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Entretien avec Martine Texier

Enseignante de yoga et formatrice d’enseignants, Martine Texier prépare les femmes à la naissance depuis plus de 30 ans. Pour elle, faire l’expérience d’une naissance naturelle est un chemin initiatique qui offre la joie de goûter au mystère du prolongement de la vie.

Qu’est ce qui vous a amené au yoga et à l’envie d’accompagner les femmes enceinte ?

Enceinte de mon premier enfant, j’ai été très frappée pas l’état vibratoire dans lequel la grossesse m’avait mise spontanément. Cet état ressemblait tout à fait à celui que je contactais lorsque je faisais du yoga ou de la méditation. C’est en fait un état de grâce. Ou un état de yoga, d’ailleurs. Cette découverte a été le déclencheur. Plus tard, un acupuncteur m’a appris que dès l’instant où l’œuf est fécondé, c’est-à-dire dès les premières minutes de la grossesse, le pouls se modifie et devient le même que celui de quelqu’un qui est en train de quitter son corps ou bien d’un sage, d’un être éveillé.

Puis, je me suis aperçue que les femmes ne se rendent pas toujours compte de cette grande transformation qui est à l’œuvre en elles. Le désir de partager mon expérience a émergé à ce moment là. J’accueille les femmes là où elles sont et je pars de là. Il s’agit pour moi de proposer à chaque femme la pédagogie qui va lui permettre d’accéder à cet état ou au moins d’en prendre conscience, mais toujours tel qu’elle souhaite le vivre. Pour moi il n’y a aucun modèle, chacune doit trouver son chemin pendant la grossesse et au moment de la naissance. Chacune doit sentir comment elle rentre en résonnance particulière avec cet enfant, à ce moment là.

Votre approche intègre autant la dimension physique que la dimension spirituelle de cette expérience. Comment travaillez-vous ?

Le cadre, c’est qu’on ne peut rien faire si on reste extériorisé. La première chose, c’est de venir à l’intérieur, de recontacter son être profond pour vivre la grossesse et l’accouchement. Si une femme goûte un instant à cet état, en lien avec sa profondeur, elle pourra y retourner.

Ce n’est qu’en étant relié à soi que l’on va prendre conscience de sa force intérieure. Lors de l’accouchement, notre force est décuplée de manière extraordinaire. L’autre jour un papa a partagé avec moi qu’il avait vu sa femme « comme une lionne ». L’accouchement est effectivement l’expression de cette force. Si nous pouvons aller contacter cette puissance, cela change déjà le chemin vers la naissance.

Un des outils est bien sûr la respiration. Nous cherchons à respirer de plus en plus finement pour passer d’une respiration physique à une respiration énergétique. En passant dans le corps énergétique, dans la vibration, dans le prana, une distance s’établit avec le corps physique et donc avec la douleur elle-même.

Dans le yoga on parle de Sthira / Sukha. Sthira signifie la stabilité, la fermeté et Sukha l’aisance, le confort. Une posture doit être dans les deux à la fois. C’est exactement ce que nous cherchons. Ce n’est pas tant la posture qui compte, que la manière de l’aborder. J’invite les femmes à être plus dans l’être que dans le faire, à laisser les choses se vivre…

Il est par exemple intéressant que les femmes comprennent le sens des contractions. Elles sont comme une mélodie, un rythme qui est au service de la vie et des changements qui se produisent dans le corps. Si la femme est en confiance et dans un environnement bienveillant et favorable, elle va pouvoir lâcher prise et s’abandonner aux contractions pour en diminuer la douleur. La préparation à l’accouchement, finalement, c’est surtout apprendre à ne pas résister à la force qui s’empare de nous.

Ce n’est pas une femme qui met au monde son enfant, ce sont les forces de la nature. Le corps de la femme sait accoucher, il s’agit de se laisser traverser sans peur et sans résistance par cette force. C’est là que la confiance et le lâcher-prise ont beaucoup d’importance.

J’utilise également les visualisations pour développer la connaissance des différents espaces du corps. Ce n’est pas une connaissance théorique mais la capacité à aller habiter ces différents espaces : le grand bassin, le petit bassin, l’utérus. Elle peut alors se les approprier, les parcourir en conscience avec le papa s’il le souhaite et avec le bébé, pour l’accompagner dans ce tunnel de la naissance. En visualisant ce tunnel de la naissance vers la dernière semaine de grossesse, l’énergie se prépare. Elle n’aura plus qu’à jouer son rôle au moment venu.

Vous évoquez les papas, quel est justement leur rôle? Les accompagnez-vous aussi ?

Bien sûr. Je travaille avec les couples. Le rôle de l’homme est très important parce que la naissance est une expérience énergétique. Sur le plan énergétique, le papa est le rocher, celui qui va contenir et permettre à la femme de se « liquéfier », de s’abandonner pour rentrer dans cette expérience de transformation profonde. Il y a même un changement dans la perception du corps lors de l’accouchement : on part du corps dense pour aller dans la fluidité. C’est d’ailleurs ce qui permet au bébé de « glisser » dans le corps de sa mère. C’est parce qu’elle sent l’ancrage et la force de l’homme qu’une femme va pouvoir s’abandonner et laisser le bébé glisser en elle, sans résistance.

Vous avez écrit deux livres, pouvez-vous nous en parler ?

J’ai sorti le premier, L’attente sacrée, aux éditions Le Souffle D’or. Lorsque j’ai constaté qu’il était très bien accueilli, j’ai souhaité aller plus loin avec le deuxième, Accouchement, naissance : un chemin initiatique. Sa dernière version est sortie aux éditions Le Souffle d’Or en 2012 et il aborde davantage ce qui me tient véritablement à cœur dans ma démarche : le fait que la naissance offre la possibilité de vivre un chemin initiatique pour une femme, un bébé, un couple…

Plus d’entretiens, de témoignages et de conseils pratiques sur le yoga prénatal à découvrir dans le N°2 du magazine.

 

Propos recueillis par Maud Dreyer,

Professeur de yoga prénatal, yogathérapeute,

www.namasteyoga-annecy.fr

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