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5 étapes pour se remettre d’une blessure, sur le tapis et en dehors

Par Laura Burkhart

 

Peut-être subissez-vous une blessure – et tout ce qui l’accompagne  –, mais vous n’êtes pas votre blessure. Voici cinq façons de vous en remettre tant mentalement que physiquement et émotionnellement.

 

Au cours des deux dernières années, alors que je me débattais avec une blessure à la hanche qui tardait à guérir, j’ai appris qu’un problème de santé n’affecte pas uniquement l’aspect physique de notre vie – ce qui peut par ailleurs avoir de lourdes conséquences si l’on est quelqu’un d’actif ou que l’on se sert de son corps dans sa profession, comme c’est mon cas. Notre mental, nos émotions et nos finances peuvent eux aussi en prendre un coup. Dans ce podcast présenté par Andrea Ferretti en partenariat avec Yogaland, je confie tous les détails de cette épreuve mentale, physique, émotionnelle et financière que j’ai vécue tout au long de ma convalescence. J’y aborde aussi les défis auxquels j’ai dû faire face dans mon métier de professeur de yoga, y parle de ce qui m’a donné de l’espoir et de ce qui a rendu l’expérience plus supportable. Les six premiers mois ont été particulièrement éprouvants, mais une fois que j’ai commencé à appliquer les étapes présentées ici, ma vie a changé et le cheminement s’est fait plus léger.

 

1 – Prenez soin de votre blessure, mais ne laissez pas votre blessure prendre le dessus sur votre vie.

Lorsque l’on est êtes blessé, il nous faut évidemment prendre bien soin de notre corps, éviter toute activité qui pourrait aggraver le problème, et recevoir les traitements médicaux nécessaires. Si l’on sait d’avance que le processus de guérison sera long, il est essentiel de ne pas laisser la blessure absorber notre identité tout entière. On l’endure, certes, ainsi que tout ce qui l’accompagne, mais on n’est pas notre blessure. Nous et notre vie valons bien plus que cette épreuve que nous traversons.

Cette leçon, je l’ai apprise il y a bien longtemps, alors que je souffrais d’un problème de santé qui affectait tout mon système digestif et a empiré lorsque j’ai attrapé un parasite en Inde. Les quelques années qui ont suivi, tout mon univers ne tournait plus qu’autour de mon estomac et de mon colon : je ne pensais qu’à ça, ne parlais que de ça, ne lisais qu’à ce sujet, etc. Ma maladie, et les solutions que j’essayais d’y trouver, avaient pris une telle importance dans ma vie que ce n’était sain ni pour moi, ni pour mes relations avec mon entourage.

Cette fois, même si pendant les six premiers mois j’étais assaillie sans répit de douleurs qui influençaient mes activités quotidiennes (je ne pouvais même pas enfiler de chaussures autres que des tongs), mon métier d’enseignante et mon sommeil, j’ai refusé de laisser cette épreuve prendre le dessus sur ma vie. Je vois toujours des médecins et autres thérapeutes, et poursuis les exercices qui favorisent la guérison, mais je n’accorde plus toute mon attention à cette blessure. Le monde est vaste, et la vie bien plus intéressante que ce problème de hanche.

Ce qu’il faut en retenir : Accorder toutes ses pensées à sa blessure, ne parler que d’elle – ou de toute autre situation ou épreuve qui nous affecte – lui confère un plus grand pouvoir. Concentrez-vous sur les aspects positifs de votre vie tout en faisant le nécessaire pour aller mieux.

 

2 – Prenez soin de vous avant tout. Ressentez les sensations, mais ne vous y enfermez pas.

Une blessure porte non seulement atteinte à notre corps, elle joue également des tours à notre état mental et émotionnel, ce qui nous rend vulnérable. Les premiers mois, j’ai connu de grands bouleversements internes, l’anxiété et la dépression. Je n’étais pas sûre de pouvoir me remettre debout un jour, au sens propre comme au figuré. Je me demandais combien de temps j’aurais à subir cet état limitatif, et les conséquences qu’il aurait sur mon métier et sur ma carrière. Que pourrais-je faire d’autre, moi qui n’avais travaillé que dans le milieu du yoga depuis plus d’une décennie ? Et où vivrais-je si je devais tout laisser tomber ? En temps normal, j’aurais géré ce genre d’angoisses en sortant prendre l’air ou en faisant une séance de yoga, mais là, je ne pouvais pas.

