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Interview en-dehors du tapis : Laurent Gounelle

Laurent GOUNELLE
Par : Lionel PIOVESAN
Photo : Zoé GARDEUR

« Le yoga est pour moi une forme de méditation du corps »

Laurent Gounelle, romancier a rencontré le succès après la quarantaine, sans le vivre comme une crise. Misanthrope et fier de l’être à l’adolescence, c’est grâce à ses lectures et à ses recherches qu’il a appris à mieux se connaître et à s’apprécier pour s’ouvrir aux autres.

Yoga Journal : Laurent, si on vous dit que yoga signifie unir, et que cela permet de se relier à soi-même, aux autres et au monde qui nous entoure, comment définiriez-vous votre relation avec vous-même ?

Laurent GOUNELLE : C’est intéressant et très pertinent, ça me parle beaucoup. Parce que nous pouvons avoir au sein d’une même personne différentes parties qui se retrouvent en conflits, tiraillés entre des envies contraires. Une évolution intéressante pour moi est d’aller vers une forme d’union, c’est à dire une réconciliation entre les différentes parties de soi-même, ce qui passe par une forme d’acceptation. Nous pouvons avoir à lutter contre certains désirs, que l’on peut juger comme étant non conforme et dérangeants. Pour moi la première phase d’acceptation est de reconnaître ses désirs. Ce qui ne veut pas dire faire tout et n’importe quoi selon ses désirs.

Pourriez-vous nous donner un exemple concret de ces désirs qui sont parfois un peu difficiles à accepter ?

LG : Je vais vous donner un exemple, imaginez qu’une partie de vous a envie de manger du chocolat, donc lutter contre cette envie semble vain. Il me semble mieux de l’accepter, comme une réconciliation avec soi-même. Et à partir de ce moment, s’octroyer quelques instants, avant de passer à l’acte,  pour s’assurer que c’est bien ce dont on a envie profondément. Être à l’écoute de soi-même, peut nous permettre de réaliser que finalement ce dont on a envie c’est d’avoir du plaisir.

Cela m’amène une question, quel est le rapport que vous entretenez à l’alimentation ?

LG : Je crois que je suis ce que je mange. Les cellules de mon corps se renouvellent en permanence. Donc à un moment la nourriture que j’ingère devient une partie de moi-même. Ça m’amène à prendre des décisions par rapport à mon alimentation. Une de ces décisions est de manger Bio, déjà parce que je n’ai pas envie d’avaler des pesticides, mais aussi pour que mes actes avec la nourriture soient en lien avec ma vision de la vie. Le fait de consommer des aliments industriels issus d’une production intensive, participe à la destruction de la Biosphère et je ne veux pas être complice de cela. Je ne veux pas perturber l’équilibre du monde.

Nous partageons ces valeurs chez Yoga Journal. J’ai lu que vous étiez quelqu’un de timide, cela a-t-il généré chez vous un besoin de rééquilibrage ?

LG : D’abord, j’avais une timidité qui était vraiment maladive. Cela s’explique par mon enfance, je suis rentré à l’école à l’âge de 6 ans et là j’ai compris que les autres enfants étaient à l’aise entre eux, ce qui n’était pas du tout mon cas. Et donc j’évitais soigneusement les relations, car j’étais très mal à l’aise avec les autres enfants. J’ai eu très peu d’amis jusqu’à l’âge de 20 ans. Pour palier à cela j’ai commencé à me former intellectuellement par des lectures, afin de comprendre comment je fonctionnais et comment fonctionnaient les autres.

YJ : Ce qui nous mène à notre seconde question, quelle est votre relations aux autres ?

LG : Il consiste en une évolution assez flagrante, je suis parti d’un point de départ à l’adolescence où je ne m’aimais pas et je n’aimais pas les autres. Je me définissais volontiers comment étant misanthrope à l’époque et j’en tirais même une certaine fierté. Alors qu’en fait c’était un mécanisme de protection car les autres me faisaient peur.

YJ : Et étiez-vous persécuté par les autres ?

LG : Non pas du tout, je dirais que j’étais ignoré. Comme j’étais beaucoup dans la peur à l’époque, je me protégeais, je m’isolais beaucoup, je m’arrangeais pour passer inaperçu. Du coup, je n’étais pas embêté.

YJ : Vous faites vos recherches en quoi cela a-t-il généré une évolution dans vos relations humaines ?

LG : à partir du moment où j’ai commencé à me comprendre et à m’apprécier et à comprendre les autres, ça a été une révélation, j’ai commencé à aimer les autres et vouloir être aimé d’eux. J’ai même développé des traits de caractères basés sur la séduction. Partout où j’allais, j’éprouvais le besoin que les gens posent un regard  favorable sur moi. J’ai développé des compétences en communication pour créer la relation et pour que l’autre s’intéresse à moi, j’avais besoin de ça !

