Les chakras existent-ils ?

Les chakras existent-ils ?

Rien de plus banal que d’évoquer les chakras sur un ton moqueur. Ce terme, devenu courant en français, renvoie à une image du corps plus ou moins fumeuse, car rarement comprise.

Selon un récit pseudo-autobiographique1, le moine hindou iconoclaste du nom de Dayananda Sarasvati (1824-1883) aurait disséqué un cadavre pour prouver l’existence des chakras. N’en trouvant aucune trace, il considéra « mensongers » les textes les mentionnant. Il aurait déchiré ces textes puis les aurait jetés dans un fleuve. Les années ne lui ont pas donné raison puisque qu’aujourd’hui nombre d’écoles de yoga continuent à faire référence à ces chakras.

Les sept roues de l’énergie

Dans les écoles de yoga contemporaines, les chakras – littéralement « roues » – sont souvent décrits comme sept centres énergétiques présents dans le corps et répartis dans un axe vertical allant de la base du tronc au sommet du crâne :

  • le « support de la racine » (mūlādhāra), dans la région du périnée ;
  • la « demeure du soi » (svādhiṣṭhāna), dans la région du bas-ventre ;
  •  la « cité des joyaux » (manipūra), dans la région du nombril ;
  • le «  son non frappé » (anāhata) dans la région du cœur ;
  • le « purifié » (vishuddha), dans la région de la gorge ;
  • « l’autorité » (ājnā), dans la région du front ;
  • le « lotus à mille pétales » (sahasrāra), au niveau du sommet du crâne.

Cette représentation du corps humain se fonde sur un texte relativement tardif, le Sat-Chakra-Nirūpana. Composé au XVIe siècle par Purnananda, un maître tantrique originaire du Bengale, ce texte ne devint célèbre qu’avec sa traduction en 1918 par Sir John Woodroffe, un fonctionnaire britannique passionné de tantra qui édita de nombreux textes sous le pseudonyme d’Arthur Avalon2.

Le corps : microcosme de l’univers

Reprenant d’anciennes analogies, ce texte représente chaque chakra par un diagramme géométrique et l’associe à un ensemble de propriétés et d’attributs (aspect de la matière ; élément ; qualité sensible ; lettre de l’alphabet sanskrit ; couleur ; animal ; divinité ; formule sonore ; etc.). S’il en est ainsi c’est que les chakras sont nés au sein de traditions tantriques qui envisagent le corps humain comme un microcosme de l’univers.

Propre aux yogas tantriques, cette représentation n’est pas aussi ancienne que le yoga lui-même. Ce n’est qu’à partir du Xe siècle qu’elle apparaît. Aussi, le texte classique du Yoga (les Yogasūtra de Patanjali, IVe siècle) l’ignore totalement. Quant aux traditions de yoga qui y font référence, elles ne s’accordent pas sur une représentation unique : le nombre de chakras mais également leurs noms, leurs emplacements et leurs fonctions diffèrent d’une école à l’autre, parfois même au sein d’une même école.

Au-delà de leur variété, les différents systèmes de représentation des chakras s’accordent pour décrire une même expérience mystique faite d’un mouvement d’ascension d’énergie. Dans son expression aboutie, cette expérience conférerait à ceux qui la vivent un profond apaisement du corps et de l’esprit.

Article complet à retrouver dans yoga journal N°6

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