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Interview en-dehors du tapis INNA MODJA

Interview par : Lionel PIOVESAN
Photos : L.Piovesan

Renaître de ses cendres

Inna MODJA, malienne est arrivée en France à l’âge de 19 ans après avoir subi dans sa tendre enfance les affres de l’excision. Auteure-interprète elle s’est reconstruite psychologiquement grâce au yoga avant d’entamer une réparation physique et morale. Rencontre avec une personnalité engagée.

Yoga Journal : En sanskrit le mot « yoga » vient de la racine « yug » qui signifie unir, union qui par extension permet de se relier à soi-même, comment définiriez-vous cette relation à vous-même ?

Inna Modja : J’essaye d’être assez introspective et d’avoir un regard sur les différentes facettes qui composent ma personnalité. Je crois sincèrement que nous sommes un ensemble de plusieurs choses, et il me semble important de respecter ces différentes parties de moi-même pour vivre en harmonie. Par exemple j’accepte mon côté solaire comme j’accepte ma part d’ombre et je fais en sorte qu’elles coexistent en harmonie. J’essaye aussi de m’aimer telle que je suis, de m’encourager et de pardonner les erreurs que je peux faire. En restant toujours à l’écoute de mes ressentis.

YJ : Vous avez été excisée à l’âge de 4 ans et demi, comment avez-vous fait pour surmonter cette épreuve ?

Inna Modja : Commencer sa vie avec ça, ce n’est vraiment pas facile pour une petite fille. Ce n’est pas juste physique. L’excision a été réalisée à l’insu de mes parents, par une sœur de ma grand-mère. Nous sommes 5 filles dans la famille et nous avons toutes été excisées à l’insu de mes parents, à chaque fois par un membre différent de la famille. A 4 ans et demi, on m’a ôté non seulement une partie de mon corps mais aussi une grande partie de ma liberté. On a brouillé la perception de ma place dans le monde. A l’adolescence il a fallu que je gère cette cicatrice, alors que mon corps s’éveillait, que je devenais femme. J’ai essayé de surmonter ce poids là avec le plus d’indulgence possible. Puis j’ai décidé de me faire opérer afin de réparer l’excision. Cela m’a permis d’être à nouveau en harmonie avec moi-même et de retrouver la paix intérieure que j’avais perdue.

YJ : Dans la reconstruction de vous-même quel rôle a joué le yoga ?

I.M. : Avant de me reconstruire physiquement, j’ai eu besoin de me reconstruire psychologiquement, en faisant un travail sur moi-même. Je fais du yoga depuis plus de 10 ans et le yoga m’a beaucoup aidé à me reconstruire psychologiquement. J’en ai eu besoin dans ma vie de femme, qui avait commencé de façon chaotique. Cela m’a beaucoup aidé à m’accepter tel que je suis et à accepter de ne pas être parfaite. Je pense que l’on se met trop de pression à vouloir accéder à la perfection. Nous sommes tous unique et je crois que c’est ca qu’il faut valoriser.

YJ : Aujourd’hui, vous pratiquez minimum quinze minutes de yoga quotidiennement, qu’est-ce que cela vous apporte ?

I.M. : Quand on est étrangère dans un pays, on a besoin de se reconnecter à soi-même pour ne pas se perdre. Le yoga est important pour ça. En Afrique c’est un autre rythme, c’est beaucoup plus calme qu’ici. Ma culture n’est pas d’ici et même si c’est très excitant de découvrir une autre culture, ce n’est pas facile car tu dois sans arrêt prendre tes marques. Pour moi le yoga c’est plus qu’une pratique c’est une philosophie de vie, très proche de celle que j’ai connu dans ma famille. On y pratique la bienveillance et la tolérance. Je pratique plus intensément quand je sens que le m’éparpille. Ça me permet de m’ancrer, de revenir à qui je suis et à savoir ce que je veux.

Interview complète à retrouver dans Yoga Journal N°4

 

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