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KŪRMĀSANA, La posture de la Tortue

KŪRMĀSANA, La posture de la Tortue

L’éclairage de Boris Tatzky

La posture (âsana) vous est présentée dans un contexte traditionnel, avec, lorsque cela est possible, sa référence dans les textes fondateurs du Hatha-Yoga. Ce dernier, selon son étymologie, est un yoga de l’énergie vitale (la syllabe HA symbolise l’énergie du Soleil et la syllabe THA, l’énergie de la Lune, toutes deux représentant les polarités présentes en chacun de nous). La posture de la Tortue sera éclairée par la symbolique qui lui correspond et illustrée par trois degrés progressifs de réalisation, permettant à chacun, selon ses aptitudes, de s’ajuster dans cette posture. Chaque degré postural est accompagné d’un contrôle spécifique de la respiration, d’une concentration dans un « Chakra » (centre de l’énergie vitale) et d’une méditation caractéristique. Attention, il n’ya pas de hiérarchie entre les trois degrés de la pratique. La réalisation du troisième degré n’est pas « supérieure » au premier. Il s’agit pour chacun d’effectuer l’âsana le plus ajusté à ses possibilités dans l’instant présent. La pratique devient ainsi une école de discernement et de connaissance de soi.

Les postures du Hatha-Yoga ne sont pas que des exercices physiques mais également une implication de toutes les facultés de l’être rassemblées vers un état d’unité.

La symbolique : La tortue est citée dans ces textes fondamentaux en tant que symbole emblématique du Hatha-Yoga. De manière analogue à ce que souhaite un yogi, la tortue a développé plusieurs facultés qui sont essentielles dans la pratique du yoga. Elle peut, à volonté, s’intérioriser ou retourner dans le monde. Elle possède une bonne capacité de longévité. Elle fait preuve (ainsi que nous le montre la fable de Jean de Lafontaine, le lièvre et la tortue) d’une détermination et d’une persévérance dans l’effort pouvant mener au succès de toute entreprise. Elle représente, également, la force de stabilité qui permet de soutenir l’équilibre de notre Univers (intérieur et extérieur). D’autre part, dans la mythologie des avatars de Vishnu, elle est la seconde incarnation qui, par sa présence stable, soutient le monde et permet de retirer les trésors qui étaient enfouis dans l’océan de lait.

La technique :

Tortue Visuel

Le premier degré : s’intérioriser.

Assis sur le sol, replier les jambes devant soi et ouvrir les genoux en plaçant les plantes des pieds l’une contre l’autre. La distance entre le bassin et les talons correspond à environ une longueur d’avant-bras. Les mains attrapent les chevilles et exercent une traction en même temps que l’avant des ischions repousse le sol vers l’arrière, de manière à basculer le bassin en avant et à étirer le dos. Si le bassin ne bascule pas assez, reculer les ischions. Glisser les poignets sous les chevilles et saisir les cous-de-pied avec les mains. Descendre les coudes vers le sol. Continuer de laisser le buste se relâcher et la tête venir, sans forcer, vers les pieds. Respirer doucement et régulièrement en maintenant la concentration dans le volume global du corps. Apprécier l’état d’intériorité qui se réalise ainsi.

Tortue Visuel

Le second degré : se recentrer.

À partir de la réalisation du premier degré, relever le buste et écarter les pieds de la largeur du bassin, genoux ouverts sur les côtés.

Étirer le dos comme précédemment et glisser les bras en arrière, l’un après l’autre, sous les cuisses. Les dos des mains se portent de chaque côté des fessiers, les paumes tournées vers le haut. Les épaules s’enroulent davantage en-avant, le front, autant que possible, descendu vers le sol, Recentrer son attention dans le contrôle du souffle. Inspirer en ressentant tout le dos qui est arrondi comme la carapace d’une tortue. Expirer en concentrant l’énergie du souffle derrière le nombril, qui correspond à l’espace de notre corps liée au centre d’énergie influençant notre vitalité, le chakra dénommé dénommé Manipûra Chakra. Si cela est commode, maintenir ainsi la posture pendant au moins huit respirations consécutives.

Tortue Visuel 3

Le troisième degré : se déployer.

Dans la continuité du second degré, pour se déployer dans la posture et intensifier les effets, écarter davantage les pieds et étendre complètement les jambes. Allonger également les bras en maintenant les coudes sous les genoux, les dos des mains demeurent en contact avec le sol. Pousser le bassin en arrière afin de pouvoir relâcher davantage le buste vers l’avant et poser le front au sol. Attention, conserver le menton rentré vers la gorge et la nuque étirée. Le contrôle du souffle ira dans le sens de l’éveil de l’énergie vitale dans la colonne vertébrale. Ainsi chaque inspiration sera accompagnée d’une concentration passant par l’avant du corps et allant du sommet de la tête jusqu’à l’espace intérieur du nombril. Pendant la suspension du souffle après l’inspiration, maintenir l’attention dans cet espace intérieur ombilical (Manipûra Chakra) tout en resserrant et rétractant les sphincters et le périnée (Mûla-bandha, la fixation de la racine). Chaque expiration se pratiquera en conservant le Mûla-bandha et en remontant mentalement dans la colonne vertébrale depuis le coccyx jusqu’au sommet de la tête, stimulant ainsi la circulation de l’énergie dans cet axe essentiel. Relâcher le Mûla-bandha avant la nouvelle inspiration. Si le corps ne proteste pas, pratiquer huit respirations consécutives.

 

Attention à bien choisir sa variante posturale. La pratique doit rester agréable, les tensions excessives sont dépourvues d’intérêt et peuvent s’avérer nuisibles. Ne pas hésiter à changer de degré en cours de pratique de la posture afin de mieux ajuster son effort qui doit être « ni trop, ni trop peu ».

 

Sortie de la posture : Commencer à dégager lentement les bras l’un après l’autre puis prendre appui sur les mains pour redresser le buste.

 

Effets majeurs :

L’intensité des effets positifs occasionnés par la posture est proportionnelle à la durée de son maintien immobile. Parmi les effets notables, on remarque :

– Le développement de l’aptitude à l’intériorité.

– Un soulagement, une sensation de « détassement » dans la région lombaire.

– Un étirement progressif de l’ensemble du dos.

– Une amélioration de la flexion des hanches.

– Un allongement de l’arrière des jambes, notamment les muscles ischio-jambiers qui ont la fâcheuse tendance à se raidir fortement au fur et à mesure du temps passé.

– Sur le plan du Prâna, notre énergie vitale, cette posture stimule la circulation de l’énergie dans les quatre membres et tonifie le Manipûra Chakra, (la roue de l’abondance des joyaux) qui est relié, entre-autres, à la fois à notre force d’action et à notre capacité digestive.

Méditation :

Découvrez l’intégralité de cet article et la méditation associée à la posture dans le Yoga Journal N°2

 

Boris TATZKY

Formateur d’enseignants de yoga depuis plus de 30 ans, Boris propose une pédagogie progressive, ajustable pour chaque personne et respectueuse des sources traditionnelles indiennes. Avec Cécile Beaudin, sa collaboratrice et également professeure de yoga, il organise des congrès qui développent plusieurs aspects fondamentaux du yoga et ouvrent à l’échange entre les grandes écoles en Europe.

www.academie-de-yoga.fr

 

 

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