Les principes de la pédagogie viniyoga

yoga in Bali, meditation in the temple, spirituality concept

Par Claude Maréchal

 

« Quand la conscience de la respiration devient le trait d’union entre corps et mental »

 

1 – Personnalisation de la pratique

Le cours particulier est conseillé afin d’adapter l’enseignement à chaque personne. L’état de l’élève, ses besoins, ses capacités, son âge, sont autant de facteurs à prendre en compte que la saison, le mois en cours, l’heure de la journée, etc. Dans le cadre des cours collectifs, ceci se traduit par une observation attentive de l’élève par le professeur et de l’élève envers lui-même. Le professeur peut adapter les postures et leur durée…L’élève est suffisamment à l’écoute de lui-même pour doser ses efforts et garder l’axe principal de la posture. Lorsque le corps ne peut pratiquer une posture ou ses variantes, celles-ci peuvent être réalisées mentalement : cette visualisation produit également des effets.

 

2 – Bhavana

C’est le point de vue avec lequel on décide d’engager la séance de yoga. Le bhavana peut avoir différents supports : le souffle, les sensations dans une ou plusieurs parties du corps, l’ouverture d’une zone, l’ancrage, la légèreté, ou même une règle de comportement envers soi-même ou les autres (yama ou niyama), par exemple la notion de non-violence (Ahimsa) ou de franchise (Satya). Les postures, les techniques respiratoires et les temps d’introspection sont ingénieusement associés en suivant bhavana, ce qui ouvre aux élèves de nouvelles perspectives sur leur pratique. Il est très enrichissant de vivre une même posture à la lumière de bhavana différents.

 

3 – Progression et équilibre

Les exercices les plus difficiles sont préparés par les précédents par un enchaînement progressif. Idem pour la posture : elle est répété au moins 3 fois puis maintenue dans l’immobilité et la durée. Elle peut aussi être abordée directement en statique : on l’effectue alors en krama, c’est-a-dire graduellement, à l’aide de la respiration qui va permettre d’aller plus loin, pour atteindre un état optimal. On vise l’équilibre entre postures symétriques – asymétriques et enchainement dynamique – statique. La contre posture garantit l’équilibre corporel : elle agit comme une compensation et protège le pratiquant de douleurs ou de tensions pouvant accompagner les postures les plus exigeantes.

 

4 – La Respiration rythmée et consciente

En règle générale, on inspire lors des mouvements d’ouverture et d’expansion, on expire dans les fermetures et contractions. Dans certains cas, on inverse cette règle afin de goûter à un effet et une perspective différents. La respiration invite le corps physique et le système nerveux a se relâcher et, par voie de conséquence, détend le mental. Pendant la séance plusieurs façons de respirer peuvent être proposées selon l’effet recherché : respiration abdominale ou yogique, avec ou sans la respiration sonore dite ujjay, avec ou sans rétention du souffle, …le rythme peut également varier : expire plus longue que l’inspire, de durée égale, etc.

 

5 – Stabilité et bien-être (sthira et sukha)

La plupart des enseignants de yoga se réfèrent au recueil de versets appelé les yoga-sutras de Patañjali. Dans le chapitre II, à l’aphorisme 46, Patañjali définit la posture par la présence simultanée de deux qualités : Sthira sukham āsanam (ferme et confortable devra être la posture). Sthira signifie fermeté, stabilité. Sukha se rapproche du bien-être et du lâcher prise. L’un et l’autre sont intimement liés, de sorte que l’un n’est parfait qu’en présence de l’autre : « C’est l’attention sans la tension, la détente sans la mollesse », selon le commentaire de T.K.V. Desikachar. Dans l’esprit viniyoga l’attitude d’écoute est fondamentale : durant une posture et entre chaque posture, l’enseignant propose un temps de ‘non faire’ destiné à l’écoute des sensations corporelles laissées par la posture. Cet état crée de « l’ouverture » dans le corps et amène naturellement l’expérience de l’alchimie sthira-sukha.

 

6 – La pratique intense et le détachement intérieur (abhyāsa et vairāgyā)

Patanjali nous livre au chapitre I, dans l’aphorisme 12 des yoga-sutras, la toile de fond de toute pratique de yoga: Abhyāsa vairāgyābhyām tan nirodhah (l’activité mentale conditionnée s’arrête par la pratique intense et le détachement intérieur). Abhyāsa est l’effort de persister –qu’il s’agisse d’une décision, d’une activité, etc.- sur une longue période de temps, avec diligence et de tout son cœur. Vairāgyā est l’absence de passion pour les fruits d’un tel effort. Ce détachement est la clé susceptible de nous extraire de la logique volontariste, du besoin de contrôle et d’obtention de résultat.

 

Pour aller plus loin :

Les incontournables :

  • En quête de soi, par T.K.V. Desikashar avec Martyn Neal, éd. Āgamāt
  • Le yoga, un éveil spirituel, par T.K.V. Desikachar, éd. Āgamāt

Pour une approche des Yoga sūtra contemporaine et accessible :

  • Yoga sūtra de Patañjali, miroir de soi, par Bernard Bouanchaud, éd. Āgamāt

Pour les initiés :

Yogarahasya de Srī Nāthamuni, par T. Krishnamacharya, éd. Āgamāt

 

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