Les racines du Yoga : entretien avec Karta Singh formateur d’enseignants en Kundalinî

Itw Karta Singh

« Devenir des êtres souverains, indépendants et responsables »

À 23 ans, Karta Singh était en quête d’un maître vivant qui incarne véritablement ses enseignements. Il le trouva en Yogi Bhajan qu’il suivit aux États-Unis pendant toute une année. Aujourd’hui, il forme des enseignants dans son école, « Amrit Nam Sarovar », en Isère.

En 1978, vous assistez au premier « tantra blanc » de l’Hexagone. Que se passe-t-il alors ?

Pendant trois jours une centaine de personnes se sont réunies, habillées de blanc, pour méditer huit heures par jour les yeux dans les yeux. C’est l’essence du Kundalinî : on y travaille les résistances inconscientes, celles dont on hérite et qui sont profondément ancrées, autrement dit les karmas non résolus. Au deuxième jour, j’ai eu un éveil complet. Tout se passait comme si la conscience de Yogi Bhajan était téléchargée en moi. J’étais dans un état de ravissement mais cela ne résolvait rien quant au poids des mémoires ancestrales. J’étais au pied de la montagne, je la voyais enfin ; me restait tout le chemin à accomplir.

L’expérience de l’éveil est donc si facilement accessible ?

Juste après 1968, les choses émergeaient facilement et les consciences étaient en éveil. Aujourd’hui, sans la présence du maître, l’expérience que l’on peut faire des tantras blancs est moins abrupte. Les élèves doivent compter sur eux-mêmes, leur préparation, et l’énergie collective du rassemblement, de la mela. Il faut aussi un esprit de kamikaze pour traverser l’expérience qui agit sur le système nerveux. Après ce premier tantra blanc, j’ai suivi Yogi Bhajan pendant un an mais je n’ai jamais regoûté à cet état d’exaltation avec autant d’intensité. J’ai donc décidé de continuer à explorer de mon côté.

L’élève se sépare ainsi du maître pour faire son propre chemin…

Quand il y a une réelle rencontre il n’y a jamais plus de séparation : l’essence du maître m’habite comme un programme qui me pousse au développement personnel et m’ouvre au discernement de ce qui est juste pour moi et les autres. Tant qu’il était présent sur Terre, je continuais à voir Yogi Bhajan deux fois par an. Être à ses côtés ouvrait notre champ de vision et faisait de notre vie spirituelle une évidence. Toute question était éradiquée, il n’y avait donc plus besoin de réponse. En même temps, je sentais au fond de moi que j’avais aussi ma part de travail à fournir ! Comme tous les enseignements classiques, ce qu’il délivrait était parcellaire. Il savait mettre le doigt sur ce que chacun devait travailler mais à chacun de faire le boulot.

Et ce chemin vous a mené jusqu’aux « sources » de l’enseignement…

En Kundalinî, on considère qu’un maître délivre un enseignement dont il n’est pas le détenteur mais un canal de transmission. Yogi Bhajan avait un accès direct aux « enseignements », il ne créait ni n’inventait rien lui-même. Ses kriyâs étaient peut être en partie hérités de ce que des sages indiens lui avaient transmis mais l’essentiel provenait de sa capacité à se relier aux sources de l’enseignement. Il ne s’agit ni d’un livre, ni d’un siddhi (perfection) mais d’une mémoire akashique, c’est-à-dire une forme d’espace hors du temps où l’on peut percevoir ce qui est, a été, et sera (Ek Ong Kar Sat Nam). C’est la pure tradition du yoga shivaïte : on cherche à se relier à l’énergie de la vie, de la Terre, à la Shakti, à la source. Les méthodes pour y parvenir ne sont pas écrites, il faut les expérimenter. On peut avoir tous les diplômes de professeur et toutes les certifications du monde entier, ce qui compte c’est d’avoir une graine à faire germer au fond de soi puis l’envie et la force de la faire s’épanouir, fleurir et fructifier.

Aujourd’hui, pourquoi quitter les institutions représentant Yogi Bhajan ?

À un certain degré de réalisation, j’ai ressenti qu’une porte s’ouvrait en moi et que j’accédais aux sources de l’enseignement. Désormais j’étais seul avec ces enseignements, mais à quel moment avais-je le droit de les délivrer ? Il n’y a pas de réponse pouvant être verbalisée ou intellectualisée, c’est une forme de folie comme peuvent la connaître les artistes que d’accepter ce rôle. Il faut que l’ego ait capitulé – « ce n’est plus moi qui transmets » – et que les élèves vous y autorisent. C’est se mettre en relation avec sa propre destinée. C’est souvent le moment où les maîtres se déconnectent de leur lignée. Pour moi, cela correspond à ma décision de ne plus m’affilier à l’institution laissée par Yogi Bhajan, notamment le Kundalinî Research Institute (KRI), et de rester dans un champ de liberté infinie.

Dossier complet à retrouver sur Yoga Journal N°8 

Très belle journée, Namaste