L’union fait la force

Gym Class Doing Childs Pose

Protéiformes, les pratiques liées au tantra ont en commun l’idée que les différents pôles qui sont en nous – féminin/masculin, spiritualité/physicalité, bon/mauvais, hors/en nous –, ne sont que les reflets d’une seule et même source. 

Au départ, le cours s’intitulait « Tantra Yoga », mais devant l’afflux d’hommes en mal de partenaires et de femmes cherchant à se désinhiber sexuellement, il a fallu revoir l’appellation. Désormais, Sabine Garrigues dispense des cours de « Hatha Yoga » dans le studio parisien CasaYoga. La séance, tout comme auparavant, n’a rien d’extravagant : c’est une série de postures ponctuées de Savâsana (posture du cadavre, pour la relaxation) pendant lequel l’élève fait une profonde inspiration, retient l’air une vingtaine de secondes puis relâche doucement. Pas besoin de se mettre les pieds dans la bouche et de prendre des airs lascifs, il suffit de faire la posture de la Table (Ardha Pûrvottânâsana), du Chien tête en haut (Ûrdhva Dhanurâsana) ou de s’allonger sur le dos et d’attraper le pied jambe tendue vers le haut (Supta Pâdângusthâsana). Sabine suggère de « se désengager de la posture, d’utiliser le moins de muscles possible, de trouver dans les appuis au sol et dans l’énergie de l’air (prâna) la force d’être soutenu ». Résultat : une dizaine d’élèves réguliers et aucune pathologie à signaler !

 

Au placard les clichés

En 2017, le tantra ne fait plus peur. Des studios osent reprendre ces enseignements en leur donnant l’appellation « tantra ». À Rasa, un centre parisien du 6e arrondissement, Mélanie Madhavi a ouvert cette année des cours de tantra similaires à ceux de Sabine Garrigues. Elles ont été formées par le même enseignant, au Shri Kali Ashram, en Inde. Ce dernier explique dans une vidéo que la réduction du tantra au culte de la sexualité est un mythe occidental qui n’a aucune prise avec le tantra traditionnel pratiqué en Inde ou au Tibet. End of the story? Pas pour tout le monde : de ce côté du globe, beaucoup de gens souhaitent se libérer de leurs tabous, qu’ils soient l’héritage d’une éducation judéo-chrétienne ou, plus probablement, un état d’être dans la vie.

 

Voulez-vous danser, ma mie ? Laisser le corps s’exprimer librement, vous asseoir en cercle main dans la main, respirer en rythme avec votre voisin, tirer votre carte divinatoire ? Voilà à quoi ressemblent certains ateliers de « néo-tantra » qui opèrent comme une catharsis soft. Une version plus hard consiste à développer sa sensibilité grâce aux massages tantriques qui peuvent ensuite s’ouvrir sur des soirées d’éducation sexuelle « olé-olé ». Les yogis s’intéressant à l’aspect spirituel du tantra s’éloignent généralement de cette approche comme de la peste. C’est qu’il s’agit d’une version dévoyée d’une école traditionnelle qui a réellement existée : la Kula.

 

« Les membres de ces cercles très fermés doivent être absolument maîtres de leurs sens et de leur pensée, avoir surmonté tous les doutes et toutes les craintes, posséder un cœur pur, libre de convoitise et d’attachement, et avoir reçu l’initiation d’un guru de la même lignée. (…) On conçoit le haut degré d’intériorisation et de préparation que ce rite (l’union sexuelle) exige de part et d’autre pour ne pas dégénérer en parodie, comme on le voit dans les milieux pseudo-initiatiques modernes qui s’en inspirent », écrit Pierre Feuga dans son ouvrage Le Yoga, écrit avec Tara Michaël.

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Photo : iStock / RyanJLane