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Interview de Christian PISANO

Christian Pisano est l’une des rares personnes au monde à avoir reçu un certificat de senior avancé remis par B.K.S. Iyengar. Éminent représentant de cette pratique en France, il a ouvert à Nice l’Institut de Yoga Iyengar et nous parle de son parcours et de ses écrits.

Comment s’est déroulée votre découverte du yoga et de B.K.S. Iyengar ?

J’ai commencé le yoga lorsque j’avais 16 ans puis me suis rapidement aidé du livre Lumière sur le yoga de Shri B.K.S. Iyengar. Mais je ne l’ai rencontré qu’au cours de mon troisième voyage en Inde. Bien que cela faisait des années que je pratiquais avec ce livre, je ne savais pas du tout où vivait B.K.S. Iyengar ou s’il était encore vivant. C’est par hasard, lorsque j’étais à Lonavla (proche de Pune), à l’institut Kaivalyadhama, que j’ai découvert qu’il vivait et enseignait à Pune. Je m’y suis donc rendu et l’on m’a dit que l’on ne pouvait m’accepter car je n’avais pas écrit ou réservé auparavant. Je lui ai donc écrit en lui envoyant mes photos de posture et en lui demandant de m’accepter comme étudiant. Il m’a répondu rapidement en me disant de venir. J’ai donc été à Pune où je suis resté quatre années pour étudier. Après mon retour en France j’y suis retourné annuellement pour continuer mon apprentissage.

Pourquoi, en tant que professeur de yoga reconnu, avoir écrit plusieurs ouvrages ? Souhaitez-vous transmettre l’enseignement par écrit en quelque sorte ?

J’ai toujours eu une fascination pour les mots, la parole. En sanskrit la parole est appelée Vac. Dans le Veda c’est une déesse tout aussi importante qu’Agni et Soma. Par la suite, elle a été assimilée à la déesse Sarasvati (celle qui coule). C’est Vac qui permet l’articulation du sacrifice au travers des mantras.

Couchée par écrit, la parole est bien plus que la parole ; l’impulsion de Conscience (sphota) derrière les mots me remplit d’une grande joie.
Je voulais au travers de ce livre replacer les pratiques du yoga – à savoir āsana, prānāyāma, bandha, mudrā, bhāvana – dans leur contexte qui est le yoga, ne serait-ce que pour ma propre clarification. Selon ma compréhension qui est très limitée, le yoga n’est intéressé que par une seule chose : l’évidence de la spontanéité de la Conscience indifférenciée qui ne dépend d’aucune pratique. Qui suis-je avant de me définir ?

C’est l’essai, maladroit peut-être, de désengager la pratique du yoga contemporain de son obsession posturale liée au bien-être et autres pilules miracles, et de la placer dans un plus vaste horizon.

Mon cœur a été profondément touché par deux traditions : celle de mon guru en Yoga Shri B.K.S. Iyengar et le shivaïsme non-duel du Cachemire.
Certains, après avoir lu mon livre, diront que cela n’a rien à voir avec le Yoga Iyengar et ils auront raison ; d’autres s’exclameront que cela n’a rien à voir avec le shivaïsme cachemirien, et eux aussi auront raison. L’inclination de mon cœur a détourné sans regret ces deux courants pour en faire ma propre cuisine que je savoure allègrement, avec délectation.
Si cela peut inspirer le lecteur vers la propre inclination de sa présence, alléluia !

Pour répondre à la deuxième partie de votre question, je ne crois pas que l’essentiel du yoga puisse être transmis, que ce soit par écrit ou oralement. On peut transmettre des techniques, des concepts mais l’évidence de notre propre nature ne peut être transmise par quiconque, puisque nous sommes déjà cette évidence. On peut pressentir un souffle qui est plus un merveilleux étonnement qui ne peut être jamais capturé, ni organisé.

« Où est l’inclination, là est le précepte ; où elle n’est pas, là l’interdiction. Pour nous qui considérons les traités comme un simple épanchement du Cœur, voilà la discrimination. »

Maheshvarananda Maharthamanjari

Actuellement épuisé, Le désert de Thar de Christian Pisano sera réédité en avril 2016 par les éditions Almora.

Dossier complet sur le Yoga Iyengar, l’éthique de la posture, à retrouver dans votre Yoga Journal N°6
Très belle journée, Namasté

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