Vis ma vie de Yogini épisode 4

Vis ma vie de Yogini épisode 4 - Yoga Journal France
Vis ma vie de Yogini épisode 4 - Yoga Journal France

Parfois, le yoga et moi, c’est pas trop ça.

Par Mathilde Piton,

Illustration : Lise Batsalle

J’arrive à mon cours de yoga le cœur léger, le ventre lourd (je viens de bruncher). Je suis ravie de retrouver ma prof (dingo mais si gentille), mon tapis tout nouveau (bleu à rayures), la bonne odeur de bougie parfumée (patchouli).

Mais aujourd’hui, il y a comme un hic.

Là où je déroule d’habitude mon tapis, il y a un autre tapis, et ce n’est pas le mien. Ma place fétiche est occupée.

Ce n’est pas grave, je souris à la personne qui a pris MA place habituelle – c’est un nouveau, il est barbu, la trentaine, pas trop mal.

Je m’installe, fais 2-3 étirements.

Le mec barbu se lève, sort du cours en marchant sur mon tapis. Comme si de rien n’était ! Il ignore que ce rectangle de caoutchouc (bio, recyclé, commerce équitable) est à MOI, c’est mon espace réservé, mon mini-chez moi où la connexion avec mon être intérieur peut se faire.

Ce n’est pas grave, j’expire lentement, je souris à ma voisine, une nana, brunette, une nouvelle aussi, je ne l’ai jamais vue à ce cours auparavant.

Le cours commence. La voisine semble avoir une vie corporelle… extravertie. Elle respire très fort, façon Dark Vador, malade, l’Empire ne contre-attaque plus, il est à l’agonie.

Je rentre dans mon Moi intérieur, rien ne me trouble, j’accepte les contingences de la vie.

Quelqu’un arrive en retard en cours, je dois sortir de ma relaxation sereine pour bouger mon tapis (ça devrait être illégal d’être autorisé à rentrer en retard). Les tapis sont collés les uns aux autres, la voisine est au bord de l’orgasme respiratoire, et je me retrouve pile en face du barbu, qui éternue violemment dans ma direction. Un postillon vole jusqu’à mes pieds, sur mon vernis du gros orteil.

Je ferme les yeux, ça ne me dérange pas, je suis amour et compassion pour mon prochain.

Un téléphone se met à sonner. La prof semble agacée, tout le monde se regarde, suspicieux, en cherchant le coupable… Le téléphone s’arrête. Il y a 99% de chance que ce soit le mien, à moins que quelqu’un d’autre ait la même sonnerie « I will survive ».

Je me recentre. C’est l’heure de la posture du cobra. Je me retrouve le visage contre mon tapis, là où le barbu a marché. Je retiens ma respiration.

Je pousse sur mes mains, soulève ma poitrine du tapis. La prof suggère d’essayer le cobra royal, les pieds relevés « qui touchent l’arrière de la tête » – pour moi, c’est seulement en rêve et sur Instagram… mais c’est l’intention qui compte. Je m’applique, je plie les jambes, pousse sur mes mains, je tends mon cou au maximum, mes orteils sont écartés comme des petites Knacki…. Je reviens vers le sol.

Et là.

C’est LE drame. J’espère que personne n’a entendu ce qui vient de se passer.

« C’est bien, les intestins qui parlent ! » Ah si, rien n’échappe à la prof. Je finis par me relever, j’ouvre un œil : le barbu me sourit, j’essaie de mimer le dégoût en regardant ma voisine, il croira peut-être que c’est elle la coupable…

En sortant du cours, mon mec m’attend, le téléphone à la main. L’improbable arrive : il fait la bise au mec barbu ! Ils sont collègues de boulot ! « Tu viens draguer au yoga ? » lui demande-t-il.

« I will survive » se met à résonner au fond de mon sac.

Il est vraiment temps que je rentre chez moi.