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Faites entrer la sagesse du yoga dans votre vie

Le yoga se prolonge bien au-delà des âsanas. Les sûtras nous permettent d’apprécier chaque instant de la vie, même le plus chaotique, en nous reliant à notre force intérieure.

C’était une de ces soirées où mon mari était sorti. Deux de nos trois enfants étaient enrhumés, je devais terminer un travail pour le lendemain matin et l’un des chiens avait déchiqueté et disséminé le contenu d’une couche sale dans toute la pièce. Toute la pièce. La coupe allait bientôt être pleine à ras bord et deux options s’offraient à moi : la crise de nerfs – crier sur les chiens, maudire mon mari pour son absence et m’agiter dans toute la maison en me demandant pourquoi tout arrivait en même temps – ou m’appuyer sur les outils du Yoga-Sûtra de Patañjali pour accepter la situation avec toute la grâce dont j’étais capable et identifier un moyen de la surmonter du mieux possible. J’ai choisi la deuxième option et ai finalement réussi à en rire un peu, à mettre les chiens dehors et à nettoyer les dégâts. J’ai alors pris conscience que c’était la raison pour laquelle je pratiquais le yoga.

L’un des enseignements les plus précieux de mon professeur, feu T. K. V. Desikachar, est que l’on trouve la vraie valeur du yoga en l’appliquant dans notre vie quotidienne, notamment dans les moments chaotiques. Le Yoga-Sûtra de Patañjali, souvent considéré comme le texte de référence du yoga, ne propose pas uniquement des moments de contemplation. Les sûtras sont là pour être expérimentés, mis en pratique au travail, dans notre vie quotidienne, dans nos rôles de parent, de conjoint et d’ami.

Le Yoga-Sûtra expliqué

Cet ancien texte sert traditionnellement de guide pour affiner l’esprit et permettre d’atteindre un niveau de concentration et d’attention maximal. Cette concentration permet d’améliorer sa perception et d’accéder à la connaissance du Soi, ce qui revient en définitive à se libérer de ses souffrances. On pense que ces 195 aphorismes ont été compilés au IVe siècle après J.-C. par Patañjali, auteur auxquels les sanskritistes attribuent également l’écriture de textes sur la médecine ayurvédique et la grammaire sanskrite. On sait très peu de choses sur l’homme qu’était Patañjali. En fait, on ne sait pas vraiment si le nom Patañjali fait référence à une personne ou à un courant de pensée. Même si l’on dispose de très peu d’informations sur son auteur, le Yoga-Sûtra et ses enseignements ont encore une résonance aujourd’hui.

Les 195 sûtras sont répartis dans quatre livres, ou pâda, qui couvrent quatre grandes thématiques : la nature du yoga (samâdhi pâda), la manière d’atteindre un état de yoga (sâdhana pâda), les bénéfices de la pratique du yoga (vibhûti pâda) et la libération des souffrances (kaivalya pâda), qui est l’objectif ultime et le résultat d’une pratique régulière. Le mot sûtra provient de la même racine que le mot « suture », chaque concept étant compact et discret mais relié à d’autres ; ils représentent un tissu de significations très diverses.

Bien qu’ils ne soient composés que de quelques mots, les versets sont riches de signification et de profondeur. Ainsi, l’étudiant le plus avancé peut encore découvrir de nouvelles interprétations après des années d’études. Chaque mot soigneusement choisi revêt des significations et connotations précises, c’est pourquoi il est préférable d’apprendre auprès d’un acarya (« celui qui avance sur le chemin »), un professeur expérimenté qui peut vous aider à apprécier les subtilités du texte et à relier son sens à votre vie.

Même si Patañjali s’intéressait surtout à calmer, canaliser et affiner l’esprit, la récompense ultime de la mise en pratique des sûtras est de se sentir mieux à tous les niveaux. Lorsque notre esprit est moins agité, nous ressentons moins d’anxiété et nous dormons mieux. Lorsque notre perception est plus claire, notre confiance est renforcée car nous faisons moins d’erreurs. Nos relations deviennent plus satisfaisantes du fait d’une meilleure connaissance de nous-mêmes qui nous incite à nous connecter aux autres. En étant plus à l’écoute de nos propres besoins, nous pouvons mieux prendre soin de nous-mêmes : manger plus sainement, décrocher un nouveau travail ou dormir suffisamment, par exemple.

