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Ce yoga qui franchit les portes de l’hôpital – Partie 2

Par Anaïs Joseph, professeure de Ashtanga

Photo : Isabelle Nègre photography

Ensemble on se sent plus fort

Du côté de Paris, à l’hôpital La Pitié-Salpêtrière, un groupe d’une dizaine de personnes s’est constitué pour suivre régulièrement des cours collectifs au sein de l’établissement. Tous sont suivis dans des services liés à l’obésité, la nutrition, l’endocrinologie et le diabète. C’est là qu’ils ont découvert le yoga parmi les activités proposées. Il ne s’agit plus de yoga-thérapie : ni consultation patient-médecin, ni ordonnance de postures à suivre chez soi quotidiennement. L’intérêt des patients-élèves pour cette formule « à l’hôpital » est sans appel. « Je ne pourrais pas aller dans un cours en ville où l’on sent des regards moqueurs ou désapprobateurs, explique Yolande qui été opérée avec un by-pass gastrique et a perdu 55 kg en dix ans. Ici je me sens en confiance avec les élèves et la professeure qui adapte toujours la posture à chacun de nous, sans nous réprimander. »

Avec deux prothèses totales aux genoux, Yolande a beaucoup d’appréhension lorsqu’il faut fléchir les jambes mais elle s’y colle et affronte ses peurs. « Je suis fascinée par une dame atteinte de sclérose en plaques qui arrive à peine à bouger et nous en met plein la vue ; c’est une vraie battante qui nous motive », raconte-elle, admirative. Une torsion assise sur une chaise les bras écartés et la voilà qui sue à grosses gouttes : « Pendant la séance, on dépense des calories mais, surtout, je dors comme un bébé quand je rentre chez moi ! », apprécie-t-elle.

Son amie, Aïcha, suit également les cours depuis trois ans suite à une opération avec sleeve et un cancer colorectal. Elle dit apprécier la détente procurée par la séance de yoga. D’ailleurs, ses mouvements sont sans effort et son visage relaxé. Leur professeur, Titaua, est bénévole dans l’association Chanting Root qui organise les cours hebdomadaires au sein de La Pitié-Salpêtrière. Elle n’a pas de formation spécifique mais essaye d’écouter et d’ajuster les élèves avec toute la bienveillance et l’humilité d’une fille qui vu sa propre mère mourir d’un cancer dans ce même hôpital.

Un patient acteur de son soulagement

Quelques blocs plus loin, c’est en rhumatologie que le chef de service, Bruno Fautrel, a mis en place un protocole axé sur le yoga dans le cadre de l’éducation thérapeutique. Les patients souffrent de lombalgies chroniques en lien avec leur travail ou suite à des opérations à répétition. « Ils ne s’en sortent plus du tout parce qu’ils sont enfermés dans un cercle vicieux : plus ils ont mal, plus on opère ; mais plus on opère, et moins ils ont de muscles pour soutenir leur colonne ; ils risquent alors la chute ou la blessure, décompose le rhumatologue. Il faut absolument qu’ils remobilisent leur zone douloureuse. »

Pour cela, le professeur Fautrel a élaboré un programme composé d’ateliers sportifs avec la Wii, de balnéothérapie, de renforcement musculaire et de yoga. « L’objectif est que le patient ne se voit plus comme une victime mais comme le moteur de sa propre prise en charge. En complément du travail musculaire où le corps est vécu de manière parcellaire, le yoga offre au patient la possibilité de ressentir son corps dans sa globalité. » L’idée est qu’il puisse bouger de manière harmonieuse en percevant tout son corps, au lieu d’avancer par saccades en essayant d’immobiliser la zone douloureuse. Tout comme en yoga-thérapie, sans un engagement drastique du patient rien n’est envisageable.

En consultation, en cours ou en activité thérapeutique, le yoga a réussi à s’introduire dans les murs de l’hôpital. S’il existe plusieurs écoles de yoga répondant aux différentes personnalités sur Terre, il n’est pas étonnant que le yoga se présente de diverses manières pour des patients aux besoins parfois différents. Ce sont les professeurs de yoga et les médecins traitants qui ont ouvert les portes des établissements. Les barrières psychologiques qui rangeaient le yoga parmi les pratiques folkloriques voire « occupationnelles » sont balayées. Demeurent encore celles des budgets !

Pour aller plus loin

La Yoga-thérapie, Dr Lionel Coudron, éd. Odile Jacob, 2012.

Une approche universelle du yoga pour toucher le maximum de patients souhaitant améliorer leur santé.

Prévenir et guérir par le yoga, Christine Campagnac-Morette, éd. du Dauphin, 2004.

Premier ouvrage de référence, un manuel pratique qui ne se démode pas.

Soigner par les Pratiques Psycho-Corporelles, sous la direction d’Isabelle Célestin-Lhopiteau, éd. Dunod, 2015.

Des spécialistes de la santé, parmi les meilleurs en France, font état de ces pratiques qui ne sont plus décriées en milieu hospitalier : yoga, hypnose, médecine intégrative, optimisation du potentiel, etc.

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°6 

Namasté

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