Regarder la vie avec des yeux d’enfant

Couverture Cécile_2tiers

Le goût des autres par Cécile Doherty-Bigara

 

L’enfant qui a grandi découvre les erreurs de ses parents. Passé le bilan, c’est l’heure du pardon.

 

Jeudi soir, mon amoureux m’invite au restaurant. Youpi ! Je me remplis le ventre de bo bun, de coriandre fraîche et de nouilles au riz. On discute de la vie et de ce qu’on aimerait reproduire ou non dans l’éducation de nos parents. Point commun : on aurait aimé qu’ils nous parlent plus simplement de sexualité, des émotions difficiles que tout le monde traverse et de ce qu’est – vraiment – le bonheur. Un voyage, pas une destination. Je regarde, pensive, par la fenêtre… Il y a tant de choses que j’aurais aimé qu’on me dise quand j’étais une enfant !

 

Ma famille aurait pu me dire…

À 12 ans, j’ai quitté le Mexique avec ma famille pour émigrer en France. J’aurais aimé que ma grande sœur me dise : « Ma petite sœur, ta différence culturelle est une richesse, alors ne perds pas ton temps à te cacher, à chercher la reconnaissance des autres. Sois toi-même. »

 

À 20 ans, j’ai fait une dépression. Prendre une décision aussi simple que choisir mes vêtements le matin était une torture. J’aurais aimé que ma mère, en me voyant si sensible, me dise : « Ma fille, tu vas souvent entendre une voix dans ta tête qui se compare aux autres, qui pense que demain est plus important qu’aujourd’hui, qui ne trouve rien de ce que tu fais assez bien. Et tu sais quoi ? C’est le secret le mieux gardé de l’humanité : nous avons tous cette voix insatisfaite dans la tête. Tu n’es pas obligée de croire tout ce que te disent tes pensées. »

À 26 ans, j’ai réalisé que ma féminité était bloquée. Mon rapport aux hommes, rempli de craintes. J’aurais aimé que mon père me dise : « Ma fille, j’ai grandi dans une culture où la femme n’avait pas toujours son mot à dire sur sa sexualité, son corps, sa féminité. Mais il n’y a rien de sale dans ta féminité. En étant ton père, j’ai sûrement fait des erreurs. Mais tous les hommes ne sont pas ton père. Fais la paix avec les hommes. Et si tu trouves quelqu’un que tu aimes, soyez gentils l’un avec l’autre. Soyez libres de créer votre propre amour. Sans vous enfermer avec des étiquettes. »

Enfin, j’aurais aimé que ma grand-mère me dise : « Mi amor, la vie est une aventure, pas un test. Alors arrête de vouloir faire plaisir à tout le monde et être toujours parfaite. La perfection est ennuyeuse, fatigante. Autorise-toi à être heureuse. Colérique. Sauvage. Têtue. Rêveuse. Naïve. Indépendante. Différente. »

 

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Très belle journée, Namaste

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Photo : Cécile Doherty-Biagara pour Yoga Journal France.