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Abhaya, la non-peur

Par Jacques Vigne,

La non peur représente une qualité fondamentale de yoga. Elle doit être cultivée jusqu’à la Réalisation. Dans ce sens, le sage Yâjñavalkya dit dans les Upanishads à son disciple l’empereur Janaka : « Janaka, tu es réalisé, car tu as atteint la non peur ! » Bien sûr, la peur et l’anxiété sont aussi des signes de réalisme : elles peuvent être une preuve de prudence tout simplement. Du point de vue de la médecine actuelle, l’anxiété vient d’un excès de stress parfois soudain, mais le plus souvent chronique. Elle n’est donc pas toujours reliée à un traumatisme unique, comme dans le syndrome d’anxiété post-traumatique, mais elle devient une manière d’être chronique qui se fait envahissante, et c’est là le problème. Du point de vue traditionnel, on peut se demander pourquoi on parle de cette qualité de courage de façon négative, abhaya, c’est-à-dire absence de peur. Il y a une raison simple à cela, c’est que notre vraie nature est la paix, et si nous nous abstenons de faire des erreurs stratégiques et tactiques dans la gestion de nous-mêmes, nous demeurerons dans cet état fondamental, sans nous fabriquer artificiellement toutes sortes de frayeurs inutiles. Le point principal, c’est d’être dans la justesse des actions, des paroles et des pensées. Si on en arrive à cela, on n’a plus rien à craindre de soi-même, et par une sorte d’extension naturelle, on a beaucoup moins à craindre du monde extérieur. C’est la solution profonde de l’anxiété, mais avant d’y parvenir, un bon nombre de compréhensions partielles et de techniques pratiques sont bien utiles.

Comprendre l’anxiété

Cela fait maintenant 35 ans que j’ai effectué ma formation de psychiatre, et après avoir travaillé 5 ans en hôpital psychiatrique pour mes études et mon service de coopération, je suis parti pour l’Inde. Je reviens régulièrement en France et il y a un an j’ai terminé une grande tournée qui s’était étalée sur 2 ans. Je vais de ville en ville, et pendant l’été de lieu de stage en lieu de stage dans la campagne française pour des périodes en général de 5 jours à une semaine. Je réponds à des milliers de questions de la part de milliers de gens, et certainement, l’anxiété, la peur diffuse représente une souffrance sous-jacente bien réelle chez la plupart des personnes. Le bon côté de cela, c’est qu’elle pousse les gens à faire un travail sur eux-mêmes. Quand ils ont vu que les meilleurs tranquillisants n’étaient que symptomatiques, ils comprennent qu’il faut aller plus loin vers la racine des choses. Quand j’étais interne en psychiatrie avec des patients lourds, j’essayais malgré tout d’introduire pour eux aussi des techniques corporelles, et la meilleure porte d’entrée que j’aie trouvée pour pénétrer leurs défenses par ailleurs bien cadenassées, c’était de proposer des solutions naturelles à l’insomnie et l’anxiété. Personne, même les patients les plus sérieux, n’aiment se retourner toute la nuit à chercher le sommeil, et personne n’aime aussi mener sa vie avec la plupart du temps un gros nœud bien tendu au plexus ou à la gorge, et avec des mâchoires serrées comme des boulons sur des vis… D’où l’intérêt des pratiques psychocorporelles.

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