« Le yoga m’a appris la bienveillance envers moi-même »

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« Le yoga m’a appris la bienveillance envers moi-même »

Interview de Stéphanie BODET

Enfant elle rêvait d’être bergère ou égyptologue. Adulte elle est devenue grimpeuse professionnelle, avant de se tourner vers le yoga pour faire preuve de bienveillance envers elle-même et les autres.

 Pouvez-vous nous expliquer le chemin de vie qui vous a menée au yoga ?

En un sens, c’est ma mère qui a semé une petite graine et qui m’a mise sur la voie du yoga qu’elle enseigne depuis une quinzaine d’années. Elle m’a suggéré telle ou telle posture pour m’assouplir ou soulager une raideur, mais j’avais du mal à suivre ses conseils tant mon rapport au corps était éloigné de celui que l’on préconise dans le yoga. Marcher des heures pour atteindre un camp de base avec un sac de 30 kilos sur le dos, grimper et vivre en paroi des jours durant, résister au froid et à la fatigue, tout cela n’est pas foncièrement bon… mais ces ascèses extrêmes me faisaient vibrer.

Je ressentais une jouissance animale à vivre des instants rares dans cette nature sauvage et grandiose qui m’absorbait et me faisait prendre conscience de ma fragilité. C’était sans doute une façon pour moi de donner du sens à la disparition de ma petite sœur et de dépasser l’asthme qui me faisait souffrir depuis l’enfance. « Étreindre la réalité rugueuse », comme l’écrivit Rimbaud, éprouver l’inconfort pour me sentir vivante, vivre au-dessus de mes forces pour en créer de nouvelles…

En même temps, de retour chez moi, j’étais d’un tempérament plutôt contemplatif, aimant lire, écrire, me ressourcer au gré de promenades tranquilles, à l’affût de l’humble et du minuscule.

À 34 ans, votre corps résiste, refuse, se blesse. Comment le yoga vous a-t-il aidé à franchir ce cap ?

Mon corps n’arrivait plus à faire face à ce que je lui demandais et j’ai senti que le monde de l’image et de l’exploit dans lequel j’évoluais ne me convenait plus tout à fait. J’ai ressenti le besoin de souffler, de vivre une vie plus douce, de me réconcilier avec ce corps de femme qui m’était plus d’une fois apparu comme une entrave à mes projets. Cela a été une période douloureuse mais le yoga, autour duquel j’avais tourné durant des années sans jamais m’y engager vraiment, m’est soudain revenu comme une évidence. J’avais besoin de retrouver une souplesse, physique mais surtout intérieure. Je me suis inscrite en formation à l’EFYSE. La pratique m’a permis de sentir que je n’avais pas seulement un corps mais que j’étais ce corps, tout simplement.

Yoga signifie union avec soi-même mais aussi avec le monde extérieur. La pratique vous a-t-elle aidé dans ce chemin ?

Nourrie par la pratique et les textes du yoga, j’ai vécu comme une nouvelle naissance sur le rocher, à l’occasion d’une escalade en Corse. J’ai ressenti les liens qui unissaient les deux pratiques, à quel point le yoga m’avait permis de renouer une relation plus simple, plus spontanée avec l’escalade.

Cela a modifié ma façon de grimper, je crois, en me permettant de revenir à un geste plus naturel. Je n’éprouve plus le besoin de contrôler mon corps comme c’était le cas lorsque j’étais à mon plus haut niveau. Je grimpe de nouveau comme à mes 15 ans. Juste pour le plaisir du jeu et du geste.

Vécue au-delà de l’idée de performance ou de compétition, l’escalade m’apparaît aujourd’hui comme une méditation en mouvements. Une fois le sol quitté, on est là, immédiatement présent à ce qui s’offre dans l’instant. Le rocher à déchiffrer, l’équilibre à remettre sur le métier. J’ai entrevu ce que signifiait l’action juste qu’évoquent la Bhagavad-Gîtâ mais aussi le fameux livre d’Eugen Herrigel, L’art chevaleresque du tir à l’arc dans le zen. Une action dénuée de projections, de motifs, d’ambitions… Si cela a changé ma façon de grimper, ça a aussi et surtout modifié ma manière de vivre ! En somme, le yoga a simplifié mon rapport au monde et m’a permis de revenir à l’essentiel : le partage, l’amour, l’amitié.

Photo : © Stéphanie Bodet

Interview à retrouver avec celle de Stevie Haston dans Yoga Journal N°10 
Très belle journée, Namaste