J’ai compris que la meilleure manière de traverser cette période d’instabilité était de mettre sur pied une routine qui m’aiderait à me sentir soutenue et entière. J’ai découvert que je pouvais nager avec une bouée entre les jambes pour déstresser, c’était d’ailleurs un exercice de méditation à part entière. Je me suis acheté un iPod waterproof, et les séances se sont changées en petites fêtes sous-marines. Afin d’égayer mon humeur, j’ai refait voir le soleil à mon corps. Je passais plus de temps avec mes amis, et me suis découvert une passion pour les jacuzzis, les sources chaudes, les bains publics, le son de l’océan et les massages assis.

Ce qu’il faut en retenir : Trouvez ce qui vous met à l’aise, vous donne un sentiment de soutien, et faites-le !

 

3 – Revoyez votre façon de penser. Concentrez-vous sur ce que vous pouvez faire là, maintenant.

Après un accident, il est facile de ruminer tous les mouvements qu’on ne peut plus faire comme avant ou notre aptitude perdue à passer en toute sécurité dans nos postures de yoga préférées. Ces nouvelles limitations peuvent durer des semaines, des années, peut-être même la vie entière. Se sentir frustré et faire le deuil de nos capacités est tout à fait normal. Mais diriger toutes nos pensées sur « ce qu’on pouvait faire avant » ne rend service à personne, à commencer par nous. Il est essentiel d’éviter que notre identité, notre valeur, ne se confonde avec la portée de nos mouvements ou nos aptitudes physiques. Nous ne sommes pas ce que nous faisons. Nous ne sommes pas notre pratique du yoga. La pratique des asanas n’est qu’un outil qui permet de se connecter à quelque chose de plus profond que le corps physique. Oubliez aussi cette fausse idée selon laquelle notre capacité à exécuter des asanas compliqués fait de nous un yogi avancé.

De la même façon que s’agripper au passé n’apporte rien de bon, il n’est pas sain de se fixer des attentes quant au stade que devrait avoir atteint notre pratique d’ici à une date arbitraire. Notre calendrier et celui de Mère Nature ne coïncident pas toujours. Il est en revanche essentiel de respecter notre corps plutôt que de le pousser au-delà de ses limites, ce qui peut entraîner des problèmes supplémentaires. Je suis bien placée pour le savoir, moi qui ai exagéré dans mes efforts les premières semaines après mon accident, aggravant ainsi considérablement ma blessure. Et même après l’avoir aggravée, j’avais l’intention de retrouver une pratique normale dans les quatre à six mois alors qu’aucun médecin, ni maintenant ni alors, n’a jamais pu me dire quand je reviendrais à la « normale ». Aujourd’hui, je me porterais bien mieux et guérirais bien plus facilement si je m’étais résignée au lieu de forcer.

Deux mois après mon accident et à la suite de nombreux épisodes d’angoisse et de dépression, j’ai décidé de revoir ma façon de penser. Je me suis assise à ma table armée d’un stylo et d’une feuille de papier, et j’ai rédigé une liste exhaustive de tout ce que je pouvais faire LÀ, maintenant, sur le tapis et en dehors. Ça a été un véritable tournant pour moi, et à partir de là, mes perspectives étaient bien plus positives. J’étais choquée et surexcitée de voir tout ce que je pouvais faire malgré mon état. Je me suis ainsi rendu compte qu’outre les soins qui faisaient désormais partie de mon quotidien, j’adorais écrire des articles et tenir un blog. J’ai affiné mes instructions orales et me suis aperçue que je pouvais toujours enseigner des asanas complexes lors de mes cours, de mes ateliers et sur internet en demandant à l’un ou l’autre élève de faire la démonstration de chaque posture plutôt que d’utiliser mon propre corps. J’ai découvert que j’aimais aider d’autres professeurs à évoluer dans leur carrière, et j’ai commencé à mettre sur pied un programme de formation de professeur de yoga de 200 heures en collaboration avec un collègue. J’ai suivi plusieurs nouvelles formations, ai approfondi mes connaissances anatomiques, en ai appris plus long sur la prévention des blessures au yoga et me suis intéressée aux ballons de yoga et aux cours thérapeutiques.

Ce qu’il faut en retenir : Concentrez-vous sur ce que vous POUVEZ faire, et non l’inverse.

 

4 – Ne laissez pas tomber votre pratique – faites avec ce que vous avez.
Il est facile de s’apitoyer sur ce qu’était notre pratique et sur l’effet qu’elle nous faisait avant notre blessure. Même si votre pratique a changé, de manière temporaire ou permanente, évitez de penser à ce qui vous est désormais inaccessible, mais trouvez au contraire ce que vous pouvez faire en toute sécurité, même si ce n’est qu’une posture, comme Viparita Karani (la posture des jambes contre le mur), ou de la méditation.

