Pourquoi autant de yogas ?

Pourquoi autant de yogas ?

Par Raphl Voix

Commencez le yoga en 2016 et vous serez aussitôt confronté à un choix : quel yoga pratiquer ? Le vaste éventail de noms et d’appellations se déploie un peu plus chaque décennie. Sans être exhaustif, on peut essayer de donner les grandes lignes d’une classification en discussion.

Depuis les années 1960 et sa diffusion à grande échelle, le yoga est connu au travers d’une très grande diversité d’appellations. Certaines renvoient à des « écoles » qui recourent à la pédagogie d’un enseignant particulier et adoptent une structure de transmission et de certification unique. L’appellation – parfois déposée comme marque commerciale – peut alors être liée au fondateur de l’école, comme pour le Yoga Iyengar de B. K. S. Iyengar (1918-2014) ou le Bikram Yoga de Bikram Choudhury (né en 1946), ou à une caractéristique de la méthode telle que l’Ashtanga Yoga de K. Pattabhi Jois (1915-2009) et ses nombreux dérivés plus récents (le Vinyasa Yoga, le Flow Yoga, le Yin Yoga, etc.).

De nombreuses appellations renvoient par ailleurs à des distinctions de clientèle, c’est-à-dire à une adaptation des techniques de yoga issues de diverses écoles pour convenir à un public spécifique : enfants (Kids Yoga), personnes âgées (Senior Yoga), séropositifs (AIDS Yoga), couples infertiles (Fertility Yoga), femmes enceintes et jeunes accouchées (Yoga prénatal et Yoga postnatal), nudistes (Naked Yoga), joueurs de golf (Golf Yoga), chauffeurs de taxis (Taxi Yoga), etc.

Les yogas « posturaux »

Au-delà de cette apparente diversité, ces yogas appartiennent tous à une même constellation que les chercheurs s’accordent à nommer le « yoga postural moderne ». Malgré l’expression, ces types de yoga ne se limitent pas à la prise de postures physiques qui est toutefois leur trait distinctif. Tous les yogas posturaux modernes sont sans exception des formes de Hatha Yoga moderne : ils trouvent leur source dans un yoga médiéval indien, le Haṭha Yoga,littéralement le « yoga [dont la pratique confère] de la force » – et un ensemble de courants ésotériques et de mouvements de culture physique occidentaux.

Aussi, que ce soit en Extrême-Orient, en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique, aux États-Unis ou en Amérique du Sud, pour des millions de pratiquants contemporains vivant hors de l’Inde, « faire du yoga » signifie le plus souvent suivre de manière ponctuelle ou régulière, et sous la direction d’un enseignant diplômé, un cours collectif dans lequel alternent des postures et/ou des enchaînements dynamiques, en rythme avec le souffle, et des moments de détente en silence. Tout vise à atteindre un état de bien-être qui ne requiert ni l’adhésion à une croyance particulière ni une initiation rituelle.

Les yogas « confessionnels »

À la différence des yogas posturaux, les yogas « confessionnels » modernes requièrent une initiation rituelle et l’adhésion à certaines croyances pour un engagement approfondi. Organisées autour de l’enseignement d’un maître – ou d’une lignée de maîtres – déifié ou considéré comme « réalisé », ces différentes traditions enseignent un yoga dévotionnel ou un yoga tantrique, souvent combiné à une forme de Hatha Yoga moderne. Là aussi, ce type de yoga n’échappe pas à une grande diversité d’appellations. C’est le cas, par exemple, du Siddha Yoga de Swami Muktananda (1908-1982), du Kriya Yoga, fondé par Paramahansa Yogananda (1893-1952), du Kundalinî Yoga de Yogi Bhajan (1929-2004) ou du Sahaja Yoga de Sri Mataji (1923-2011).

Les yogas « classiques »

Si elle est particulièrement développée aujourd’hui, la diversité des yogas est en fait ancienne. À peine quelques siècles après son apparition pour désigner une « voie » ou « méthode spirituelle » (IVe siècle avant J.-C.), le terme sanskrit « yoga » se voit affublé d’épithètes permettant d’en distinguer plusieurs sortes. La Bhagavadgîtâ (IIe s. avant J.-C./IIe s. après J.-C.), parmi l’un des textes religieux les plus révérés aujourd’hui par les hindous, décrit par exemple trois yogas principaux : celui de la dévotion (Bhakti Yoga), de l’action rituelle (Karma Yoga) et de la connaissance libératrice (Jñâna Yoga). Plus tard apparaîtront d’autres yogas comme le Pâtañjala Yoga ou le Hatha Yoga. À la différence des yogas précédents, ceux-ci ne renvoient pas à des groupes identifiables mais à des doctrines et pratiques exposées dans des textes sanskrits lesquels, précisément, ne laissent pas transparaître la personnalité de leurs auteurs.

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°5 : Choisir le yoga qui est fait pour vous

Raphaël, notre spécialiste des yogis hindous en direct des labos du CNRS.