YJ : Et qu’est-ce que cela a engendré dans votre vie professionnelle et sentimentale ?

LG : A l’âge de 23 ans j’étais chargé d’étude financière dans une grosse société mais isolé des autres employés. J’ai compris que ce n’était pas ma nature profonde suite a une dépression sérieuse. J’avais perdu 10 kilos. Je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie, car je n’aimais pas ce que je faisais et donc comme je ne réussissais pas, j’étais malheureux. J’ai alors décidé de faire de ma passion mon métier. En faisant le deuil de ce qui était valorisé socialement dans ma famille. Et à 31 ans, après avoir changé de métier, j’ai rencontré ma femme. A la fin de ma période de séduction.

YJ : Racontez-nous la genèse de ce premier roman ?

J’avais passé plusieurs mois à Bali en 1995. C’était une formation en psychologie cognitive animée par des canadiens. Ce roman est une histoire simple, une petite parabole. Pour ce qui est de la figure du maître, c’est un personnage imaginaire, même si la sagesse de cette personne est une synthèse d’un certain nombre d’enseignements que j’ai moi-même reçu de différents sages, philosophes et formateurs que j’ai croisé. J’ai rencontré à Bali un guérisseur qui m’a inspiré pour la définition physique du personnage.

YJ : Comment s’est passée la tournée des maisons d’éditions ? C’est souvent un parcours du combattant.

J’ai eu beaucoup de chance, j’ai téléphoné à Anne Carrière, qui avait publié Paulo Coelho. Elle m’a rappelé et je lui ai dis que j’avais écrit un livre sur un sujet qui devrait l’intéresser car il était sur le développement personnel. Elle m’a coupé en me disant que ça ne l’intéressait pas du tout, mais qu’elle avait été touchée par le livre de Coelho. Je lui ai dis dans ce cas « laissez-vous une chance d’être touchée par mon manuscrit ». Ce qui a été le cas, puisque deux semaines après elle m’invitait à déjeuner.

YJ : Arrêtez-vous à ce moment-là votre métier ?

Pas tout de suite, c’est seulement après le succès de « l’homme qui voyage incognito ». J’ai eu la grande chance de rencontrer le succès dés mon premier livre et c’est avec le second que j’ai décidé de me consacrer entièrement à l’écriture.

Quelle est la relation que vous entretenez au monde qui vous entoure ?

Pour moi il y a plusieurs dimensions intérieures à l’être humain, une horizontale avec l’amour et la fraternité et une verticale avec la transcendance et la spiritualité. Il me semble indispensable de préserver mon intériorité, je vis sans télévision depuis 1989, je m’accorde du temps, pour être seul avec moi-même sans rien avoir à faire, en silence, dans le calme. Je m’accorde de l’espace pour nourrir mon intériorité. Sur internet je peux trier l’information très facilement. J’ai aussi pleinement conscience de ce que mes paroles et mes actes induisent dans le monde. Cela développe en moi un grand sens des responsabilités et parfois même une culpabilité. Je me sens interconnecté au monde par mes actions et je choisis mes actes et mes paroles en conscience par rapport à ce que ça va induire. Avant je n’avais aucune conscience écologique j’allais en vacances à l’autre bout du monde, maintenant je vais en vacances en Bourgogne…

Qu’est-ce qui nourrit votre écriture ?

Je continue à lire énormément à la fois des essais et des romans. Une de mes craintes c’était de moins savourer la lecture en connaissant les ficelles du métier et par chance pas du tout. J’ai toujours le même plaisir mais peut-être même davantage car maintenant je sais tout le travail qu’il y a derrière.

Quelle est votre relation au Yoga et qu’est-ce qui vous attire dans notre discipline ?

Ce qui m’a attiré dans le yoga, je parle en tant que néophyte, c’est que pour moi le yoga est une forme de méditation du corps. Je suis très aérien, dans mes rêves. J’ai très peu d’énergie physique, je n’ai jamais pratiqué de sports plus jeunes ou très peu. En même temps un être humain a besoin d’être équilibré. Moi j’ai besoin d’apprendre à m’ancrer dans mon corps. Et pour moi le yoga, cela permet d’avoir un équilibre physique, de s’ancrer dans le corps. L’intelligence du corps étant une intelligence essentielle. Et puis au-delà de ça il y a un aspect santé, c’est vraiment important de pratiquer une activité qui permet de se mouvoir en harmonie.

Livre que nous vous conseillons : « L’homme qui voulait être heureux »

 

Interview complète à retrouver dans Yoga Journal N°2

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