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En fusion avec le yoga

Dans son nouveau livre, Revolution of the Soul, Seane Corn, militante sociale et professeure de yoga, revient sur le malaise et la sensation de gêne qui l’ont assaillie lors de sa première séance de yoga, et sur ce qui l’a poussée à y retourner.

Par Seane Corn*

© Brooks Freehill

 

Cela faisait des années que j’entendais parler du yoga et observais les changements que cette pratique avait opérés chez David Life, le propriétaire du Life Café à New York, où j’étais serveuse, et chez Sharon Gannon, la cheffe de rang (tous les deux sont cofondateurs du Jivamukti Yoga, ndlr). Alors, un beau jour, j’ai décidé d’aller voir par moi-même la raison de cet engouement.

 

Je me suis retrouvée à une séance de yoga intégral où tout le monde était vêtu de blanc. J’ai baissé les yeux sur mon survêt gris taché de graisse – j’avais essuyé mes mains sur mes cuisses après avoir bidouillé sur ma moto. Je ne m’étais pas douchée et je savais, sans l’ombre d’un doute, que mon maquillage formait une traînée sous mes yeux. J’étais un peu en pagaille. La dame de l’accueil avait l’air calme et gentil. Lorsqu’elle a levé le bras pour attraper quelque chose, j’ai remarqué une toison touffue sous ses aisselles. Je me suis demandé si Sharon se rasait sous les bras. Note à moi-même : Arrête de te raser, achète des vêtements blancs et… prends un bain.

Place au yoga

Dans la salle de yoga, je reste un peu à l’écart pour observer ce que tout le monde fait, puis, suivant leur exemple, j’attrape un tapis et une sorte de petit coussin. Le professeur entre alors sans un bruit, avec un air supérieur, sur la réserve. Je suis à peu près sûre que c’est une espèce d’homme saint, un peu comme un gourou. Il est blanc, âgé, avec des cheveux longs en bataille, grisonnants comme sa barbe. Agenouillé, les épaules drapées d’un châle blanc, il saisit une paire de disques métalliques reliés par une cordelette en cuir et les fait teinter trois fois de suite.

 

La réverbération interpelle les étudiants, leur fait redresser la colonne et allonger la nuque. Je jette un coup d’œil à la personne la plus proche de moi et vois que ses yeux sont toujours fermés. Je regarde le rabbin-gourou. Il sourit et m’indique d’un geste de la main que je devrais fermer les yeux, moi aussi.

Je n’ai jamais médité auparavant. J’essaie de garder le dos droit, tout en me demandant combien de temps on va devoir rester dans cette position. Voici à peu près la teneur de mes pensées à ce moment-là : « Je me demande si je fais ça correctement. Est-ce que je suis censée penser ? Mais si je ne suis pas censée penser, que faut-il faire à la place? Est-ce que les autres pensent, eux aussi ? Ça ne doit pas être ça. Est-ce qu’ils pensent à moi comme je pense à eux ? Je me demande ce que je vais manger ce soir, et si le yoga peut m’aider à arrêter de fumer, et si mon copain m’aime vraiment. Ma maman me manque. Je l’aime, ma maman. Il fait vraiment très chaud ici. Mon nez me chatouille. Est-ce que j’ai le droit de le gratter ? » Je me tortille sur le coussin qui crisse, j’ai mal aux hanches. « Hors de question que j’enlève mes chaussettes. Jamais de la vie. Peut-être que je devrais adopter un chat… ? »

 

Le professeur nous demande ensuite d’inspirer et d’expirer très rapidement et très profondément par le nez. J’essaie, mais mon torse tout entier se soulève et redescend à chaque fois. Un filet de morve s’échappe de mon nez, que j’essuie à répétition du dos de la main tout en jetant des coups d’œil embarrassés autour de moi. Ça dure un moment. De temps à autre, je dois m’arrêter pour tousser : c’est le goudron des cigarettes qui réagit à la compression rapide de mes poumons.

 

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