VRIKSHÂSANA, la posture de l’arbre

Posture de l'arbre Boris Tatzky

L’éclairage de Boris Tatzky

Cette posture vous est présentée dans un contexte traditionnel, avec sa référence dans les textes consacrés du Hatha-Yoga et éclairée par la symbolique qui lui correspond. Elle est illustrée par trois degrés progressifs de réalisation permettant à chacun de s’ajuster dans cette posture selon ses aptitudes. Chaque degré postural est accompagné d’un contrôle spécifique de la respiration. Attention, il n’ya pas de hiérarchie dans ces trois degrés. La pratique du troisième degré n’est pas « supérieure » au premier, il s’agit pour chacun de réaliser la posture la plus ajustée à ses possibilités dans l’instant présent. La pratique devient ainsi une école de discernement et de connaissance de soi.

La référence au texte

La Gheranda samhitâ est un texte classique du Hatha-Yoga qui fait autorité au même titre que la « Hatha-Yoga-Pradîpikâ ». Il a été composé entre le 15e et le 16e siècle, dans la communauté spirituelle des Nâtha Yogin.

« Placer le pied droit contre la racine de la cuisse gauche et se tenir debout sur l’autre pied, tel un arbre en terre. Cela est connu comme Vrikshâsana, la posture de l’arbre ».  

Gheranda Samhitâ, chapitre III, verset 36

La symbolique

L’arbre est un symbole universel représentant l’axe du monde qui unifie les réalités matérielles et spirituelles. Ses racines, plongeant dans la terre, évoquent l’énergie que l’on puise dans le monde phénoménal, le monde matériel. Sa cime évoque la sensibilité et l’ouverture de la conscience à des dimensions plus subtiles, plus spirituelles. Ainsi, cette attitude peut exprimer la verticalité de l’homme, son cœur (anâhata chakra) situé en équilibre entre le ciel et la terre. Par ailleurs, dans sa soumission aux saisons, l’arbre symbolise également les changements et les mutations survenant dans la vie de chacun.

La technique

Le premier degré : s’enraciner

Commencer par se tenir debout, les pieds parallèles, légèrement écartés et le regard bien stabilisé sur un repère au sol devant soi. La concentration du regard est essentielle pour tenir un équilibre.

–    Mettre le poids du corps principalement sur le pied gauche en le repoussant contre le sol, la jambe fermement tendue.

–    Placer la plante du pied droit contre la malléole interne (située au niveau de la face interne de la cheville) du pied gauche, talon contre la cheville, les orteils restant au sol.

–    Conserver le bassin de face, dans le plan frontal, en ouvrant du mieux possible le genou droit sur le côté.

–    Placer les mains jointes en salut devant la poitrine (Anjali Mudrâ), doigts serrés, les pouces écartés des autres doigts et en contact léger avec le milieu de la poitrine.

–    Continuer de repousser le sol avec le pied gauche.

–    Redresser le sommet du crâne vers le haut et presser légèrement les mains l’une contre l’autre, coudes et épaules vers le bas.

–    Resserrer l’abdomen et les muscles fessiers pour éviter d’accentuer la lordose lombaire (courbure de la colonne vertébrale lombaire).

Ressentir intérieurement la sensation d’enracinement. Le contrôle de la respiration pendant la posture est aussi important que le contrôle postural. A chaque inspiration, emplir lentement la poitrine en repoussant le sol avec le pied d’appui et en se grandissant. En arrêt poumons pleins, abaisser les épaules et allonger la nuque. Pendant l’expiration, rentrer doucement l’abdomen, le nombril vers l’arrière en vérifiant que le creux lombaire ne se soit pas amplifié. En arrêt poumons vides, relâcher l’abdomen. Essayer de maintenir la posture immobile durant six respirations consécutive et refaire de l’autre côté en accomplissant le même nombre de respirations.

