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Leslie Kaminoff : “Les asanas n’ont pas d’alignement”

Leslie Kaminoff nous invite à ne jamais dire jamais lorsqu’on parle posture de yoga. Pour lui, la clé de l’enseignement d’asanas en toute sécurité tient dans svadhyaya.

La dernière fois que nous avons parlé avec Leslie Kaminoff, expert en anatomie et présentateur de l’émission YJ LIVE!, il affirmait que les asanas n’existaient pas en dehors des individus qui les pratiquent. Cette fois encore, il lance un pavé dans la mare : “Il n’y a pas d’alignement dans les asanas. Ce sont les personnes qui s’alignent.”

Kaminoff affirme que les asanas n’ont pas d’alignement

Pardon ? Ce principe contredit ce que la plupart des professeurs de yoga apprennent en formation : c’est à partir des alignements intrinsèques des asanas, qu’il faut analyser, détailler, disséquer, que l’on demande aux élèves, lors d’un cours, de construire les postures. En d’autres termes, il y a un alignement précis pour le Guerrier I, pour le Guerrier II et ainsi de suite. Cette règle est valable pour toutes les postures du répertoire. Kaminoff tente de déplacer le débat en nous proposant de réimaginer la posture à partir de l’individu qui la réalise. C’est-à-dire de “ne jamais dire jamais” lorsqu’il s’agit d’asana.

Ne jamais dire jamais

Selon Kaminoff, le contexte est crucial : “jamais” et “toujours” tendent à décontextualiser la phrase qui les suit. Dans certains cas, des balises d’alignement sont essentielles pour certains corps dans certaines postures. Dans d’autres, non. L’alignement n’est pas quelque chose de fixe et d’universel – il n’y a d’alignement correct que pour un individu particulier dans un asana précis.

Le maître de Kaminoff, T.K.V. Desikachar, fils de T. Krishnamacharya et auteur de plusieurs ouvrages, dont “Heart of Yoga” et “Le Yoga, un éveil spirituel”, dévoua sa vie à transmettre une méthode sur mesure, hautement individualisée, en adaptant les asanas, la pratique et les outils du yoga aux besoins changeants de chacun. “S’il n’y a que ça à retenir de mes études auprès de Desikachar, c’est cette nécessité absolue de respecter l’individu dans son évolution, parce que l’individu est le contexte ultime de cette pratique du yoga,” dit Kaminoff, qui n’enseigne pas d’asanas-types lors des cours collectifs, et propose au contraire une approche du yoga non-standardisée, adaptable et centrée sur la respiration.

Proposer des cours collectifs sur mesure adaptés aux besoins de chaque élève

Puisque les cours collectifs ont encore une longue vie devant eux, il faut trouver un juste milieu entre l’enseignement de balises généralistes d’alignement dit “correct”, et l’adaptation aux besoins individuels. J’enseigne le yoga d’alignement, et c’est souvent très compliqué pour moi d’appliquer ce principe pendant les cours. Toutes mes articulations, ou presque, sont hyperlaxes. Et j’ai découvert sur le tas que la plupart des instructions d’alignement visaient la population générale, qui a une courbe lombaire aplatie et des épaules figées, et n’étaient donc pas toujours adaptées à mon cas. J’ai souvent l’impression qu’il faudrait que je propose deux scripts d’instructions différents pendant mes cours, pour gérer aussi les élèves très souples. Parfois, c’est lourd à porter. Au bout du compte, en tant qu’enseignant, nous faisons du mieux que nous pouvons.

Déplacer le regard

Kaminoff aime à dire que “le yoga, ce n’est pas faire des asanas – c’est défaire ce qui bloque les asanas. Pour qu’une pratique posturale soit réellement une pratique de yoga, il faut bien comprendre que nous y remettons en question nos habitudes, en invoquant svadhyaya, c’est-à-dire la connaissance de soi.” Il n’y a donc pas de but précis à rechercher : il faut se concentrer sur le processus d’évolution. Les bienfaits et le plus grand potentiel de changement se trouvent dans l’apprentissage sur soi, et en découvrant que des choses qui nous étaient précédemment impossibles deviennent disponibles.

Trois manières d’encourager vos élèves à pratiquer Svadhyaya :

  1. Créez un contexte pour la pratique posturale, avec une thématique, une intention ou une direction d’attitude. Cela ouvre un espace de contemplation et de questionnement intérieur.
  2. Encouragez vos élèves à se poser des questions, tant sur la dimension physique d’un asana (comment puis-je libérer cette zone de mon corps?, par exemple) que sur l’expérience intérieure (où vont mes pensées lorsque je suis immobile ?, …).
  3. Lorsqu’il s’agit d’aligner le corps dans les postures, j’aime inviter les élèves à ne pas prendre mes instructions pour argent comptant. Je leur propose d’essayer de ma manière, puis de trouver la leur, ou d’appliquer celle d’un autre enseignant – et de choisir la version qui a le plus de sens pour eux et pour leur corps à ce moment-là.

Alia Om organise une journée d’ateliers avec Leslie Kaminoff le samedi 12 décembre sur Paris, inscrivez-vous sur : http://www.boutiqueyogi.com/accueil/53-journee-yoga-anatomie-avec-leslie-kaminoff-a-paris-.html

Meagan McCrary est une professeur de yoga basée à Los Angeles, certifiée Yoga Alliance E-RYT 500.

Traduction : Déborah Cukierman

  • Eve-anne Durieux
    25 novembre 2015
    reply

    C’est fabuleux !!! Qu’est-ce que ça fait du bien ! Merci Mr Kaminoff !

  • Jess YogaTechnique.Net
    8 mars 2020
    reply

    Point de vue très intéressant à envisager. je reste persuadée que les alignements sont à la base des asanas, mais il convient de prendre en compte les spécificités de chacun pour que les lignes, et donc leur ressenti, restent coherents. là encore, il faut être conscient de son corps, de son souffle et de la finalité de la pratique. Si l’on est honnête dans la démarche, on peut être aligné, tant physiquement qu’Énergétiquement, sans que ça ne soit flagrant visuellement parlant. quoi qu’il arrive, il ne faut jamais cesser de se questionner. merci pour l’ouverture qu’offre cette reflexion.

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