Discutez avec votre médecin ou votre thérapeute pour voir si certaines postures pourraient soulager vos douleurs ou vous aider à guérir. Par exemple, Viparita Karani m’a aidée tout au long de ma convalescence à atténuer mon inflammation des jambes et des hanches ainsi qu’à relâcher les muscles du plancher pelvien. Des mois après l’accident initial, j’y ai ajouté le Chien tête en bas, soutenue par des cordes accrochées au mur, afin d’alléger la douleur ; une variation de la posture allongée pied en main (Supta Padangusthasana) pour créer de l’espace entre la tête fémorale et l’acetulabum ; et enfin la posture du Pont et la posture du Pont sur une jambe pour renforcer les muscles fessiers qui ont tendance à s’affaiblir lorsqu’on a des problèmes de hanche.

Avant de faire le moindre asana, demandez-vous ceci : « Cette posture m’aidera-t-elle à guérir, aggravera-t-elle ma blessure, ou aucun des deux ? » Ne vous sentez pas obligé de prendre une posture qui ne vous aidera pas à aller mieux. Laissez votre corps vous guider. Lorsqu’une posture vous paraît abordable, soyez ultra-prudent, allez-y doucement et prenez toutes les précautions nécessaires pour y entrer. Commencez par sa variation la plus classique, et voyez comment vous vous sentez avant d’aller plus loin, petit à petit. La variation classique s’avérera peut-être la plus adaptée à votre corps aujourd’hui, voire dans 10 ans, et c’est très bien comme ça. Mieux vaut jouer la carte de la sécurité que de faire plus de tort encore à votre corps.

Prévenez votre professeur de yoga que vous avez une blessure. Si elle est bénigne, vous pourrez peut-être le laisser ajuster vos postures. Pour ma part, je n’accepte d’être touchée que par des professionnels de la santé. Si certaines postures proposées lors de la séance ne vous semblent pas adaptées, trouvez-en une ou deux par défaut qui vous conviennent. Vous pouvez aussi demander conseil à votre professeur.

Ce qu’il faut en retenir : Faites taire votre égo. Il est important de se défaire de l’idée de l’allure que « devrait » avoir une posture. Ne comparez pas votre pratique actuelle à celle d’avant, et ne la comparez surtout pas à celle des autres.

 

5 – Restez confiant quant à l’avenir. Continuez d’entretenir vos rêves.

En plus de vous concentrer sur ce que vous pouvez faire là, maintenant, tournez votre regard vers les projets que voudriez voir se concrétiser. L’un des aspects positifs de ma convalescence a été de me forcer à ralentir le rythme de ma roue de hamster, et de me montrer que cette même roue ne tournait pas dans la meilleure direction, n’empruntait pas la voie la plus durable. J’ai ainsi eu l’opportunité de réévaluer ce que j’attendais de la vie, les grandes choses comme les petites. Je me suis demandé : « Que veux-tu ? Comment veux-tu te sentir ? » Et je me suis rendu compte que la plupart de mes envies ne nécessitait pas un corps parfaitement mobile, ou bien qu’il le serait au moment où mes désirs se manifesteraient. Je souhaitais par exemple ressentir la paix, l’abondance, la stabilité. J’aspirais à plus de moments calmes, à plus de temps pour voir ma famille et mes amis. Je voulais aider les animaux et construire des puits. J’avais envie de passer plus de temps dans la nature, de m’acheter des vêtements (je ne l’ai plus fait depuis des années !) et un Vitamix (j’en ai enfin un !), de prendre des vacances au moins une fois par an (les dernières remontaient à des années !) et de posséder ma propre maison. Je voulais mettre mes dons et mes talents à profit, tant ceux que je connaissais que ceux dont j’ignorais encore l’existence, avec intelligence. Quant à mon activité d’enseignante, j’ai décidé de lui donner une direction légèrement différente, mais nombre des aspirations que j’avais avant mon accident étaient toujours les mêmes : travailler davantage avec Yoga Journal (ce que je fais !), donner plus de cours en ligne, en apprendre plus long sur la prévention des blessures au yoga, enseigner lors de plus d’ateliers et festivals nationaux et internationaux, et donner des formations de professeur.

Ce qu’il faut en retenir : Ne perdez pas de temps à ressasser une quelconque amertume. Ne laissez pas votre blessure vous limiter, ni maintenant ni dans vos projets. Où qu’aille l’esprit, l’homme (ou la femme) suit ! Les rêves que vous nourrissiez avant votre accident peuvent peut-être se réaliser malgré tout. Faites de votre infortune un atout divin. Entretenez vos rêves.

 

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Photos : iStock

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