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Être parent, un défi pour la méditation

Jon Kabat-Zinn : son nom a fait le tour du monde et des hôpitaux. Professeur émérite de médecine, il a propulsé la méditation de pleine conscience en créant le premier centre qui lui était dédié à l’Université médicale du Massachusetts, en 1995. Il compte parmi ses nombreux ouvrages un livre coécrit avec sa femme, Myla, en 1997 : « Être parent en pleine conscience ». Devenus grands-parents, ils ont rédigé ensemble une nouvelle version dans laquelle tout est affaire… d’écoute. Ils ont accepté de nous livrer leur histoire de parents, lors d’un passage à Paris, fin mai.

 

Yoga journal : Deux de vos trois enfants enseignent le yoga, le troisième, la méditation en pleine conscience. Auraient-ils eu, petits, des cours de soutien à domicile ?

Myla Kabat-Zinn : Je crois que la meilleure façon de vacciner quelqu’un contre une pratique c’est de vouloir lui la transmettre à tout prix ! Les enfants nous ont souvent vus nous asseoir sur le zafu pour méditer, mais nous les avons laissés découvrir par eux-mêmes ces pratiques. À la maison, on a toujours cultivé l’écoute de soi et des autres : si je rentrais fatiguée du travail, je leur demandais 10 minutes de tranquillité sur mon tapis ; si j’en voyais un attristé, je lui prenais la main, je l’aidais à mettre des mots sur ce qu’il ressentait ou juste à se détendre physiquement en me connectant à lui. Je suis persuadée que la transmission est bien plus efficace quand elle s’exerce naturellement. Il y a quelque chose d’imparable là-dedans : plus on s’attache à ce que l’enfant s’implique dans quelque chose, plus il le rejette…

 

Y. J. : Éduquer ou, plutôt, être parent, c’est donc « ne pas s’attacher » ?

Jon Kabat-Zinn : Le premier message que nous essayons de délivrer dans notre livre est le suivant : vous qui êtes parents, essayez de voir vos enfants tels qu’ils sont, eux-mêmes, et non pas à travers le filtre de vos attentes, de vos envies, de vos espoirs et de vos peurs. Pour cela, commencez par respirer avec eux, ressentir avec eux, percevoir avec eux… C’est un énorme travail de s’extraire de notre propre carcan, de notre propre illusion. Comme en yoga, il s’agit bien d’une forme de détachement. Il y a, d’après moi, trois étapes-clés dans ce travail : un, reconnaître la vraie nature de son enfant ; deux, être en empathie avec lui, c’est-a-dire entrer en résonance avec les émotions et le monde qui l’habite ; trois, accepter.

 

Y. J. : Accepter l’enfant tel qu’il est c’est, peut-être, l’étape la plus difficile pour les parents… Comment y parvenir ?

M. K-Z. : Ce travail ne peut s’opérer que si la personne réalise un travail global sur elle-même. Il ne s’agit pas seulement d’accepter la nature de son enfant, mais d’être dans une acceptation totale de la vie lorsqu’elle ne se déroule pas comme on le souhaite. Cela arrive parfois, et même souvent, d’être frustré par la tournure que prennent les choses dans la vie. C’est normal et même impossible à contrôler. En revanche, s’en- fermer sur soi-même et ruminer devient nocif. Avec l’approche de la pleine conscience, on arrive plus facilement à tenir ces choses à distance. On quitte l’emprise d’une colère ruminée et on a alors la liberté de choisir sa propre réaction. Parfois, on choisit de laisser la colère retomber et la situation s’apaiser d’elle-même. Ce n’est pas un échec ou une paresse, c’est un choix, celui d’accepter en toute liberté et en pleine conscience.

 

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