Pas de panique, c’est organique

Don't panic it's organic

Mikarama, la chronique de Mika de Brito

 

… Le printemps, rien de nouveau au temps du renouveau. Serait-il possible que le printemps ne soit qu’un « marronnier » médiatique ? Comme le poisson rouge qui tourne dans son bocal avec toujours le même étonnement, la même fraîcheur ? Le printemps est avant tout une force.

 

Nous souvenons-nous seulement de notre temps de Nature ?

Depuis que nous ne faisons plus d’efforts pour nous nourrir, depuis que nous avons quitté la sphère de l’animalité, nous avons perdu notre vigueur, calcifié notre glande pinéale… Plutôt que d’entretenir et de participer à la dégénérescence de nos facultés intellectuelles, j’aimerais que vous vous posiez un instant. Assis, debout, quelle importance ? Demandez-vous ce que vous faites là, définissez avec vos mots le soleil, la vie, le temps, le pourquoi du comment, ce que vous faites là… Ne le cherchez pas cette fois dans un livre ou chez les sages, mais en vous.
« Nous avons trop pris l’habitude de considérer les auteurs du passé comme des individus qui, placés confortablement au-dessus des troubles du monde, auraient contemplé d’admirables vérités éternelles qu’il s’agirait de pieusement recueillir. » Jan Marejko

 

Je me tiens debout et je sais les forces qui me traversent, je sens la sève du printemps et je comprends la fascination ou la peur panique qu’elle inspire… Nous pensons la maîtriser mais nous méprisons la nature… Ce dont je parle, c’est ce diable de printemps. Il y a un jour ou l’esclave devient maître de ses passions, de ses désirs… Combien sont ceux qui ont réussi à dépasser leurs instincts les plus primaires ?

 

Sentez-vous le printemps couler dans vos veines ? Parler de « renouveau » serait vrai si nous devions encore cultiver notre jardin.

 

Cela serait vrai aussi si nous sortions tous de l’hiver, comme des ours, mais combien d’entre nous ont réellement hiberné ? Même à la campagne, nous sommes des citadins. Peu d’entre nous ont encore un jardin et nous conduisons seulement de ronds-points en ronds-points jusqu’au centre commercial. Qui encore parmi nous vit réellement connecté aux saisons ? Je ne sais pas où est le renouveau dans ce quotidien. Ce que je sais c’est que nous mutons et nous nous apprêtons à coloniser l’espace. Malgré cela j’ai le sentiment que la nature s’exprimera toujours à travers nous, que nous le voulions ou non. Ce printemps diabolique, cette pulsion vitale coulera toujours dans nos veines. C’est l’âge de l’adolescence même si à tout âge le cœur peut se trouver au printemps. C’est le temps des parades amoureuses, de la puissance sexuelle, de la fécondité.

 

«Tout est poison rien n’est poison c’est la dose qui fait le poison.» Paracelse

 

Le tantra définit trois caractères (bhâva) chez les humains : pashu-bhâva (animal), vira-bhâva (héroïque, guerrier), divya-bhâva (divin). Passer de l’état d’animal à celui de conscience achevée par l’intermédiaire de vira-bhava, le guerrier qui se bat pour maîtriser la force de vie qui le traverse… Work in progress.

 

Si vous êtes sur la voie du Yoga, c’est le moment d’apprendre à maîtriser la force.

 

Il y a en chacun de nous une part d’animalité, d’humanité, de divinité. Certains sont prédominés par leur instinct animal sans jamais le maîtriser. Ceux qui en sont maîtres sont ces sages qui savent le maintenir en équilibre.

 

L’une des premières figures emblématiques des yogis est Pashupati, le seigneur des animaux.

 

« Shiva regarda les dieux et leur dit : “Je suis le seigneur des animaux… Les courageux Titans, les Asuras, ne pourront être détruits que si chacun des dieux et des autres êtres assume sa nature d’animal.” Les dieux hésitaient à reconnaître leur aspect animal. Shiva leur dit : “Ce n’est pas une déchéance de reconnaître son animal [l’espèce qui correspond dans le règne animal au principe que chaque dieu incarne sur le plan universel]. Seuls ceux qui pratiquent les rites des frères des bêtes, des Pashupâtas, peuvent dépasser leur animalité.” C’est ainsi que tous les dieux et les Titans reconnurent qu’ils étaient le bétail du Seigneur et que celui-ci est connu sous le nom de Pashupati, le seigneur des animaux. » (Shiva Purâna, Rudra Samhitâ, V, chap. 9, pp. 13-21.)

 

Le printemps, c’est beau, c’est bon, c’est fort… Mais tellement fort que beaucoup doivent se brimer pour essayer de le contenir. Certains deviennent fou, d’autres se réalisent, traversent l’hystérie ou trouvent la béatitude.

 

Si vous paniquez… Je vous propose d’arrêter de penser, de bouger, de vouloir, de désirer. De faire une petite « sieste » avant que le printemps ne se réveille en vous. Laissez vos cellules se régénérer. Vous en avez peut-être déjà fait assez, restez zen ! Parfois, il n’y a rien à faire… « Aux échecs, on appelle ça le zugzwang*, quand le seul coup valable pour s’en sortir serait de ne pas jouer… » Némo dans Mr Nobody

 

L’un de mes dieux préférés, si j’ose dire, c’est Pan. Son nom signifie « tout »… C’est le génie de la Nature sauvage. Il est abandonné par sa mère à la naissance tellement elle le trouve laid. C’est le dieu du printemps par excellence, de la fécondité et de la force sexuelle.

 

Son patronyme a donné naissance au verbe « paniquer », car si celui qui le croise n’est pas prêt à le voir, il risque fort de perdre la raison. Il est ce « tout » qui insuffle la terreur qu’éprouve tout être confronté à la vision globale de l’univers. Il est l’origine du vertige, de la fascination devant ce savoir incompréhensible qui déstabilise le non-initié.

 

Don’t panic, it’s organic*

(Pas de panique, c’est organique)

 

P.S. : Avez-vous vu Captain Fantastic ? Si vous ne l’avez pas déjà découvert, allez-y !

 

*La définition de zugzwang consiste aussi à pousser son adversaire à jouer un mauvais coup, mais la réplique du film est sympa

 

Très belle journée, Namaste

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Photo : Mika de Brito par Sea Eymere