Quand l’entreprise se décontracte

Business people on an active break at the office

Par Anaïs Joseph

 

L’entreprise libérée, l’entreprise coopérative, participative, … à quand l’entreprise décontractée ? Le yoga pourrait-il participer de cette révolution managériale voire sociétale ? Nous n’avons pas rencontré de devin mais des directeurs, des sociologues, des manageurs, témoins et acteurs de transformations en cours.

 

Au premier rang des maladies professionnelles, les troubles musculo-squelettiques (TMS) regroupent des affections touchant muscles, tendons, nerfs, articulations et os provoquées par des postures inadaptées ou la répétition de gestes. « Beaucoup des élèves de yoga viennent sous prescription  médicale  pour cause de stress ou de maux de dos », rapporte Pascale N, ingénieure chez Renault et responsable de la section Yoga du comité d’entreprise du site de Guyancourt. Deuxième problème, qui s’ajoute ou entretient parfois le premier, le stress. Le constat est sans appel : les passages de la dépression au burn out se multiplient tandis que, chaque année, près de 400 suicides seraient liés au travail selon une estimation de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Toute une littérature scientifique a permis d’identifier les multiples facteurs de cette épidémie : exigences excessives, charge émotionnelle trop forte, manque d’autonomie, conflits de valeur, déficience des rapports sociaux et insécurité des emplois et des carrières. Six facteurs pouvant favoriser ce que le jargon médical nomme les « risques psychosociaux » qui touchent tous les secteurs et tous les échelons hiérarchiques.

 

Un public qu’il faut conquérir

Si les troubles musculo-squelettiques et les risques psycho-sociaux touchent tout le monde, tout le monde n’est pas touché par le yoga… Lorsqu’elle débute le yoga, en 2014, Aurélie Campos avait en tête une représentation archétypale du yogi assis en tailleur. Dans le centre de logistique des supermarchés Atac qu’elle gère, ce stéréotype est encore bien ancré. Les dix personnes qui l’accompagnent au cours hebdomadaire sont des employés de l’administration. « Ceux qui font un travail de manutention font leur métier et repartent chez eux», explique-t-elle. « C’est pourtant eux qui ont le plus besoin de se relâcher physiquement mais cela réclame un vrai accompagnement de changement de mentalité ». Statisticien ergonome et chercheur au Centre d’études de l’emploi, Serge Volkoff explique que le travail ouvrier et celui de beaucoup d’employés – dans les commerces, l’hôtellerie, le transport routier, le soin à domicile ou en hôpital, …- est beaucoup plus exigeant physiquement qu’on ne le croit. Aussi, pratiquer le yoga dans ces corps de métier serait particulièrement bénéfique, mais encore faut-il que quelqu’un le suggère de l’intérieur…

 

La difficulté des a priori et des résistances sociaux-culturelles surmontées, le yoga en entreprise permet alors d’atteindre des publics qui n’y auraient sans soute jamais goûté autrement. Enseignante dans différentes grandes entreprises d’Ile-de-france depuis huit ans, Anouk estime toucher des gens qui ne seraient jamais allé à un cours de yoga d’eux-mêmes. « Parce que l’activité est trop chère, que ce n’est pas leur culture, ou encore, parce que les cours sont trop éloignés de leur résidence. Dans ce genre d’entreprises, les gens viennent en jogging du dimanche, ils ne sont pas là pour nourrir leur ego en faisant des postures incroyables dans des leggings dernier cri. Ils sont hyper réceptifs car ils ont vraiment besoin de ce moment de pause avec leur quotidien. La plupart d’entre eux ont un planning très serré entre leur taff et leur famille alors je leur donne beaucoup de postures « tupperware » à ramener chez eux », s’amuse-t-elle.

 

Autre population réticente au yoga, les cadres et dirigeants hyper-actifs, plongés dans la culture du running et du dépassement de soi. Directrice de la maison de vente aux enchères Fauve, à Paris, Eleonore Riveron a frôlé le burn out il y a six mois. Sa nature combattive l’a rapidement fait réagir : elle dévore les ouvrages de Christophe André et découvre la méditation. « J’ai compris qu’il me fallait quitter le challenge avec moi-même ; j’en demandais toujours plus, y compris aux autres. L’an passé, j’ai commencé à faire de la course et au bout de deux mois j’étais déjà dans un marathon, c’était alors inimaginable pour moi de faire du yoga. Aujourd’hui, je fais 3 à 4 séances par semaine dont une chez Fauve ». Réceptive et réactive, Eléonore commence à changer sa manière de travailler : une journée off par semaine est imposée, une séance de yoga hebdomadaire offerte à toute l’équipe, et surtout, les priorités sont hiérarchisées. Pour le co-fondateur de Fauve, Cédric Melado, le yoga a favorisé un climat de confiance au sein de l’équipe et rétablit une cohésion autour des valeurs de l’entreprise qui se veut accueillante et accessible.

 

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Très belle journée, Namaste

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Photo : Eric Nocher