Deuxième degré : S’élever

À partir de la réalisation du premier degré, avec des gestes lents, monter et appuyer fermement la plante du pied droit contre l’intérieur du genou gauche puis ouvrir le genou droit sur le côté. La jambe d’appui devient également plus ferme.

–    Les mains jointes se placent juste au-dessus du sommet du crâne sans le toucher.

–    Tirer les coudes vers l’arrière en gardant les épaules basses. Il est important de bien s’étirer vers le haut, ressentir une élévation de tout le buste en veillant à ne pas laisser la hanche gauche s’affaisser ou quitter l’axe vertical. Dans la mesure du possible, maintenir six respirations immobiles. Pendant chaque inspiration, emplir très lentement la poitrine tout en repoussant le sol fermement avec le pied d’appui et en se grandissant.

–    En suspension respiratoire poumons pleins, resserrer doucement les sphincters et le périnée (Mula-bandha, la fixation de la racine).Pendant l’expiration, rentrer progressivement l’abdomen, le ventre, le nombril et l’estomac tout en conservant le Mula-bandha.

-    Resserrer également les muscles fessiers et contrôler la cambrure lombaire. Pendant la suspension à poumons vides, relâcher l’abdomen et le Mula-bandha. Attention, ne pas hésiter à revenir au premier degré si la posture devient un peu chaotique, source de tensions. Refaire la même variante de l’autre côté.

Troisième degré : se relier

–         En partant du second degré, replier la jambe droite, attraper la cheville droite avec une main et amener le talon tout en haut de la cuisse gauche, laissant s’ouvrir le genou vers l’extérieur.

–          Presser fermement la plante du pied contre la cuisse dont la musculature interne résiste fortement à la pression du pied.

–          Monter les bras tendus à la verticale et joindre les paumes des mains, doigts serrés et pouces tendus vers l’arrière.

–          Conserver le contrôle de la sangle abdominale pour éviter de creuser la région lombaire. Se sentir en relation entre terre et ciel.

–          Pratiquer une respiration très lente et régulière avec un léger contrôle du souffle au niveau de la glotte (Ujjayin). Pendant chaque inspiration, emplir très lentement la poitrine tout en repoussant le sol fermement avec le pied d’appui et en se grandissant. En suspension respiratoire poumons pleins, resserrer doucement les sphincters et le périnée (Mula-bandha, la fixation de la racine). Pendant l’expiration, rentrer progressivement l’abdomen, le ventre, le nombril et l’estomac tout en conservant le Mula- bandha.

-          Resserrer également les muscles fessiers et contrôler la cambrure lombaire. Tenir immobile six respirations. Ne pas hésiter à changer de degré.

Attention, nous avons souvent un côté qui est différent, plus facile ou plus difficile que l’autre. Il convient de pratiquer exactement les mêmes variantes de chaque côté avec le même nombre de respirations, afin d’équilibrer au mieux son corps et les polarités des énergies.

Méditation :

Beaucoup de postures du Hatha-Yoga peuvent devenir des supports très intéressants pour une méditation, soit dans la posture elle-même, soit dans une assise qui suit la posture. Ce sera le cas pour vrikhsâsana.

Découvrez la méditation associée à cette posture dans le Yoga Journal N°1

Principaux effets de la posture

Lorsque la posture est réalisée avec un ajustement approprié, voici les effets positifs attendus :

- tonification et renforcement de la musculature des jambes,

– stimulation du sens de l’équilibre et amélioration de la sensibilité proprioceptive (perception profonde du positionnement de chaque partie du corps),

- développement et stabilisation des facultés de concentration,

- amélioration graduelle de la circulation de l’énergie dans le corps.

 

Formateur d’enseignants de yoga depuis plus de 30 ans, Boris propose une pédagogie progressive, ajustable pour chaque personne et respectueuse des sources traditionnelles indiennes. Avec Cécile Beaudin, sa collaboratrice et également professeure de yoga, il organise des congrès qui développent plusieurs aspects fondamentaux du yoga et ouvrent à l’échange entre les grandes écoles en Europe.

www.academie-de-yoga.fr