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Comment être soi-même ?

Prenez conscience de vos schémas de pensée et de vos perceptions, et découvrez la liberté d’être juste vous-mêmes.

Auteur : Sally Kempton

 QUAND LAUREN, professeure de yoga à Los Angeles, a glissé en faisant une fente pendant un cours, elle s’est blessée la cheville. Et comme c’est une yoginī du genre à pratiquer au-delà de la douleur, elle n’a pas pris le temps de s’arrêter pour examiner sa blessure avant de poursuivre. Or, quand elle est enfin allée chez le médecin, il lui a dit qu’elle n’aurait pas dû se servir de sa cheville pendant au moins un mois.

Cette blessure a été le déclencheur d’une crise identitaire. Depuis l’adolescence, Lauren voyait son corps comme une source de bien-être et d’estime de soi et, à l’âge adulte, il est devenu sa source de revenu. Elle peut encore enseigner et sa blessure l’a aidée à mieux comprendre l’alignement en yoga. Mais comme le « moi » qu’elle a toujours pensé être est intimement lié à son corps physique, l’incident l’a complètement déstabilisée. Bien sûr, s’empresse-t-elle de me dire, elle sait qu’elle n’est pas son corps. Mais le savoir ne suffit pas à apaiser sa peur ou son manque de confiance en elle.

George a un problème différent. Son épouse lui a dit qu’elle avait une relation avec un autre homme et qu’elle voulait un mariage ouvert. George se sent choqué, abandonné, en insécurité, ce qui l’amène à avoir des pensées comme « Je ne suis pas doué pour les relations » et « Je ne suis pas aimable ». « Je ne sais plus qui je suis si la personne que j’aime ne veut pas de moi », résume-t-il. Fondamentalement, il ressent la même confusion que Lauren.

 

Chez ces deux personnes, l’image de soi a été blessée. Un psychologue pourrait dire qu’un choc externe a ouvert certaines fissures de leur identité et fait remonter des émotions qui viennent probablement de leur enfance. Mais d’un point de vue yogique, ce sentiment de perdre pied est une invitation à se poser sérieusement cette question : « Qui est-ce que je pense être ? »

Plus profond que le traumatisme, plus profond même que les souvenirs qui peuvent contribuer à ce sentiment de déraillement, Lauren et George souffrent tous deux de ce que les textes yogiques appellent « avidyā », l’ignorance basique de qui nous sommes et de la réalité profonde qui connecte tout dans l’univers. Leur situation actuelle est l’occasion pour chacun de reconnaître cette erreur fondamentale de perception et de se pencher sur la nature même de l’identité. Quand tout ce sur quoi on s’est construit semble s’effriter, c’est le moment non seulement d’observer de plus près les fissures de sa structure psychique, mais aussi d’examiner la source du problème, pour avoir de meilleures chances de s’en débarrasser.

Le mot sanskrit « vidya» signifie sagesse ou savoir, la sagesse acquise grâce à l’expérience et à une pratique en profondeur. Le préfixe « a » indique un manque ou une absence. Avidyā renvoie donc à quelque chose qui va bien au-delà de l’ignorance ordinaire. C’est une cécité fondamentale, un refus de voir la réalité. Il ne s’agit pas d’un manque d’information mais de l’incapacité à ressentir sa connexion profonde aux autres, à la source de la vie et à son vrai Moi. Avidyā possède de nombreux niveaux et facettes, qui fonctionnent de différentes manières. Nous le percevons dans tous les aspects de nos vies : dans les stratégies de survie, les relations, les préjugés culturels, les choses que nous désirons et que nous redoutons. Toutes les formes d’ignorance et de perception floue sont des formes d’avidyā. Mais derrière chaque manifestation d’avidyā se trouve l’incapacité à reconnaître que, essentiellement, l’être humain est esprit, et qu’il partage cela avec chaque atome de l’univers.

 

Des exemples courants d’avidyā sont l’habitude de croire que les autres devraient mieux nous traiter ou que nous avons besoin de l’approbation d’autrui pour nous sentir en paix avec nous-mêmes. On sait, très souvent, que ce n’est pas vrai, que les gens agissent souvent sans prendre en compte le bien-être des autres et que construire son estime de soi sur ce que les autres pensent de nous, c’est un peu comme construire un château sur du sable mouvant. Si quelqu’un nous rappelle que nous sommes responsables de notre état intérieur, nous nous dirons peut-être : « Je sais ! ». Mais connaître cette vérité intellectuellement ne change ni nos sentiments, ni notre comportement. Cela ne nous empêche pas d’essayer d’amadouer ou de manipuler nos amis, nos compagnons de vie ou nos enfants pour qu’ils agissent de la façon dont nous croyons avoir besoin qu’ils agissent, par exemple en demandant à notre conjoint des marques continuelles d’amour ou en cherchant sans cesse à obtenir des preuves que l’on a besoin de nous. La connaissance seule ne peut pas nous aider. Pour que cette connaissance devienne vidyā, ou vraie sagesse, il faut la comprendre à un niveau viscéral. Sans cela, avidyā entache nos relations, avec tous les problèmes et toutes les souffrances que cela fait naître. Il en va de même pour tous les types d’avidyā.

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°7

Très belle journée, Namasté

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