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Le Kundalinî Yoga, laissez faire l’intuition

Le Kundalinî Yoga, laissez faire l’intuition 

Par Anaïs Joseph

C’est un yoga un peu à part dans le paysage des pratiques proposées en Europe. En Kundalinî, on écoute de la musique, on scande des mantras et on fait confiance aux autres et à soi-même pour trouver intuitivement le chemin de l’éveil.

« Ça chauffe, ça pétille et ça rayonne », énonce lentement Catherine Seurat-Pavard, assise en tailleur et tout de blanc vêtue. Ce dont elle parle sur fond de musique new age, c’est de quelque chose qui est en nous, une énergie lovée à la base de la colonne vertébrale et que l’on nomme Kundalinî. Sa séance vise précisément à éveiller cette énergie pour atteindre le samâdhi, la fusion avec le divin, ou encore « un état de Soi impersonnel », selon les écrits de Baba Hari Dass, un yogi ayant fait vœu de silence. Cet état ultime n’est certainement pas l’objectif des élèves venues assister au cours dans le 16e arrondissement de Paris, chez Tigre Yoga. Mais peu importe, en Kundalinî on ne cherche pas à décortiquer et à comprendre, on traverse une expérience et on fait confiance à son intuition…

La séance type pour un décollage énergétique

Dans un cours classique, l’expérience commence toujours par un chant, entonné trois fois : Ong Namo Guru Dev Namo. Aucune traduction simple n’ayant été donnée, les professeurs rapportent qu’il s’agit du lien entre « soi en tant que personnalité finie et soi en tant que flux de conscience infinie »[1].

S’ensuit un petit échauffement relayé sans même que l’on s’en aperçoive par un kriyâ, une série d’exercices physiques dont la durée et l’enchaînement ne sont pas modifiables. Se tenir dans la posture de l’arc en basculant d’avant en arrière tout en scandant un mantra pendant 3 minutes, puis aussitôt prendre la posture du demi-pont en élevant et en abaissant le bassin sur le rythme rapide d’un autre mantra, encore 3 minutes… La fatigue se fait sentir et, pour ne pas flancher, on se raccroche aux paroles de l’enseignante : « Vous avez tous les potentiels en vous, ne laissez pas votre mental ou qui que ce soit vous limiter ».

À ce stade, l’esprit rationnel se demande si, à force de « dépasser son mental », on ne risque pas de se blesser physiquement. « Tant que l’on reste à l’écoute de son âme et de son corps, il n’y a aucun risque, explique Catherine. L’élève qui ressent la pratique en profondeur saura s’arrêter si nécessaire, et non sous l’influence de son mental ». Une courte relaxation est alors bien méritée. Et pour finir, une méditation assise en chantant un mantra. À la sortie du cours, toutes les élèves font état d’une pratique qui leur semble « puissante », elles se sentent « rayonnantes », « libérées », « nouvelles »…

« Pour moi, c’est une véritable thérapie, je peux me mettre à pleurer sans même comprendre d’où ca sort et ensuite je me sens délestée », rapporte Mariana Roth, professeur de Kundalinî dans le centre parisien « Rasa ». Pratiqués sur une journée dans un atelier ou un festival, les mantras ne sont plus fredonnés, les mouvements ne sont plus contenus, le lâcher-prise devient total. C’est une scène de catharsis, un genre de transe à laquelle Mariana a participé pendant sa formation. « J’ai étudié et expérimenté mais finalement je ne peux rien expliquer, je n’y comprends rien sauf que ça marche », confie-t-elle avec une ingénuité désarmante. À écouter les pratiquants, il y a quelque chose de magique dans le Kundalinî. Donner plus d’espace aux aspects magiques de la vie était l’une des consignes de Yogi Bhajan (1929-2004), le maître de Kundalinî qui a diffusé l’enseignement de tous les kriyâs et mantras.

Être des princes et princesses

C’est dans les années 1970, aux États-Unis, que Yogi Bhajan a développé le Kundalinî Yoga comme thérapie visant à libérer les toxicomanes de l’emprise des substances nocives. Grâce à un accompagnement, des exercices physiques, une diététique et une discipline, cette méthode permet un détachement de ses habitudes de vie et une transformation intérieure. Yogi Bhajan disait l’avoir héritée d’une « chaîne d’or » constituée de maîtres et de disciples se passant des savoirs ancestraux de bouche à oreille. Concrètement, il n’y a pas de traces du Kundalinî Yoga, tel qu’on le pratique aujourd’hui, avant Yogi Bhajan. Mais ses enseignements s’inspirent de la tradition du tantra et de la religion sikhe à laquelle il adhérait. Ainsi, les mantras chantés proviennent du livre sacré des sikhs, le Siri Guru Granth Sahib, et certaines méditations, assis face à face, les yeux dans les yeux en maintenant les bras vers le haut, suggèrent des rites tantriques. Enseignant de Kundalinî à Die, dans la Drôme, Valentin Bordeaux a mené son enquête durant plusieurs années : « Il est difficile de distinguer ce que Yogi Bhajan emprunte directement à ses maîtres indiens, de ce qu’il extrait des livres du chamanisme tibétain, ou des pratiques soufies exprimées par des errants mystiques de la zone du Pendjab ».

Alliant ces courants et leur donnant une perspective teintée de sikhisme, Yogi Bhajan a réussi à créer l’alchimie d’une nouvelle pratique qu’il baptisa Kundalinî Yoga. L’une des spécificités marquantes pour un débutant est de se retrouver parmi des pratiquants tout de blanc vêtus. Une coutume commune à de nombreuses traditions, sikhe notamment. En France, les enseignants disent tour à tour que le coton blanc « élève le champ magnétique », « renvoie la lumière et son énergie », « fait rayonner celui qui le porte »… Quoi qu’il en soit, cette unité épurée du groupe renforce la beauté, l’esthétisme et le charisme de chacun. De bons ingrédients pour se sentir nobles et gracieux, sentiments que Yogi Bhajan instillait dans ses disciples initiés qu’il rebaptisait avec des noms spirituels finissant toujours par Kaur (princesse) ou Singh (roi-lion). « Nous ne sommes pas des êtres humains nés pour une expérience spirituelle, nous sommes des êtres spirituels nés pour une expérience humaine », disait-il.

 [1] Extrait de l’Aquarian Teacher, livre de formation des professeurs de Kundalinî Yoga selon l’enseignement de Yogi Bhajan, p. 78.

Crédit photo : Antoine bréant

Dossier complet à retrouver dans votre Yoga Journal N°8

Nous vous proposons des ateliers de Kundalini dans nos différents festivals :
A la petite pierre (Alsace) du 12 au 14 mai :

Au Domaine du Taillé du 9 au 11 juin : (Plus que 5 places pour ce festival !)

Très belle journée,

Namaste

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