Yoga, yogis et politique

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Par Raphaël Voix

 

Un yogi politicien. Cette idée paraîtrait surprenante à bien des Occidentaux pour qui le yoga est une pratique corporelle apaisante et la politique le champ des tensions exacerbées. L’Inde vient pourtant bien de nommer un « yogi » à la tête de son État le plus peuplé. Yoga et politique font-ils bon ménage ?

 

Yoga et renoncement au monde

Le yogi « doit s’établir dans un pays bien gouverné, où les lois du dharma sont appliquées » […] » (Hatha-Yoga-Pradîpikâ, I.12), telle est l’unique allusion que le texte fondateur du Hatha-Yoga fait à la politique. S’il doit choisir un lieu bien gouverné, c’est précisément pour pouvoir se mettre à l’écart de la société, dans « un lieu à l’abri de tout trouble, et pratiquer à l’intérieur d’une petite cellule […] située dans un endroit solitaire ». Cette idée est loin d’être nouvelle : composés aux alentours du IIIe siècle avant notre ère, les premiers textes qui définissent le yoga comme voie spirituelle en réserve sa pratique au renonçant, c’est-à-dire à celui qui observe la chasteté et tient pour idéal le non-agir (pravritti). À l’exception notable de la Bhagavad-gîtâ, la plupart des textes de yoga enjoignent ainsi l’homme à laisser le monde social derrière lui pour se consacrer exclusivement à sa propre quête de libération du cycle de la transmigration.

 

Les yogis et le pouvoir politique en Inde

 Le yogi qui a renoncé au monde ne dépend théoriquement que de lui-même. La réalité veut pourtant qu’il ne puisse survivre indépendamment du reste de la société – l’aumône lui permettant de se nourrir. On peut même affirmer qu’il vit « en » société. Très tôt les yogis se sont en effet organisés en ordres religieux et ont fondé des monastères qui participaient fortement à la vie locale. Qui plus est,. La configuration du pouvoir décrite dans les textes de l’Inde ancienne associe en effet au souverain un conseiller spirituel, qui incarne les valeurs les plus hautes et lui sert de caution. Ce rôle a bien souvent été attribué aux yogis, car du fait de leur renoncement au monde, ils étaient considérés comme désintéressés.

Bien que l’Inde soit depuis 1947 un pays laïc dans lequel ce schéma classique a perdu tout droit de cité, nombre d’hommes ou de femmes politiques ont entretenu des relations étroites avec un yogi. Indira Gandhi est ainsi célèbre pour avoir pris conseil auprès de Direndra Brahmachari (1924-1994) tandis que le Premier ministre actuel de l’Inde affiche régulièrement sa proximité avec Baba Ramdev (né en 1965). Quant à ceux qui se présentent eux-mêmes au suffrage universel – à l’instar de Yogi Adityanath – ils restent une exception.

Tristement célèbre pour ses violents propos à l’encontre des minorités religieuses (chrétiens et musulmans), le yogi Adityanath, abbé du monastère de Gorakhnath (Gorakhpur) et membre du parti nationaliste hindou, a été nommé en mars 2017 Chief minister de l’Uttar Pradesh, État qui compte plus de 200 millions d’habitants.

Aux alentours de l’ère chrétienne, la Bhagavad-gîtâ réconcilie quête de perfection spirituelle et action dans le monde en développant la théorie de l’action désintéressée.

 

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