Yoga-Sutra de Patanjali « Se mettre à la place des autres »

Yoga in mountains

II.34 vitarka himsadayah krta-karita-anumodita lobha-krodha-moha-purvaka mrdu-madhya-adhimatra duhkha-ajnana ananta-phalah iti pratipaksha-bhavanam

« Pour éviter toute action précipitée pouvant causer du tort, nous devons nous entraîner à imaginer ou à visualiser le contraire de notre première réaction instinctive. Nous devons voir les choses sous un autre angle et évaluer les conséquences potentielles. »

Le conseil le plus puissant de Patañjali élargit votre vision du monde en faisant évoluer votre cadre de références ou en vous offrant un nouveau point de vue pour observer les choses (pratipaksha-bhavanam). Ces changements semblent simples, mais ils peuvent avoir un impact profond sur votre expérience. Pour éviter de nuire à autrui en agissant dans la précipitation, Patañjali recommande d’essayer de « visualiser les contraires ».

Patañjali est assez précis dans ces sûtras. Selon lui, il existe trois manières distinctes de causer du tort à autrui en agissant dans la précipitation : nuire à quelqu’un directement (krta : je suis en colère donc je frappe quelqu’un), nuire à quelqu’un par l’intermédiaire d’une autre personne (kârita : je demande à un ami de frapper quelqu’un de ma part), ou bien approuver, encourager ou se réjouir du tort causé à une autre personne (anumoditâh).

D’après Patañjali, les raisons pour lesquelles certaines personnes causent du tort à autrui sont entre autres l’envie (lobha), la colère (krodha) et l’illusion, le fantasme (moha). Mais Patañjali vous met en garde : que le tort causé soit minime (mrdu), modéré (madhya) ou immense (adhimatra), pour vous le résultat sera le même. En effet, vous ressentirez une souffrance infinie (dukha) et un manque de lucidité (ajnana). Pour éviter cela, pratiquez pratipaksha-bhavanam.

Patañjali est réaliste. Il ne vous demande pas de réprimer vos sentiments légitimes, ni de culpabiliser par rapport à ce que vous ressentez. Il vous rappelle que si vous avez des pensées négatives à l’égard d’une personne, ce n’est pas cette personne qui souffre, mais vous. Si vous causez réellement du tort à une personne, vous souffrirez probablement autant qu’elle, si ce n’est plus.
À travers ce conseil, Patañjali ne cherche pas à faire de vous un citoyen modèle. Le but de ce sûtra est que vous vous sentiez plus heureux et épanoui. Cela peut sembler égoïste mais la meilleure chose que vous puissiez faire pour ce monde est de vous concentrer sur votre développement personnel et votre propre transformation afin d’agir, en conséquence, dans cette société.

Dossier complet sur les yoga-sutras de Patanjali à retrouver dans le dossier « laissez infuser le yoga dans votre vie » de Yoga Journal N°10
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