Certes, la mise en pratique des sûtras en dehors du tapis de yoga peut s’avérer particulièrement difficile, mais le jeu en vaut la chandelle. Les huit sûtras décrits dans les pages suivantes vous permettront d’avoir un bref aperçu du pouvoir des principes simples mais fondamentaux de Patañjali ; ils peuvent littéralement transformer votre vie quotidienne.
Considérez-les comme des outils dont l’approche et la mise en pratique sont si universelles que chacun peut les utiliser pour sa propre existence, quelles que soient ses origines, ses expériences ou ses croyances. Si vous n’avez jamais abordé le Yoga-Sûtra, ces huit aphorismes constitueront une porte d’entrée idéale et vous donneront peut-être envie d’en savoir davantage.

Pratiquer

I.14 sa tu dirgha-kala-nairantarya-satkara-adara-asevita drdha-bhumih

« Pour acquérir des bases solides dans notre pratique, nous devons pratiquer pendant longtemps, sans interruption, avec foi et enthousiasme, et dans une attitude de dévotion. »

À chaque fois que vous vous engagez dans quelque chose de nouveau – une relation, un travail ou une formation –, Patañjali vous recommande de prendre en compte l’effort qui devra être fourni. Vous devez établir les bases à partir desquelles vous souhaitez vous développer. Devenir parent, lancer une entreprise, étudier le piano ou apprendre l’escalade, quelle que soit l’activité, si vous l’abordez avec les attitudes décrites dans ce sûtra vous en retirerez plus de joie et vous bâtirez des bases solides pour l’avenir.
La première directive de Patañjali est dirgha-kala, ou « période prolongée ». En d’autres termes, ce que vous entreprenez ne peut se réaliser du jour au lendemain. Vous devez vous engager dans le temps pour obtenir des résultats durables qui vous satisferont. Nairantarya, la directive suivante (« de façon ininterrompue »), concerne votre engagement continu envers le processus choisi. Vos efforts doivent être sincères : des efforts irréguliers ne vous aideront pas à atteindre votre objectif. C’est comme essayer d’apprendre à jouer du piano sans être assidu ou de perdre du poids sans adopter une alimentation équilibrée.

Satkara, la troisième directive, signifie « croire en ce que l’on fait ». Si vous abordez une tâche avec incertitude, ou en pensant que vos efforts seront vains, vous vous préparez à être déçu. Selon Patañjali, si vous croyez en ce que vous faites, vos efforts auront un plus grand impact. Si vous militez en faveur de la qualité de l’air, par exemple, vous devez croire en votre cause pour obtenir le soutien des autres et parvenir à conserver votre élan et votre enthousiasme.

Adara fait référence à votre motivation. Quels que soient vos objectifs, Patañjali vous conseille, dans une certaine mesure, de vous réjouir de la tâche à accomplir. Même si la tâche est difficile ou fatigante, on peut toujours trouver de la joie et de la satisfaction dans l’effort si l’on sait qu’il en ressortira quelque chose de positif. Adara est important, car sans lui nous sommes sujets à l’épuisement ou au découragement.

Enfin, Patañjali mentionne asevita, qui signifie que l’on doit aborder chaque initiative en adoptant une attitude de dévotion. « Comment puis-je servir mon travail au mieux ? Mon partenaire ? Cette pratique ? » En tant que parent, vous pouvez y parvenir en veillant à vous reposer suffisamment, à prendre du temps pour vous et à manger sainement de façon à offrir le meilleur de vous-même à vos enfants. Cela peut consister à profiter d’une bonne nuit de sommeil avant une présentation importante au travail ou, simplement, à appréhender votre travail – qu’il s’agisse d’un emploi bénévole dans une ONG ou d’un poste de direction dans une multinationale – de manière positive.

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°10

© photo L.Piovesan / modèle Adriano Nogueira stage au Domaine du Taillé

Prochain stage avec Adriano du 25 au 28 mai 2017 

Très belle journée,

Namaste

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