ce besoin d’ouverture, après s’être recroquevillée de peur, de protection de ce petit être qui grandissait en moi.

Beaucoup de respiration, de méditation, l’utilisation de bloc, sangles et coussins ont été nécessaires au dénouement des blocages et des tensions. Du temps pour revenir à la reconnexion d’un prânâ fin et peu vivifiant.

Se laisser guider à lumière d’une bougie, pour nous éclairer, et méditer à la fois.

Quand je regarde cette photo, j’y vois ce paradoxe. La nature verdoyante qui a repoussé. Cet ange prêt à éclore. Et sous nos pieds (enfin sous ma tête, que de ruines et de racines déterrées. La naissance et la renaissance. La création face à la destruction. Et la grandeur de cette univers, braham, face à tout ce qui change en nous, prakriti.

 

À l’heure où j’écris ces mots, je sais que cet événement est gravé à l’intérieur des cellules de mon fils, même si avec conscience j’ai tenté de minimiser la casse en faisant ce travail intérieur. C’est ça la beauté du yoga.

 

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Très belle journée, Namaste

© Photo : Bérénice Aubert