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Interview de Cléa : entre simplicité et Saveurs

Par Anne PIOVESAN, chroniqueuse culinaire et créatrice de goûts

Selon Paul Gauguin, « cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un cœur large ». Une philosophie qui s’accorde pleinement avec celle de Cléa, alias Claire Chapoutout, qui est devenue en quelques années la référence bio de la blogosphère culinaire. Ces ouvrages sont de véritables hymnes à l’inventivité gastronomique. Des recettes créatives et gourmandes pour tous, et pour tous les instants de la journée. Douceur, sincérité, humilité voilà les mots qui illuminent cette délicieuse rencontre avec Cléa.

Parlez-moi de vos souvenirs d’enfance très en lien avec la cuisine ?

Le mercredi après-midi, j’accompagnais ma maman dans une ferme qui pratiquait la vente directe de fruits et légumes. Je me souviens de l’odeur de terre de l’entrepôt et des piles de cageots… Nous remplissions une cagette pleine et nous rentrions à la maison en discutant de ce que nous en ferions. Le mercredi soir, il fallait cuisiner e priorité ce qui allait se gâcher le plus vite : souvent des feuilles vertes, comme les blettes ou les épinards, que l’on cuisinait tout simplement en les accommodant avec une bonne sauce béchamel..

Je suis stupéfaite par votre créativité sans cesse renouveler, ou trouvez-vous toute cette inspiration ?

Je suis une grande lectrice de blogs, livres et (dans une moindre mesure) de magazines de cuisine, notamment anglo-saxons. Tout cela me permet de baigner dans un univers en perpétuel renouvellement créatif, et me donne plus d’idées que je n’ai de repas pour toutes les tester !  Les recettes sont en constante évolution, mouvement. Et, il faut changer de « cerveau culinaire » régulièrement. Je suis aussi inspirée par ce qui me tombe sous la main : les légumes de saison sont ma principale source d’inspiration, et je craque dès qu’arrive enfin la saison de la rhubarbe ou des coings (parmi les plus éphémères).

Vous avez vécu au Japon. Qu’avez-vous gardé de ces années ?

Le Japon est resté mon pays de cœur, je suis restée très inspirée par ce pays et cette culture. J’y retourne à chaque fois que l’occasion se présente et je m’y sens vraiment comme un poisson dans l’eau. Au quotidien, j’espère en avoir gardé un certain respect de l’autre et de sa différence, et quelques habitudes qui ont imprégné mon mode de vie : laisser ses chaussures (et la pollution de l’extérieur, dans tous les sens du terme) à l’entrée de la maison, dîner tôt, rendre gloire à la beauté des petites choses et des petits instants. En cuisine, il m’en est resté l’habitude d’assaisonner mes plats avec du miso, des algues marinées et de la sauce de soja, de manger dans un grand bol plutôt que dans une assiette plate, et une bonne dextérité aux baguettes !

Pourquoi le choix d’une nourriture locale et de saison 

J’ai eu la chance de grandir dans une famille où on a rapidement eu conscience de l’intérêt de manger bio. J’ai donc été guidé dans ce choix, j’ai grandi avec l’idée que se nourrir sainement permettait de respecter sa santé et son corps, et que nos choix de consommation avaient des impacts écologiques. Nous avons toujours consommé local, frais et de saison. Une cuisine simple et généreuse. Le bio est venu s’ajouter à la liste tout naturellement.  Enfant, ce goût pour la cuisine était déjà très présent. J’avais un livre que j’aimais particulièrement, « Les petits cuisiniers de l’Unicef », avec des recettes d’enfants du monde entier.  J’adorais faire le gâteau à l’orange et le pudding meringué à la confiture de fraise. Et, mon grand plaisir était de confectionner à chaque fois de nouvelles recettes. Etais-ce là les prémices de mon blog ?

Le goût, le plaisir des sens et l’esthétique sont-ils pour vous le meilleur moyen d’initier les sceptiques à découvrir que l’on peut faire de la gastronomie avec des produits bio ? 

Oui. Mais je ne cherche pas à convaincre les personnes qui sont fermées au bio. Je ne fais aucun prosélytisme. Je préfère faire découvrir ce que j’aime, avec les valeurs qui m’animent par la plus petite porte, et le plus naturellement possible. J’ai remarqué que les gens étaient plus réceptifs quand ils ont eux mêmes décidé d’être acteur de ce changement. Pour les autres, rien n’est perdu : de nombreux auteurs culinaires dont je fais partie prennent du plaisir à démontrer que le bio peut être beau, gourmand et accessible à tous. Le message est lancé !

Avez-vous des produits cultes ? 

Cultes, peut-être pas, mais fétiches, incontestablement. Le citron (pour son jus, dans de l’eau tiède au saut du lit, ou en zeste dans les desserts), la chicorée (à boire ou à glisser dans les entremets), l’avoine (en farine ou en flocons), l’épeautre (comme alternative au blé), le riz (basmati à l’indienne, farine de riz, sushis…), les algues (en tartare bien frais ou en version feuille d’algue nori pour rouler les sushis ou parsemer les plats), le miso (pour les tartines, les pâtés végétaux et les sauces), la sauce de soja (comme alternative au sel), l’avocat (le meilleur des « petits-dèjs » avec un peu de tartare d’algues), les purées d’oléagineux (amande ou cajou pour cuisiner, noisette ou tournesol pour le plaisir), les laits végétaux (soja vanille pour les yaourts maison, et l’amande pour les desserts.

Quelle est la recette dont vous être particulièrement fière ? 

Je cuisine pour répondre à l’envie du moment, et c’est quand celle-ci est satisfaite que je suis heureuse. Je n’en tire pas forcément de fierté autre que celle de faire plaisir aux autres ou à moi-même. Cependant, je suis vraiment contente lorsque mes lecteurs s’approprient l’une de mes recettes sans en changer le moindre gramme : cela veut dire qu’elle est 100% fiable !

Quel est votre dessert fétiche ? 

Un bon crumble aux fruits acidulés (abricot, rhubarbe, framboise…) avec une croûte croustillante et fondante. Pour celle-ci, je mélange joyeusement tous mes ingrédients fétiches : purée d’oléagineux (noisette ou amande), sucre complet, flocons d’avoine, farine de riz… et j’ajoute une pointe de cannelle, de vanille ou de cardamome.

Vous pratiquez le yoga n’est-ce pas ? nourrir sainement son corps et son esprit, c’est important pour vous ?
L’un et l’autre sont indissociables. Il ne me viendrait pas à l’idée de ne pas accorder à mon corps la possibilité de s’exprimer, de se délier et de conserver sa souplesse. Il en va de même pour l’esprit ! Je trouve que la cuisine bio et végétarienne est vraiment en cohérence avec tout cela.
Dossier complet avec la recette de Cléa à retrouver dans votre Yoga Journal N°3

 

Anne PIOVESAN blog : www.dejeunerssurlherbe.com

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